Jeudi, 17 Octobre 2019
Accueil quotidien mutations politique Célestin Tagou: »Le Pm a la capacité et les ressources »

Célestin Tagou: »Le Pm a la capacité et les ressources »

109
- Publicité -

Politologue, il décrypte les réserves émises par certains acteurs politiques dans le cadre du « grand dialogue national ».

Par Cyril Marcel Essissima

Le Premier ministre est récusé comme médiateur du « grand dialogue national ». L’opposition et des groupes sécessionnistes ont-ils des raisons de se méfier de Joseph Dion Ngute ?

Je voudrais tout d’abord qu’on s’entende sur une chose. Car, il faut corriger la confusion totale qui s’est installée dans les débats. On entend des journalistes, des universitaires et autres analystes, parler ici et là de cet appel historique du chef de l’Etat au grand dialogue national en termes de médiation, au point d’aller vite en besogne pour remettre en cause la personnalité du Premier ministre, Joseph Dion Ngute, quant à sa neutralité. En matière de « Conflict Management », il y a des étapes bien précises pouvant permettre que le conflit n’escalade en violence et en guerre totale. Nous avons, entre autres, l’alerte préventive, la négociation et la médiation.

La première étape se situe dans les décennies où la sonnette d’alarme retentissait quand la crise anglophone se pointait à l’horizon jusqu’à sa maturation en 2016. On est malheureusement allé d’un négationnisme à un durcissement des positions qui ne pouvait qu’être contre-productif. Passé cette étape, on entame celle de la négociation qui consiste en un dialogue direct entre les acteurs du conflit. C’est à cela que le chef de l’Etat appelle les Camerounais.  C’est-à-dire, s’asseoir autour d’une table, poser les problèmes, en discuter en se regardant dans les yeux pour en trouver des solutions transformatives du conflit (situation A), en une nouvelle constellation positive (situation B) pour tous les acteurs : le win/win.

Ici, personne ne perd la face. Tout le monde trouve son compte, et on se réconcilie. Ceci est africain. Donc, la méfiance des uns et des autres n’est pas justifiée car, il s’agit de la négociation directe entre Camerounais, et non de la médiation qui nécessiterait un médiateur. Le Premier ministre est non seulement la personnalité politique et institutionnelle indiquée pour cette phase de ce long processus, mais il en a la capacité et les ressources. On est à la phase préparatoire. Ensuite, viendra la phase de mise en œuvre et de suivi du nouveau contrat sociopolitique que les Camerounais vont se donner en toute intelligence.

Y a-t-il un profil idéal de médiateur en pareil dialogue ?

Dans la discipline académique de « Peace Studies », plusieurs auteurs spécialistes ont dressé les qualités d’un bon médiateur et les étapes de la médiation, selon les types de conflit à gérer. Mais, on n’en est pas encore à cette étape du processus de gestion des conflits. Le chef de l’Etat a vu que les Camerounais ont des ressources humaines sur les plans spirituel, politique et intellectuel ; des ressorts socio anthropologiques nécessaires pour régler eux-mêmes leurs problèmes, sans intervention d’une tierce personne qui serait un médiateur. Le dialogue national est l’un des mécanismes de transformation des conflits qui est, par essence, l’affaire des nationaux eux-mêmes.

Un médiateur international ne serait-il pas mieux indiqué ?

On envisagerait l’intervention d’un médiateur, qu’il soit national ou international, en cas d’échec du « grand dialogue national ». Comme je le disais dans mon livre sur « La Démocratie rotative (2018) » : « Le dialogue est au demeurant une véritable clé de voûte de la compréhension et de l’acceptation mutuelles, de la tolérance nécessaire pour le vivre-ensemble ». Certains disent que le « grand dialogue national » annoncé arrive tard. Ils ignorent qu’en matière de gestion des conflits, la patience est une valeur cardinale, et il n’est jamais tard d’éviter un mort de plus. Tous les Camerounais devraient prier, afin que les uns et les autres aient la force spirituelle nécessaire pour se transcender soi-même, et dépasser les incriminations actuelles et du passé pour se pardonner mutuellement.

Ce dialogue est le moment historique où, par eux-mêmes, les Camerounais se donnent l’occasion de pouvoir vider tous les problèmes, toutes les crises et autres questions camerouno-camerounaises. Le Cameroun aura ainsi réussi là où beaucoup de peuples ont échoué, et il restera de ce fait, « a message, a very positive message » comme Johan Galtung l’avait constaté lui-même en 2009. C’est-à-dire un cas d’école, en termes de « Best Practices ». Les générations futures diront encore fièrement : « Impossible n’est pas Camerounais ! ».

Newsletter: Restez au courant de l'actualité


- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP