Vendredi, 19 Janvier 2018
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Communication:le grand bêtisier de la crise anglophone

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Petit florilège des déclarations, postures et attitudes de certains acteurs sur la crise sociopolitique qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis un an.
Dossier coordonné par Ludovic Amara

Paul Atanga Nji
Le néo-négationniste
Par Jean De Dieu Bidias
Il avait été l’une des premières personnalités de la République originaires de la partie anglophone du pays, à prendre publiquement la parole au sujet des manifestations sur fond de revendications des avocats, puis des Anglophones en octobre 2016. Du haut de sa posture de ministre chargé de mission à la présidence de la République et surtout de secrétaire permanent du Conseil national de sécurité – et donc disposant d’un certain niveau d’information -, il rejette la thèse d’une marginalisation sous quelque forme que ce soit des Camerounais natifs des régions sus citées. Tout au contraire, il a cet argument : « Je dirais plutôt preuve à l’appui que le chef de l’Etat, S.E. Paul Biya, a toujours accordé aux Anglophones un traitement préférentiel. Je suis surpris de ce débat qui n’a pas de sens ».

Pour ce haut commis de l’Etat, « aucun homme de bon sens ne peut prendre ces avocats au sérieux », et il est plus qu’évident que « les Anglophones occupent les postes les plus importants au Cameroun. Le directeur général du Trésor et le directeur général des Douanes sont tous originaires du Nord-Ouest. Le Premier ministre chef du gouvernement, le secrétaire permanent du Conseil national de sécurité, le directeur de la Sécurité présidentielle, le président d’Elecam (Elections Cameroon, Ndlr), le président de la Commission nationale des droits de l’Homme, le président du Conseil national de la communication sont tous des Anglophones », défend-t-il. Seulement, il ajoute n’être pas opposé à la création par le chef de l’Etat, d’un comité en charge de réexaminer les problèmes soulevés par les enseignants et les avocats. Les historiens retiendront que cette sortie de Paul Atanga Nji n’aura en rien contribué à apaiser les esprits.

Ayuk Julius Tabe
Le président sans République
Par Ludovic Amara


C’est un bien curieux personnage qui a débarqué le 17 septembre dernier à l’aéroport de Washington aux Etats-unis. Ayuk Julius Tabe, « chairman du conseil gouvernemental du Southern Cameroon » cumulativement avec ses fonctions de « président de la République d’Ambazonie » – Etat chimérique sensée naître de la réunion des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest -, a été accueilli par des sympathisants qui lui donne du « Son Excellence ». Après le bouquet de fleurs, le « président de l’Ambazonie » va prendre place dans une limousine flanquée de fanions aux couleurs de son pays. Direction, New York où il espère prendre la parole à la tribune de l’Onu, à la faveur de la 72ème Assemblée générale de cette organisation. Sauf que sur la First Avenue, le long de l’East River, siège des Nations unies, aucune bannière étoilée représentant la « République d’Ambazonie » ne flotte.

Mais Ayuk Julius Tabe est de ceux qui prennent leur rôle très au sérieux et le chairman du gouvernement fantôme de cette République tout aussi fantôme, va tout de même prendre la parole… dans une rue de New York. Ceci, après le discours du président Paul Biya à la tribune de l’Onu. Dans son bagou devant ses partisans, il va dénoncer « la complicité des Nations unies » avec le gouvernement camerounais contre son peuple.

Celui qui écume les chancelleries à travers le monde en quête de reconnaissance, est un ancien d’Eneo, la société de production et de distribution de l’énergie électrique. L’ingénieur informaticien qui a effectué la majeure partie de ses études à l’étranger, a été l’un des directeurs régionaux de cette entreprise. Ayuk Julius Tabe dirige sa république à travers des vidéos postées sur le net.

Laurent Esso
Le justicier du déni
Par Lucien Bodo


La crise anglophone prend une forme menaçante en octobre 2016, avec les avocats d’expression anglaise qui désertent les prétoires et colonisent la rue. La faute d’après eux, au gouvernement qui reste sourd à leurs revendications. La plus importante étant l’absence d’une version en Anglais de la loi Ohada. Le gouvernement est représenté ici par le ministre d’Etat, ministre de la Justice, garde des Sceaux qui au début de la crise, faisait partie de ceux qui ont nié l’existence d’un problème anglophone. Une partie de l’opinion reproche à Laurent Esso, principal négociateur avec les « robes noires », de n’avoir pas cerné le problème comme il faut et de n’avoir pas su apaiser les esprits durant les négociations.

En novembre 2016, à l’occasion d’une conférence de presse, Laurent Esso est aux côtés du ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary. Alors que de simples revendications corporatistes prennent la tournure de revendications sociopolitiques qui embrasent très vite les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les deux hommes rejettent presqu’en chœur l’idée d’un « problème anglophone ».
« Est-ce qu’il faut vraiment que la culture des autres, les langues des autres, nous empêchent d’être Camerounais, de trouver nous-mêmes notre propre voie. (…) Trouvons la voie qui nous permette d’être Camerounais. Pas francophone, ni anglophone, ni germanophone. Soyons Camerounais et posons les problèmes des Camerounais ». Tel est le plaidoyer du garde des Sceaux.

La rue continue malheureusement de gronder et les tentatives du ministre de la Justice de rattraper le coup vont rester vaines. La présentation en mars 2017 des mesures prises par le gouvernement pour désamorcer la crise ne portera pas les fruits escomptés. Envoyé en mission d’explication à l’étranger, le message de Laurent Esso sera brouillé en Belgique par des manifestants appelant désormais à la sécession.

Tapang Ivo Tanku
Le général sans galons
Par Ludovic Amara


Il ne se fait pas appeler moins que « général », et signe tous ses ordres d’un « général Ivo » plein d’autorité. Loin d’être un proche, ou même un camarade d’armes du général de division Ivo Desancio Yenwo, Directeur de la sécurité présidentielle, le « général Ivo » est en fait journaliste de formation, ancien de la Cameroon Radio Television (Crtv). Sorti de l’anonymat à la faveur de l’arrestation des leaders du Consortium, qui lui auraient transmis la direction intérimaire de ce mouvement, Tapang Ivo Tanku est installé aux Etats-unis où il a son Qg et d’où il dirige « son armée ». Généralissime autoproclamé de la « République d’Ambazonie », il est l’un des éléments les plus extrémistes du mouvement de contestation anglophone.
Sur sa page Facebook, le « général » envoie « ses troupes » casser et brûler écoles et autres édifices publics, commandite les kidnappings de préfets et sous-préfets en poste dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, planifie les villes mortes, etc. Démagogue rusé, cet officier supérieur d’un autre genre a plusieurs fois annoncé la fourniture d’armes de dernière génération à ses troupes pour mener la guerre contre l’envahisseur venu de Yaoundé.
Il y a deux jours, l’un des multiples comptes Facebook du « général Ivo » a été suspendu. Motif : le général ambazonien a publié le numéro de téléphone personnel du ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary, avec pour consigne d’importuner au maximum ce membre du gouvernement.

Issa Tchiroma Bakary
Le porte-parole repenti
Par Jean-Christophe Ongagna


La crise anglophone née dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et qui traverse désormais le pays, est de loin le principal sujet de préoccupation du ministre de la Communication (Mincom) ces derniers mois. Que ce soit sur les plateaux de télévision, dans le cadre des points de presse organisés ou de la communication gouvernementale, Issa Tchiroma Bakary, dans sa posture de porte-parole du gouvernement, n’est pas passé inaperçu.

Fin 2016, ses premières positions sur la question niaient l’existence d’un malaise sociopolitique dénommée « problème anglophone ». Des mois plus tard, alors que ses sorties n’ont pas contribué à apaiser les tensions, le ministre va finir par admettre que le malaise dans les régions dites anglophones existe bel et bien. « Au départ, je n’avais pas cette vision. C’était une vision qui était perçue à travers un prisme réducteur », a reconnu le 30 septembre dernier, Issa Tchiroma Bakary sur un plateau de télévision.

Avant d’admettre, à demi-mot, les défaillances du gouvernement dans la gestion de cette crise. « Nous n’avons jamais prétendu que le gouvernement est parfait mais nous proclamons que le gouvernement est perfectible », s’est-il excusé. En dépit de ce mea culpa sur la question, Issa Tchiroma Bakary n’a cessé de réitérer la position du gouvernement, qui rejette toute idée de partition du pays. Non sans rappeler aux Camerounais en général et aux sécessionnistes en particulier, le caractère un et indivisible du Cameroun.

Joseph Mbah Ndam
Le démissionnaire imaginaire
Par Lucien Bodo


Samedi 24 septembre, un homme seul affronte une foule en furie. Pancartes en mains et chants de ralliement sur les lèvres, ils se dirigent vers le domicile de l’enfant du pays. Pris dans l’étau de la propagande sécessionniste, ce dernier avance des paroles qu’il n’était visiblement pas préparé à prononcer. A Batibo, localité du Nord-Ouest, Joseph Mbah Ndam, député SDF (Social Democratic Front) et vice-président de l’Assemblée nationale, déclare sans sourciller : « Je n’irai plus à Yaoundé ».

De façon virale, l’information fait le tour des réseaux sociaux. Pour beaucoup, il s’agit là de l’annonce de sa démission étant donné l’agenda indépendantiste du 1er octobre que préparaient les sécessionnistes. En effet, depuis le début de la crise qui secoue la partie anglophone du pays, le député SDF décrie ce qu’il considère comme une gestion calamiteuse de la situation par le gouvernement. Pour les manifestants les plus ardents, cela fait de lui ipso facto un allié qui se soucie du bien-être des siens. D’où cet envoi aux cordes du ring de la contestation.

Réflexe de journaliste. Polycarpe Essomba, correspondant de Radio France internationale (Rfi) au Cameroun, contacte le député pour avoir confirmation ou non de sa démission. Joseph Mbah Ndam botte toutes les questions en touche. Ses réponses rhétoriques révèlent un certain agacement : « En quoi ça vous concerne ? (…) C’est même quoi votre problème ? En quoi c’est important par rapport à la situation du pays ? ». Le vice-président de l’Assemblée nationale n’a toujours pas démissionné de façon officielle jusqu’à ce jour.

John Fru Ndi
L’expéditeur de Biya à La Haye
Par Nadine Guepi


Depuis le début de la crise dite anglophone, en octobre 2016, Ni John Fru Ndi n’a pas fait l’économie des déclarations. Pour appeler à des marches pacifiques ou encore condamner des violences policières qui ont souvent fait des morts parmi les manifestants. Et c’est dans le registre des morts de manifestants que le chairman du Social Democratic Front (SDF), – principale formation de l’opposition -, a demandé que le président de la République soit traduit devant la Cour pénale internationale (Cpi). « Je pense que monsieur Biya doit être amené à la Cour pénale internationale et qu’on doit le juger pour crimes contre l’humanité », peut-on lire dans l’interview que John Fru Ndi a accordée le 03 octobre dernier au journal français Le Monde.

Le natif de Baba II dans la région du Nord-Ouest rappelle à suffisance ses propos visionnaires n’ayant pas été pris en compte, tout comme certaines confidences faites au président de la République Paul Biya : « J’avais vu les choses arriver. On pouvait les éviter. Souvenez-vous, j’ai supplié Paul Biya au palais d’Etoudi, en février. Lorsque Paul Biya m’a salué, j’ai tiré sa main vers moi. Je lui ai parlé : ‘‘Monsieur le président, si tu peux payer de l’argent, faire libérer les otages et négocier avec Boko Haram, tu peux aussi pardonner ton propre peuple’’.

Mais il ne m’a pas écouté. Au lieu de cela, j’ai été accusé de vouloir empêcher que les ‘‘criminels’’ qu’ils avaient arrêtés soient jugés ». Celui qui dit être contre la sécession dans la « Déclaration du SDF sur les tristes événements du 1er octobre 2017 », clame que « ce génocide savamment orchestré doit s’arrêter ». Puisant ainsi dans le lexique des séparatistes.

Peter Mafany Musonge
Comme Ponce-Pilate
Par Nadine Guepi


Diviser pour mieux régner. Peter Mafany Musonge a vraisemblablement bien intégré cette maxime politique de Machiavel. Du moins en théorie. L’application de ce principe le 03 février dernier pour la résolution des troubles dans les régions d’expression anglaise s’est avérée être un coup d’épée dans l’eau.

Au cours d’une réunion politique à Buea, dans sa région natale dans le Sud-Ouest du pays, l’ancien Premier ministre accuse l’élite du Nord-Ouest d’être derrière les revendications corporatistes et d’animer les révoltes dans « leur » ville. Dans la même veine, les dignitaires de cette région demandent aux populations de faire bloc pour soutenir les autorités et les forces du maintien de l’ordre, afin d’endiguer la contamination des manifestations. Une tentative de diviser le Sud-Ouest et le Nord-Ouest et par là, la contestation anglophone.

Les populations qui estimaient déjà être marginalisées ont perçu en cet appel une marque de « discrimination » supplémentaire. Son appel va toutefois être récompensé : il est nommé par décret présidentiel à la tête de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (Cnpbm), le 15 mars dernier. Lors de la présentation le 25 septembre 2017 des 15 membres de cette Commission devant les deux Chambres du Parlement, l’ancien sénateur (démissionnaire en juillet 2017) ne manque pas une fois encore de susciter la curiosité.

Il annonce alors une tournée dans les institutions publiques, question de toucher du doigt le niveau d’appropriation du bilinguisme au sein de ces instances… Une sortie qui ne va pas manquer d’interpeller des observateurs de la scène politique sur le rôle de cette instance, dont l’une des missions est de proposer des solutions concrètes pour renforcer le vivre ensemble.

Bernard Okalia Bilaï
Le chasseur de « chiens »
Par Jean De Dieu Bidias


22 septembre 2017. Pour la première fois depuis le déclenchement de la crise dite anglophone, les populations de l’ensemble des quartiers de Buea prennent d’assaut les rues et ruelles de la capitale régionale du Sud-Ouest. Outre les pillages, les édifices publics sont attaqués et le drapeau vert-rouge-jaune du Cameroun arraché en vue de son remplacement par celui d’une certaine république appelée « Ambazonie ». La maison du maire de la ville, Patrick Ekema, est vandalisée, entre autres dégâts.

Les forces du maintien de l’ordre se montrent débordées après avoir « subi beaucoup de violences et d’attaques de la part de ces assaillants », décriera le gouverneur de la région, Bernard Okalia Bilaï, dans une réaction au poste national de la Cameroon Radio Television (Crtv), dans l’après-midi de cette journée qui semble avoir pris tout le monde de court. Le gouverneur va ensuite avoir un coup de sang qui est déjà resté dans les annales : « Nous n’allons pas continuer de tolérer que les bénéficiaires qui sont ces populations continuent de détruire. Que chacun descende dans sa famille, dans son village arrêter son chien. Si ces chiens continuent à aller dans la rue pour mordre, c’est-à-dire, détruire, ils vont rencontrer les forces de sécurité ».
Les manifestants, des « chiens »… La comparaison passe mal. S’il va de soi qu’il y avait menace sur la sûreté des personnes et des biens, dans l’opinion, l’on a très peu toléré que cette déclaration d’une rare violence et de nature à répandre de l’huile sur le feu soit effectivement sortie de la bouche de l’administrateur civil principal de classe exceptionnelle et surtout, de la première personnalité de la région.

Jacques Fame Ndongo
La créature nie tout
Par David Ginola Ketem (Stagiaire)


L’une de ses sorties sur la crise anglophone date du 28 septembre 2017, à quelques heures de l’indépendance annoncée de l’« Ambazonie ». Le secrétaire à la communication du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), invité des journaux radio et télévisé de la Cameroon Radio Television (Crtv), s’est exprimé (une fois de plus) sur le sujet. Selon le ministre de l’Enseignement supérieur, « l’Ambazonie est un Etat chimérique et fantasmagorique qui n’aurait ni territoire, ni devise, encore moins une population ».

Le porte-parole du « parti du flambeau ardent », qui a nié l’existence d’un problème anglophone aux aurores de la crise, poursuit en indiquant : « On prend en otage des personnes, on prend en otage la jeunesse… Nous n’allons pas accepter que le pays soit mis à feu et à sang à cause d’un groupuscule de vandales… Le président de la République est un homme ferme. Personne ne peut réaliser une œuvre parfaite dans le chaos ».

Cette éminence grise du Rdpc a également indiqué que le président Paul Biya a prescrit le dialogue, même s’il reste ferme sur certaines positions. « Un groupuscule d’agitateurs exprime des problèmes d’ordre politique, notamment soit le fédéralisme, soit la sécession. Cela est non négociable », dira le membre du gouvernement dans sa sortie du 06 octobre sur les antennes de Radio France internationale (Rfi). Sur ces mêmes antennes, il a fait croire que le seul antagonisme au Cameroun se situe sur l’axe Nord – Sud.

Il faut relever que dans un communiqué de presse daté du 22 janvier 2017, le ministre de l’Enseignement supérieur semblait minimiser la portée de la crise. Il demandait alors aux parents, enseignants étudiants « de ne pas céder aux manœuvres répréhensibles qui relèvent de la guerre psychologique ourdie par une infime minorité de citoyens qui rêvent de prendre en otage le sous-système éducatif anglophone, pour des objectifs politiques anticonstitutionnels ».

 

 

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