Lundi, 18 Juin 2018
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Communiqué de l’ambassadeur des Etats-Unis:la riposte du gouvernement

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Yaoundé dénonce une violation des usages diplomatiques et une atteinte à la souveraineté du peuple camerounais.
Par Ludovic Amara
Un recadrage selon les usages diplomatiques. Mardi dernier – a-t-on appris hier d’un communiqué du gouvernement -, le ministre des Relations extérieures (Minrex), a officiellement convoqué l’ambassadeur des Etats-Unis, Peter Henry Barlerin, en poste à Yaoundé. Pour Lejeune Mbella Mbella, il s’agissait de « faire part de la vive désapprobation du gouvernement » qui a très peu goûté la sortie du chef de la mission diplomatique américaine au Cameroun. Il y a une semaine en effet, le plénipotentiaire américain déclarait au sortir d’une audience avec le chef de l’Etat camerounais dans un communiqué, avoir suggéré « au président qu’il devrait penser à son héritage et à la façon dont il veut se souvenir dans les livres d’histoire pour être lus par les générations à venir, et a proposé que George Washington et Nelson Mandela sont d’excellents modèles ».Peter Henry Barlerin a également dénoncé les « assassinats ciblés » dont se serait rendue coupable l’armée camerounaise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Après le ministre de la Communication (Mincom), Issa Tchiroma Bakary vendredi, qui s’est ému du « diktat » de l’Oncle Sam, le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, s’est félicité mardi au nom du chef de l’Etat, de la bravoure et du professionnalisme des forces de défense et de sécurité, tout en saluant la sagesse, la maturité et le courage dont le peuple camerounais a toujours su faire montre « avec les dirigeants qu’il s’est librement choisis ».

Par la voix du Minrex, la riposte du gouvernement a gagné en intensité et sur le plan symbolique hier. Lejeune Mbella Mbella dénonce une démarche (américaine) qui « viole tous les usages diplomatiques, ainsi que les règles de civilité en la matière ». Et pour cause : « dans la forme », le gouvernement rappelle que « les ambassadeurs sont les envoyés extraordinaires d’un chef d’Etat auprès d’un autre chef d’Etat ». Et que pour cette raison, « les moments d’échanges entre un chef d’Etat un et ambassadeur représentent des instants privilégiés de la vie diplomatique entre les deux pays, et doivent être empreints du plus haut degré de confidentialité et de réserve ». Ce que ne paraît pas avoir respecté l’ambassadeur Peter Henry Barlerin, en rendant compte de cette audience quelques heures plus tard, dans un communiqué publié sur le site internet de l’ambassade américaine.

Précédents
Le gouvernement rejette également des accusations « d’assassinats ciblés », attribués aux forces de défense et de sécurité dans la guerre contre les sécessionnistes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Lejeune Mbella Mbella fait observer que l’armée a « gardé à l’esprit avec professionnalisme et rigueur, les règles d’engagement et du droit international humanitaire, dans un souci de préserver la vie des citoyens ». L’ambassadeur a été appelé à respecter le peuple camerounais ; « notamment sa liberté souveraine dans le choix de ses dirigeants ». Le Minrex souligne au passage que « Paul Biya ne se maintient pas au pouvoir par la force » et que « le pays ne se fera jamais imposer un candidat de l’extérieur », avertit le gouvernement. Une indication en creux que Paul Biya c’est le choix du peuple, et que sa candidature à la prochaine présidentielle déborde déjà du cadre de l’hypothèse.

Selon le Minrex, Peter Henry Barlerin a, en réponse à la « vive désapprobation » du gouvernement, « plaidé le fait que ses propos ont été mal interprétés par la presse ». L’ambassadeur américain dit « avoir pris bonne note des objections » et « réfute l’idée selon laquelle il est venu changer le leadership au Cameroun ».
Ce n’est la première fois en effet que le Cameroun et les Etats-Unis, sont ainsi en désaccord ouvert sur un sujet. En mars 2011, alors que le pays prépare l’élection présidentielle d’octobre, le Minrex d’alors, Henri Eyebe Ayissi, convoque l’ambassadeur Robert P. Jackson, qui fustigeait les violations des droits de l’Homme au Cameroun. La même année, c’est le chef de la mission de l’Union européenne (Ue) au Cameroun, Paula Mateus, qui a essuyé les foudres de Yaoundé. Ce dernier avait été convoqué par le Minrex qui protestait ainsi contre un financement de l’Ue accordé à une Organisation non gouvernementale (Ong) de défense des droits des homosexuels.
Après le communiqué d’hier, Yaoundé osera-t-il appeler son ambassadeur en consultation si Washington persiste dans la voie de l’« ingérence » ? L’oncle Sam peut-il retirer son aide militaire au Cameroun si les violations alléguées des droits de l’Homme sont consolidées ? Des questions et bien d’autres qui pourraient alimenter la suite d’un feuilleton qui deviendrait hollywoodien

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