Mardi, 23 Octobre 2018
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Conférence pour la paix : liturgie du désaccord

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Dans la nuit noire de la crise sociopolitique au Nord-Ouest et au Sud-Ouest, il est apparu comme une lueur mercredi dernier sous le ciel camerounais.

Par Georges Alain Boyomo

En effet, entouré d’autres ministres du culte, le cardinal Christian Tumi a annoncé la tenue d’une conférence des anglophones pour la paix, à Buea du 29 au 30 août prochain. Compte tenu de la personnalité et de l’influence du Cardinal, l’initiative ne pouvait qu’emballer.
Mais l’espoir n’a manifestement duré que le temps d’une bulle de savon. Invité au journal de 20h30 sur la Crtv-télé vendredi dernier, le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary, a mis un frein sur des préalables posés par les organisateurs de la « conférence générale anglophone ». Notamment l’appel au cessez-le-feu, qui met à équidistance l’armée nationale et les bandes armées qui opèrent dans les deux régions, d’une part, et d’autre part, la demande de libération de toutes les personnes interpellées en lien avec la crise anglophone.
« On ne peut pas demander à un Etat de droit comme le nôtre de libérer ceux qui ont tué, massacré et qui se trouvent aujourd’hui arrêtés et qui, quoi qu’il arrive, seront traduits devant les tribunaux pour répondre de leur forfait », martèle Issa Tchiroma. En réalité, en dépit du gant de velours qui a permis à quelques leaders anglophones de recouvrer la liberté fin août 2017, le pouvoir garde une main de fer sur cette question. Si l’Organisation des Nations unies (Onu) et d’autres intervenants de la communauté internationale n’ont pas pu infléchir cette position, on voit mal comment le cardinal Tumi y parviendrait.
A l’évidence, Yaoundé s’est résolu à aller à son rythme dans la résolution de cette crise aux conséquences désastreuses, tant sur le plan humain que matériel. Le chef de l’Etat, Paul Biya, refuse, comme à son habitude, de fonctionner sous la dictée de quiconque, mais entend systématiquement rafler les gains politiques sur tout acte qu’il posera dans le sens de la décrispation dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Pour le candidat à l’élection présidentielle, il n’est pas question de se voir griller la politesse par quelque protagoniste, fût-il le cardinal Tumi.
La « conférence générale des anglophones » se tiendra donc certainement, mais sans que le gouvernement ne cède d’un iota sur certains préalables envisagés. Tout au plus, il donnera des gages sur la sécurité autour du conclave, enregistrera les recommandations qui en sortiront, mais il agira en son temps, de préférence à rebours des attentes des organisateurs.
Qu’on se le dise. Du point de vue de l’arithmétique de la présidentielle, la situation dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir). Des candidats de l’opposition devraient logiquement devancer celui du Rdpc dans ces deux régions frondeuses. Le signal a été envoyé lors des sénatoriales. Or, une faible participation dans ces circonscriptions, qui seront davantage militarisées le 7 octobre, conjuguée à un probable émiettement des voix des rivaux de Paul Biya, ferait l’affaire de l’ordre gouvernant.
On pourrait s’attendre à d’autres « mesures d’apaisement » du pouvoir, après l’élection présidentielle, entre fin octobre et décembre 2018, dans l’hypothèse où Paul Biya est réélu. Un tel agenda peut paraître surréaliste au vu de ce qui se passe dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, mais il reste dans le champ des possibles.

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