Vendredi, 27 Novembre 2020
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Catastrophe de Nsam:des familles souffrent en silence

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22 ans après le drame, la douleur est  toujours présente et les proches des victimes «abandonnés».

Par Paulette Ndong

Le 14 février est jour de célébration de la St Valentin. Une journée où l’amour est à l’honneur. Pourtant, depuis 1998, au lieudit « Scdp-Nsam » à Yaoundé, cette date a une autre connotation. En effet, la collision de deux wagons citernes contenant du carburant y avait provoqué un grand  incendie.

Un sinistre qui, selon les déclarations de l’ancien Dg de la Société camerounaise de dépôts pétroliers (Scdp), Jean Baptiste Nguini Effa, à l’époque aurait pu être évité. Malheureusement, les précautions n’ont pas été prises à temps. Résultat : plus de 250 personnes ont perdu la vie.  Laissant des familles dans la désolation. Le temps a passé mais les larmes n’ont pas cessé de couler.

Un jour après le 22e anniversaire de cet événement tragique, la douleur est encore présente. Dans certains domiciles, des nombreuses photographies des disparus sont restées accrochées sur les murs. Parmi ces visages immortalisés, il y a ceux de Maximilien Mbezele Essomba et  Thomas Tsougui Essomba. Victimes de cet incendie, les frères Essomba reposent au cimetière de Mvolyé à Yaoundé. Dans la maison où ils ont vécu, la vie semble avoir repris son cours. Ce samedi 15 février 2020, deux adolescents regardent la télévision. L’accueil n’est pas très chaleureux. Après les échanges de civilités d’usage, il faut user de tact pour ne pas réveiller des souvenirs tristes. Lorsque le reporter introduit enfin le sujet sur la catastrophe de Nsam, les jeunes manifestent leur gêne et décident de mettre un terme à l’échange. L’un d’eux, le plus âgé probablement lance : «Nous n’avons rien à dire. C’est notre  grand-père, le chef de bloc 1, qui parle souvent. Il s’est rendu à un deuil ce matin».

Après plusieurs minutes de négociations, les langues se délient enfin. «Mon grand-père a eu neuf enfants. Je n’ai pas connu oncle Max, le deuxième né et Oncle Thomas, le septième», confie l’adolescent. Il est interrompu par son oncle, le cadet des disparus, M. Abeng qui fait son entrée dans la pièce. Comme son neveu, il dit lui aussi n’avoir pas connu ses frères ainés. «J’avais à peine trois ans quand ils ont été calcinés. En grandissant, c’était un sujet tabou. Pour nous protéger, mes parents nous interdisaient de suivre les informations lorsque ce sujet était abordé. Aujourd’hui, c’est toujours très pénible pour eux d’en parler. Le vendredi 14 février dernier, ils n’ont même pas voulu recevoir les hommes de medias de peur d’être envahis par des souvenirs douloureux», confie le jeune homme.

Reconstruction

Cette famille n’est pas la seule qui ferme la porte aux médias. Dans une famille voisine,  la situation est identique. Ici aussi, il faut négocier pendant longtemps pour avoir quelques informations. Elie Ondoa, un riverain décide de parler. La catastrophe lui a presque tout pris. Il a perdu sa mère, des tantes, et des cousins. «Ils étaient 13 au total. Ma mère est venue en mariage ici à Nsam. Deux de ses sœurs se sont également mariées à des hommes d’ici»,  révèle ce Mvog Atemengue qui ajoute que sa famille a beaucoup souffert après ces décès. «J’ai vu mon père survivre. Difficile pour lui de refaire sa  vie. Mes frères et moi nous nous sommes battus pour ne pas devenir des délinquants», se remémore douloureusement le trentenaire. Et de poursuivre : «Aujourd’hui on vit avec et on essaie d’avancer. Je m’occupe de ma petite famille ».

Des souvenirs douloureux, Parfait et Noëlle en ont sûrement. Après avoir été gravement brûlés dans cet incendie, ils gardent sur leur corps de grandes cicatrices.  Mais ce jour, il n’est pas possible de les rencontrer. Au domicile de leurs parents décédés dans le même incendie, leurs sœurs aînées repoussent les journalistes «Parfait a voyagé ce matin. Noëlle quant à elle est malade», va répondre agressivement l’une d’elles. Courroucée, elle s’emporte : «chaque 14 février, les médias défilent chez-nous. 22 ans déjà que ça dure. Nous sommes fatiguées de chanter la même chanson. Il faut que ça s’arrête».  Après avoir repris son souffle, elle s’interroge: «Où sont  les résultats de l’enquête commanditée par le chef de l’Etat?». Elle ajoute en marmonnant que : «En tout cas même si Noëlle était en bonne santé, je n’allais pas vous laisser vous entretenir avec elle».

Selon elle, son frère et sa sœur n’ont pas eu une vie facile. «Avec ces brûlures, ils n’ont plus continué les études. Nous n’avions plus de parents », s’attriste cette dernière. Entre deux gorgées de bière, elle se montre cependant reconnaissante envers des âmes de bonne volonté. «Le Cercle des amis du Cameroun ‘’Cerac’’ avait soutenu de nombreuses familles à l’époque. Un de mes cousins rescapé a été entièrement pris en charge pendant des années, tous frais compris, jusqu’à l’obtention de son baccalauréat. C’est un grand homme aujourd’hui», explique-t-elle. Certaines familles révèlent qu’à l’époque du sinistre, elles n’avaient reçu du gouvernement qu’un cercueil et une somme de 200.000Fcfa pour les obsèques.

Indemnisations

Mais  à en croire leurs dires, depuis plusieurs années elles sont abandonnés à elles-mêmes. «Le Cerac et les religieux ne font plus de donation. Même les messes sur le site du drame où une stèle avait été construite par la Scdp ne sont plus dites. «L’Etat nous a oublié», se désole Henri Biloa. «La célébration nous permettait de nous retrouver et de prier ensemble»,  ajoute ce natif de Nsam. Aujourd’hui, les sinistrés se consolent en donnant des intentions de prières  dans les paroisses et les cathédrales. Dans le panier des oublis de l’Etat, plusieurs familles ont remis sur la table la question des expropriations et des indemnisations.

Pour mémoire, en 2004, l’ancien  Premier ministre Peter Mafany Musonge avait signé des décrets portant expropriation et indemnisation des déguerpis du périmètre de sécurité du dépôt de la Scdp Nsam. La soixantaine [66] de familles concernées par la mesure aurait perçu près de 2 milliards  Fcfa, pour leur permettre de s’installer au quartier Mendong à Yaoundé.

Celles restées au lieudit « Scdp-Nsam » disent attendre toujours leurs indemnisations en espérant que le préjudice sera réparé.

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