Vendredi, 27 Novembre 2020
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Coronavirus au Cameroun:dépouilles en souffrance

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Dans une correspondance, le délégué régional des Forêts et de la Faune du Littoral reconnaît l’existence d’une centaine de cadavres en attente d’inhumation, un chiffre qui contraste avec les chiffres officiels de la pandémie.
Par Guy Martial Tchinda
La perte d’un être cher provoque un choc émotionnel immense. La douleur de la famille si durement éprouvée est davantage grande lorsque le décès est imputable au coronavirus. Elle ne peut en effet pas procéder elle-même à l’inhumation du fait du caractère dangereux de la dépouille. Laquelle est inhumée sous 12 heures au maximum, selon Robert Noukegheu, sous-directeur de l’hygiène et de l’assainissement au ministère de la Santé publique.
Contrairement à cette disposition qui vise à limiter la propagation du virus, plusieurs cadavres de COVID-19 seraient en souffrance dans la région du Littoral depuis plus d’une semaine. Dans une correspondance adressée au directeur général de la société KN and CO le 28 avril, le délégué régional des Forêts et de la Faune pour le Littoral demande la mise à disposition des planches pour l’enterrement de ces dépouilles.
« A cause de cette pandémie, de nombreux Camerounais ont été contaminés et l’on a enregistré de nombreux décès dont malheureusement certaines dépouilles du fait de la pauvreté des familles sont abandonnées ou ne sont pas dignement inhumées », écrit le délégué régional. « Dans ce contexte et comptant sur votre solidarité et votre sens élevé du devoir, j’ai l’honneur de solliciter votre structure citoyenne afin de pouvoir mettre à la disposition de la délégation régionale des Forêts et de la Faune du Littoral des planches nécessaires à la fabrication de 100 cercueils destinés à l’enterrement digne des dépouilles abandonnées victimes du COVID-19 », conclut-il. Cette correspondance qui répercute une instruction du gouverneur de cette région, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, datant du 24 avril, interroge à plus d’un titre.
Primo, elle remet en cause la situation épidémiologique présentée par les autorités sanitaires du pays. On dénombrerait en effet une centaine de dépouilles en attente d’inhumation. Un nombre largement supérieur à celui du dernier bilan officiel dressé le 4 mai par le ministère de la Santé publique. Ce bilan ne reconnaît que 64 décès imputables au coronavirus au Cameroun de manière générale.
Secundo, comment ces dépouilles sont-elles conservées, puisque réputées très dangereuses ? Difficile de savoir. Jusque-là, les personnes décédées du COVID-19 ont régulièrement été inhumées dans l’urgence, du moins celles qui l’ont déjà été. On se souvient de Achille Essomè Moukouri qui a été enfoui nuitamment dans un cimetière à Douala le 23 mars dernier, juste quelques heures après son décès. Il s’agit du tout premier décès dû au coronavirus au Cameroun.
Autre chose, les familles accusées d’abandonner les corps de leurs proches n’ont en réalité pas accès à la dépouille, selon la règlementation en vigueur. Quand même celles-ci sont présentes comme cela a régulièrement été le cas, elles ne prennent aucune initiative, l’inhumation étant considérée comme une opération à haut risque. Le nombre de proches autorisés à accompagner le défunt en sa dernière demeure est d’ailleurs très restreint. « L’équipe qui prend part à cette opération doit être constituée de 10 personnes au plus, y compris les membres de la famille. Les familles viennent simplement assister ; elles ne font rien d’autre. Nous avons interdit le transfert des corps. Lorsque quelqu’un décède du COVID-19, nous faisons tout pour qu’il soit enterré dans le département où il est mort. Dans ce cas, c’est le maire qui est compétent pour diligenter les enterrements », a déclaré Robert Noukegheu dans un récent entretien avec Mutations. De plus, « Nous prenons en charge tout ce qui rentre dans l’inhumation ».
Des dispositions particulières sont d’ailleurs prises pour que l’équipe d’hygiénistes qui enterre ne soit pas contaminée. « Ils ont un accoutrement spécial. Ils sont vêtus par des hygiénistes qui reviennent à la fin de l’opération pour les aider à se débarrasser de ces équipements de protection individuels qui sont soigneusement emballés et convoyés vers des incinérateurs », renseigne Robert Noukegheu.

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