Mardi, 4 Août 2020
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Conjoncture:des crises sans fin

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L’économie camerounaise est minée par une succession de vents contraires qui ont des conséquences fâcheuses sur le quotidien des entreprises.

Par Blaise Djouokep

Bien qu’elle soit toujours d’actualité, la crise sanitaire du coronavirus est déjà présentée comme celle qui aura fait le plus de mal à l’économie camerounaise depuis plusieurs années. Les chiffres présentés par le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam), le 23 juillet dernier, dans sa note de conjecture sur l’impact du COVID-19 en sont l’illustration. A titre d’exemple, entre les mois d’avril et juin 2020, l’impact de cette crise apparue au Cameroun en mars s’est accru. La proportion d’entreprises négativement impactées par le COVID-19 est passée de 92% à 96,6%. Les secteurs les plus touchés étant l’hébergement et la restauration (88,9%), l’industrie alimentaire (80%), les services financiers et d’assurances (71,4%), les services informatiques et télécommunications (70%).

Conséquence, le chiffre d’affaires a pris un sérieux coup. « 78% des entreprises ont vu leur chiffre d’affaires baisser en avril 2020. Dans quatre cas sur dix, la baisse du chiffre d’affaires est de plus de 50%. Au total, les pertes de chiffre d’affaires au cours du seul mois d’avril 2020 sont estimées à 310,1 milliards Fcfa. Soit une baisse de 31% correspondant à près de 51,5 milliards Fcfa de recettes fiscales et contributions sociales en moins de ces entreprises à l’Etat », constate, pour le déplorer, le président du Gicam, Célestin Tawamba. Dans le même temps, environ 53 346 employés permanents ont été mis en chômage technique et 13 834 licenciés, etc.

Pertes

Une crise sanitaire à fort impact économique qui vient se greffer à la crise séparatiste en cours dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis 2016. Avec la montée de la violence dans cette partie du pays, plusieurs entreprises ont, soit fait faillite, soit fermé leurs représentations situées dans les zones reculées pour ne laisser que celles situées dans les capitales régionales de ces deux régions.  Au moment où les entreprises ne savent à quel saint se vouer, la crise des devises a fait son apparition entre 2018 et 2019, avec la difficulté pour les entreprises d’y avoir accès.

Un manque de devises qui se traduit par « un ralentissement considérable des opérations d’importation d’intrants, des produits et équipements de production, ainsi que de maintenance de l’outil de production ; la suspension par certains prestataires de leurs opérations avec le Cameroun et l’impossibilité de rassurer les partenaires », indiquait le Gicam dans un communiqué le 1er juillet 2019. Selon le même document, les demandes de transfert au 15 juin 2019 totalisaient déjà plusieurs dizaines de milliards Fcfa.

Ces crises ne sont pas restées sans perturbations sur les entreprises et l’économie nationale. Encore moins sur l’Etat qui a pris des mesures visant à limiter la saignée. Surtout que les conséquences sont lourdes. A l’horizon en effet, l’avenir ne s’annonce guère rayonnant. Ceci puisque « le total de perte de chiffre d’affaires sur l’année 2020 pourra atteindre les 3139 milliards Fcfa, et une baisse [des] contributions aux recettes de l’Etat de l’ordre de 521 milliards Fcfa », informe la note de conjecture du Gicam.

Les mesures d’apaisement prises par le gouvernement le 30 avril sont par ailleurs jugées insatisfaisantes par 70% des chefs d’entreprises. Pourtant, dans une interview parue le 8 mai 2020 dans le quotidien à capitaux publics, Cameroon Tribune, le directeur général des Impôts, Modeste Mopa Fatoing, indiquait que « l’ensemble des mesures fiscales de soutien décidées par les autorités est estimé à 114 milliards Fcfa, soit 92 milliards Fcfa au titre des recettes internes et 22 milliards Fcfa au titre des recettes douanières ».

Commission bancaire

N’empêche. Les entreprises attendent plus du gouvernement, notamment dans les secteurs fiscal et financier où respectivement 76,8% et 64,1% de chefs d’entreprises souhaitent un assouplissement plus osé de l’Etat. 70% d’entre eux envisagent solliciter des facilités dans le cadre desdites mesures, d’après le Gicam. Dans cette mouvance, 51,6% d’entre ces créateurs de richesses comptent formuler, dans les prochains jours, des demandes de crédit.

Sur ce dernier point, les entreprises basées dans les régions anglophones ont du mal à rembourser. « Dès le début de la crise de 2016, nous avons commencé à nous interroger sur les mesures à prendre pour y faire face. Nos démarches ont conduit à la classification de ces deux régions en zones économiquement sinistrées. Mais, l’essentiel n’a pas été fait », argue le président de l’Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun (Apeccam), Alphonse Nafack, d’après qui le régulateur n’a pas été proactif.  « Imaginez un contexte de crise où on cherche activement la paix, et que les banques déclenchent toutes les procédures de recouvrement à l’égard des entreprises qui sont déjà économiquement sinistrées », fulmine-t-il.

On comprend pourquoi cette problématique a été portée au niveau de la Confédération des banques d’Afrique centrale. « Pas plus tard qu’il y a deux semaines, une concertation a eu lieu entre le secrétariat général des banques d’Afrique centrale. Il est important que de manière urgente, la réglementation soit revue sur la reconversion des dettes, le traitement des impôts. C’est indispensable et c’est urgent. On ne peut pas être dans une crise et laisser les incertitudes et l’indécision faire le lit d’une économie. Il faut décider et décider vite, parce que les difficultés des entreprises n’attendent pas. Plus elles durent sans solution, plus elles vont précipiter les entreprises dans le gouffre. Pourtant si on avait anticipé, on aurait pu sauver beaucoup d’entreprises », soutient-il.

Ce dernier souhaite par ailleurs un accompagnement rapide de la commission bancaire pour que des mesures fortes soient prises, surtout au niveau du régulateur. D’après l’expert en micro-finance, David Kengne, toujours dans ces deux régions, « au moins 80 milliards Fcfa d’encours de crédit sont en danger, parce que les emprunteurs sont dans l’incapacité de rembourser ». Il faut donc éviter l’effondrement.

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