Lundi, 6 Avril 2020
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Chantage à la discipline

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L’élection des premiers maires de villes du Cameroun sera consignée dans l’Histoire comme une séquence douloureuse pour le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc).

Par Georges Alain Boyomo

En effet, les éclairs de contestation des choix de la hiérarchie du parti par la base militante qui ont commencé à l’étape de l’élection des maires des communes d’arrondissement se sont transformés en un déluge aux allures de rébellion au stade des communautés urbaines.

A Yaoundé, les joutes électorales ont été particulièrement palpitantes avant d’accoucher du successeur de Gilbert Tsimi Evouna, en l’occurrence Luc Messi Atangana. A Douala, 48h ont été nécessaires pour faire élire Roger Victor Mbassa Ndine. A Maroua, les désaccords et tractations ont été encore plus intenses au point où il a fallu 72h pour faire émerger le remplaçant de Robert Bakari Yaouré, en la personne de Sali Babani.

Difficile épreuve de démocratie donc pour le Rdpc qui a finalement de la peine à s’arrimer à la modernité. Si l’on peut comprendre la volonté du parti de disposer de représentants valeureux, qualifiés et intègres à la tête des mairies de villes, on saisit mal la propension de la bureaucratie du parti à régenter de manière brouillonne le choix souverain des conseillers municipaux.

Pour l’élection des maires d’arrondissement, le Rdpc a semblé consacrer le principe de l’élection, faute de consensus au niveau du groupe communal. En comparaison des expériences antérieures d’investitures qui ont laissé des plaies béantes au sein du parti, le signal était porteur d’espoir d’ouverture du jeu. Hélas, pour la désignation des maires de villes, le verrouillage a repris droit de cité. Du coup, le collège électoral a ici et là découvert l’ «oiseau rare» dans la salle via un pli fermé envoyé par le secrétaire général du comité central du Rdpc, Jean Nkueté.

La discipline fait la force de toutes les organisations, y compris les partis politiques. C’est un truisme. Mais elle ne saurait être utilisée pour imposer comparses et hommes liges à des fonctions importantes. Elle ne saurait se transformer en une arme de marchandages, de trafics d’influence et de travestissement de la volonté de la base.

C’est le message que les conseillers municipaux Rdpc envoient au président national du Rdpc. La base, le « petit peuple », refuse le chantage à la discipline. Elle s’oppose à la totémisation des textes qui régissent le fonctionnement du parti. Elle inflige ainsi un désaveu à la bourgeoisie régnante du Rdpc, adepte des combines et parachutages. Au final, il s’agit essentiellement de cris innocents pour plus de démocratie à l’intérieur du Rdpc.

Après les législatives et municipales du 30 septembre 2013, le président national du Rdpc avait instruit la mise sur pied d’une commission de discipline après les déviances dont certains militants s’étaient rendus coupables. La « commission Musonge » avait infligé des sanctions aux indisciplinés. Qu’en sera-t-il cette fois-ci ? Du siège du parti, situé au Quartier du lac à Yaoundé, des indiscrétions font état de ce qu’une nouvelle commission de discipline sera mise en place. Une nouvelle vague de châtiments serait donc en vue.

Toutefois, se limiter à punir sans se demander pourquoi on est arrivé là équivaudrait à pousser la poussière sous le tapis. Le Rdpc ne peut plus faire l’économie d’un débat franc et sincère sur son fonctionnement et précisément sur le mode de désignation de ses représentants pour différents mandats et diverses fonctions électives. Cette réflexion pourrait se faire dans le cadre d’un congrès ordinaire. Le président Biya n’a rien à y perdre, il a plutôt tout à y gagné. A moins que son vœu soit que le parti ne lui survive pas…

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