Vendredi, 5 Juin 2020
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Claude Abe: « COVID-19:chacun doit être responsable »

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Sociologue, il analyse les mesures d’assouplissement du gouvernement et fait des propositions pour éviter plus de contaminations.

Par Paulette Ndong, avec Laure Bineli (Stagiaire)

A la veille de la célébration de la 134e édition de la fête du travail  le gouvernement a autorisé la réouverture des débits de boisson au-delà de 18h et lever la mesure sur la limitation du nombre de places dans les transports en commun par bus et taxis. Quelle interprétation peut-on faire sur le plan sociologique ?

A première vue, on pourrait le prendre comme un mauvais message que le gouvernement a voulu envoyer aux populations en leur disant que probablement l’épidémie est sous contrôle et qu’à ce titre, on pouvait se comporter avec désinvolture. Mais c’est sans compter sur le fait que des mesures telles que les fermetures des bistros étaient des mesures qui existent davantage sur du papier parce que dans les faits, vous voyez un bistro fermé, mais à l’intérieur vous entendez des voix. Des fois des individus vivant en toute promiscuité.

De mon point de vue, le gouvernement s’est simplement rendu compte d’une chose. Il a constaté le déclin de l’économie de la nuit qui fait vivre bon nombre de ménages, sinon la majorité dans les grands centres urbains. Le gouvernement semble avoir planché pour l’option de rendre les Camerounais eux-mêmes responsables de leur santé en premier, avant d’interpeller l’administration publique. Puisque cela s’accompagne quand même d’un certain nombre de prescriptions.

Avant de vaquer  et de se mouvoir dans ces endroits,  il faut avoir son masque. Et là il me semble que nous passons d’un semi-confinement à caractère collectif à un confinement qui est individualisé où les citoyens devront désormais savoir qu’il s’agit de se confiner d’une éventuelle contamination par soi-même en toute conscience et surtout en toute responsabilité.

Certains estiment que ce « déconfinement »  est un gros risque sanitaire au regard de nos habitudes communautaires. Partagez-vous le même avis ?

Ça pourrait être un piège quand on regarde au quotidien comment la société camerounaise fonctionne effectivement. Une société marquée par l’indiscipline, par des rapports assez tactiles, une société marquée par la promiscuité. Il y a lieu de penser qu’on est là face à un risque énorme que ces mesures font courir à la société camerounaise. Compte tenu  du rapport que la société  entretient vis-à-vis de la régulation des comportements, vis-à-vis des dispositifs de discipline, on pourrait effectivement dire que c’est un piège.

Mais j’ose croire que les Camerounais ont eu le temps de se rendre à  l’évidence qu’on est en face d’une menace, d’une insécurité qui menace quotidiennement la vie des individus et il faut faire accompagner cela d’un travail de conscientisation, d’un travail de communication pour que les gens arrivent à changer de comportement pour adopter des mesures responsables et non des comportements à risques. Et pour qu’on ne se retrouve pas effectivement en face d’un piège parce que présenté comme tel,  il est évident qu’on est en face d’un paradoxe d’un gouvernement qui effectivement a voulu donner la possibilité à des gens qui  vivent au jour le jour ou minute après minute de trouver de quoi pouvoir manger.

Après cette annonce, la société a accueilli cette nouvelle avec joie. On a observé des regroupements…

Effectivement, il y a un risque de boomerang. C’est-à-dire qu’il y’a un risque qu’on ait déconstruit l’imagination de peur, d’attention qu’on pouvait avoir vis-à-vis de la contamination de la maladie, de sa diffusion dans la société camerounaise. Il y a lieu de craindre en face un dérèglement de comportement, un laisser-aller, que les gens comprennent les mesures gouvernementales comme étant un laisser-aller qui est ouvert et qu’effectivement on se retrouve en face d’une contamination cette fois non plus à l’échelle individuelle mais à l’échelle communautaire. Ce qui pourrait faire en sorte que la société camerounaise se retrouve en face d’une situation catastrophique et qu’on devienne un foyer de cette épidémie.

Pensez-vous que cet assouplissement va permettre de décrisper le climat social ?

Il va de soi. Lorsqu’on regarde tout le monde qui vivait de l’économie de la nuit, il y avait de nombreuses frustrations, il y avait de nombreux mécontentement que les uns et les autres avaient de la peine à contenir. Il me semble donc que ces mesures apportent  un certain nombre de réponses qui permettent de décrisper une catégorie de la population qui vit à partir de cette économie de la nuit. Mais au même moment, cette décrispation peut aller plus loin que le simple cadre de la nécessité économique pour retrouver l’ensemble des secteurs de la société et exposer davantage la société camerounaise à une contamination à grande échelle.

Nombreux sont sceptiques et pensent qu’il est prématuré de rouvrir maintenant. Partagez-vous cet avis?

C’est une hypocrisie collectivement assumée de la part de la société camerounaise dans la mesure où nous le savons bien que les mesures de fermeture des bistros ou des ventes à emporter sont des mesures qui n’ont jamais été suivies  et que prendre appui sur ces mesures-là serait en réalité une manière de vouloir dire qu’on est en face d’un gouvernement qui ignore la société camerounaise.

Il en est de même des mesures sur le transport en commun dont on peut se rendre compte que si à certaines heures on a observé une certaine discipline, rien n’indique que dans les heures creuses où les forces de l’ordre n’étaient pas trop regardant que, les gens aient récupéré. Nous avons un problème avec le rapport à la discipline dans la société camerounaise. Et donc, de mon point de vue, le gouvernement semble avoir en réalité écouté la société camerounaise dans sa profondeur pour lui laisser la possibilité elle-même de se prendre en charge.

Certains fustigent le fait qu’on ait privilégié la réouverture des bars à celle des écoles et des églises. Comprenez-vous cette critique ?

Il s’agit effectivement d’un point de vue qui tient la route, mais au même moment je vous ai indiqué que ces lieux ne sont pas, du moins officiellement, des lieux d’économie. Et le choix qui existait dans la stratégie du gouvernementale paraît être de choisir entre laisser mourir les gens de COVID-19 ou alors laisser mourir les individus de famine. Et en troisième option, laisser les individus gagner leur pain quotidien en leur donnant la possibilité d’activer leur responsabilité vis-à-vis des mesures barrières pour arriver à être chacun individuellement responsable. Il me semble que c’est ce troisième choix qui a été opéré par le gouvernement.

Et il y a  déjà un dispositif, m’a-t-il semblé, qui est ouvert aujourd’hui pour les lieux de scolarisation et qui est en train de réfléchir sur la meilleure manière d’arriver à sauver ce qu’il y a de « sauvable » dans l’année scolaire et l’année académique. Evidemment que l’impression du départ qui pourrait apparaitre est que l’on donne plus d’intérêt à des choses périphérique et qu’on laisserait des choses essentielles en marge. Mais à mon avis, avant d’opérer ces choix, le gouvernement doit avoir de sérieuses motivations.

Les allocations familiales ont été revues à la hausse…

Vous savez, il s’agit ici de mesures cosmétiques parce que quand vous regardez le taux, l’importance dans l’économie domestique dans le budget domestique des allocations familiales, vous vous rendez bien compte que c’est une mesure à caractère cosmétique qui n’aura pas un impact en tant que tel. Depuis l’arrêt des cours, il va sans le dire que les budgets familiaux ont grimpé dans la mesure où la présence permanente des enfants à la maison s’avère plus coûteuse que lorsque les enfants vont à l’école. Elle est  cosmétique au même titre d’ailleurs  que les mesures concernant la Tva et les autres qui sont des mesures qui ne sont pas de nature véritablement à apporter un soulagement aux acteurs de ces secteurs.

Avez-vous des propositions pour réussir ce déconfinement partiel ?

Il faut beaucoup travailler sur l’aspect conscientisation. Il faut travailler en changement de comportement des individus sans céder à la panique. C’est-à-dire que les gens prennent conscience de la présence à chacun des centimètres ou des millimètres de l’épidémie. Nous devons prendre un certain nombre de dispositions pour se mettre dans une situation où on ne peut pas contracter la maladie, mais aussi où on ne doit pas être celui-là qui fait contracter la maladie aussi aux autres.

Ça veut dire qu’il faut une éducation. Pas simplement un travail de communication et de sensibilisation, mais une éducation à l’adoption d’un certain nombre de comportement en urgence. J’insiste sur l’idée d’urgence parce que cela ne demande pas du temps mais ça demande un changement à la vitesse pour que cette mesure n’apporte pas avec elle l’effet boomerang qu’on redoute.

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