Mercredi, 12 December 2018
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Les conséquences de la crise anglophone sur l’économie du Cameroun

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Un rapport du Gicam estime le manque à gagner des entreprises à plus de 269 milliards Fcfa et 6434 emplois déjà perdus.

Par Lucien Bodo

L’opinion avait déjà une petite idée des effets néfastes de la crise anglophone sur l’économie nationale à la lecture de divers articles de presse. Des données plus détaillées sont désormais disponibles dans un rapport du Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) daté de juillet 2018. Au plan macroéconomique, ce document révèle que plus de 269 milliards Fcfa de chiffre d’affaires se sont envolés et l’on enregistre 2,153 milliards Fcfa de pertes suite à la destruction de biens immobiliers, de matériels roulants et meubles. Dans le même temps, 8000 emplois relevant du secteur formel sont menacés, tandis que 6434 emplois sont déjà définitivement perdus sur les sites en arrêt de production des agro-industries.

Ces données catastrophiques résultent de plusieurs facteurs : les opérations « villes mortes », l’interruption du signal d’internet décidé en janvier 2017 et qui aura duré trois mois, les attaques ciblées contre les structures économiques, ainsi que les menaces, enlèvements, rackets et assassinats des employés et responsables d’entreprises. Le Gicam pointe également un doigt accusateur sur les décisions contre-productives prises par des autorités administratives, notamment la pose de scellés sur certains commerces. Des « actions qui relèvent d’un excès de zèle et même d’un abus d’autorité » puisqu’elles ne reposent sur aucune démarche logique selon le Gicam.

Cacao-Café

Dans le détail, les régions anglophones concentrent une part importante des activités agricoles du Cameroun (café, thé, cacao, palmiers à huile). Le Nord-Ouest représente à cet effet 70% de la production nationale du café arabica. Le Sud-Ouest quant à lui fournit 45% du cacao. Malheureusement, le climat d’insécurité met à mal aussi bien la production que la collecte, le négoce et le transport des produits. « Le Sud-ouest a perdu sa première place dans la production nationale de cacao au bénéfice du Centre, passant de 45,45% des ventes nationales de cacao à 32%, soit une perte de 43000 tonnes sur la campagne 2017/2018. La perte financière qui en découle est de l’ordre de 56 milliards Fcfa en valeur de recettes d’exportation (rapatriement de devises), dont 35 milliards Fcfa de recettes des agriculteurs du Sud-Ouest en considérant les cours du cacao sur le marché mondial. Il convient d’y ajouter les primes aux planteurs dont la redistribution est complètement compromise. Dans ce cadre, c’est près de 3 milliards Fcfa de revenus des planteurs qui sont perdus », apprend-on.

Par ailleurs, de nombreux investissements ont été réalisés pour la transformation locale du cacao dans le but d’atteindre un taux de transformation de 52% à l’horizon 2020, avec quatre usines déjà opérationnelles. Sauf que « pour les trois unités de transformation dont une part importante des matières premières provenait [du Nord-Ouest et du Sud-Ouest], des arrêts forcés d’activités pouvant s’étendre jusqu’à cinq semaines sont déjà programmés ». La cessation d’activités envisagée par ces entreprises aura des répercussions de l’ordre de 10,8 milliards Fcfa.

CDC et Pamol

La crise frappe aussi de plein fouet deux fleurons de l’économie nationale dans le Sud-Ouest : Cameroon Development Corporation (CDC) et Pamol Plantation, spécialisés dans la production de la banane, de l’huile de palme et du caoutchouc. Les champs et les usines ont été vandalisés, les ouvriers attaqués et parfois assassinés, des productions entières abandonnées, etc. Les principaux fournisseurs de CDC et Pamol ont vu un recul de leurs activités. Les données du Gicam parlent de 12 sites en arrêt total de production et 10 en situation de fonctionnement partiel sur 29 sites, pour ce qui est de la CDC. Du coup, c’est 6124 emplois qui sont déjà perdus et 5805 autres sont menacés. Plus d’un milliard de biens ont été détruits et l’entreprise enregistre un manque à gagner de 12 milliards Fcfa. Dans l’hypothèse optimiste d’un retour à la normale rapide, la CDC a besoin d’une injection de fonds de 15 milliards Fcfa pour financer un éventuel plan de relance.

Agroalimentaire

A ce jour, les activités des entreprises spécialisées dans les services de l’agriculture (distribution des produits phytosanitaires, machinisme agricole, conseil agricole, commercialisation, etc.) ont baissé de 60%. Certaines sociétés exerçant dans l’agroalimentaire ont dû démanteler certaines de leurs infrastructures de logistique et de commercialisation. « Les entreprises de fabrication des boissons observent notamment des pertes de chiffres d’affaires allant jusqu’à 40 milliards Fcfa. Les actes de vol et de vandalismes ont déjà coûté à ces dernières plus de 500 millions Fcfa en pertes matérielles ». Des entreprises de commerce et distribution ont également réduit leur présence dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Du coup, « les chiffres d’affaires réalisés dans ces régions sont en baisse de plus de 50% en moyenne et représentent une incidence de l’ordre de 20 à 30% sur les chiffres d’affaires globaux des entreprises consultées ».

Télécommunications

Les pertes dans le domaine des télécommunications se chiffrent à 300 millions d’équipements détruits et plus d’un milliard Fcfa de manque à gagner par mois. Au 31 juillet 2018, et sur un total de 618 sites installés, on dénombrait 114 sites (20%) affectés (entièrement ou partiellement détruits). Ces actes de vandalisme, associés à la rupture d’internet, ont créé des perturbations énormes sur le réseau. Les compagnies d’assurance, les banques et les fournisseurs d’accès internet en ont été fortement impactés. Environ une dizaine de contrats entre les constructeurs locataires de pilonnes et les opérateurs de téléphonie mobile ont été rompus.

Propositions

Afin de réduire, voire annihiler les effets néfastes de la crise anglophone sur l’économie nationale, le Gicam demande un renforcement du dispositif sécuritaire autour des principales zones de production et des convois de livraison en direction ou en provenance des zones affectées ; l’organisation du soutien des unités de production encore opérationnelles sur le terrain à travers des facilités de financement ou encore un accès prioritaire lors des opérations de remboursement de la dette intérieure et des crédits de taxe à valeur ajoutée ; la réduction des répercussions sur l’ensemble de l’économie en accélérant le remboursement de la dette intérieure de l’Etat due aux Pme, en autorisant des importations spéciales de matières premières, en veillant à ce que la loi de finances 2019 n’introduise pas de contraintes et de pressions fiscales supplémentaires pour les entreprises ; le relèvement post-crise des deux régions en mettant en place un véritable « plan Marshall ».

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