Vendredi, 20 Juillet 2018
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20 mai 2017 au Cameroun: l’integration nationale en 17 visages

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17 visages de l'unité

Selon les classements 2016 de plusieurs instituts d’études ethnologiques, à l’instar de l’Ethnologue’s Ranking, les Camerounais parlent 281 ethnies et le Cameroun se place au 8ème rang des pays les plus multiculturels. Ce qui présente un véritable challenge, aussi bien sociologique que politique. Encore plus quand, nonobstant les discours officiels qui font la promotion ou vantent l’intégration natioynale, beaucoup de Camerounais continuent à s’identifier, non pas par la nationalité, mais par leur aire socio ethnique d’origine. Sans avoir la prétention d’épuiser la mixité culturelle qu’ils représentent, Mutations est allé à la rencontre de ces Camerounais, véritables ambassadeurs de l’intégration nationale.

 

Che Fotibu Sylvestre : Un « Anglo » chez les Yambassa

Par Ludovic Amara

L’adressage dans la ville de Yaoundé étant de ceux qui défient toutes les lois de l’urbanisme, le croisement de ces trois routes du « quartier Yambassa » à Essos ne porte donc pas un de ces noms donnés par les autorités municipales, mais plutôt celui d’un des plus anciens habitants du coin. Le « Carrefour Anglo » est ainsi nommé comme un hommage à celui qui, depuis 35 ans, fait partie du paysage. « Anglo » – que très peu de personnes du quartier connaissent comme Che Fotibu Sylvestre, à l’état civil -, est originaire de Nsongwa, un village de la région du Nord-Ouest. Depuis plus d’une génération, cet anglophone est installé au « quartier Yambassa », où il tient une alimentation. « En 1982, j’avais le choix entre ouvrir une quincaillerie à Kumbo (Nord-Ouest, Ndlr) et venir à Yaoundé aider mon oncle à tenir sa boutique ». C’est ce second choix qui va l’amener d’abord au quartier Nlongkak, puis à Essos.

Les fruits de son travail, mais également la solidarité de ses clients et voisins, en grande majorité des ressortissants Mbamois, vont lui permettre d’acquérir un lopin de terre et d’y construire sa maison, qu’il occupe depuis 25 ans. L’intégration nationale ? De la politique pour le conseiller de la Nsongwa Development and Cultural Association (NDECA), qui pense néanmoins que « le Cameroun c’est pour tout le monde. On doit faire en sorte que tout le monde y vive partout en paix ». Agé de 54 ans, il se dit « bien intégré » et ne se souvient pas de quelque difficulté d’intégration loin de son Nsongwa natal. C’est d’ailleurs pour cela que ce père de cinq enfants n’y retourne qu’une ou deux fois après deux ans.

Sanga Kemenyi : Un Bamiléké pas complètement à l’Ouest

Par Sébastian Chi Elvido

 

Né le 05 février 1964 à Bertoua, Sanga Kemenyi, plus connu sous le pseudonyme « Ali Disco », mène ses activités économiques dans la capitale régionale de l’Est sans complexe. « Je me considère beaucoup plus de l’Est que de l’Ouest, où je vais tous les deux ans », dit-il avec fierté. Ses parents se sont installés dans cette partie avant l’indépendance du pays. Pour illustrer son exemple d’intégration, il indique qu’« en dehors de [ma] langue maternelle, je m’exprime parfaitement en gbaya et maka, (deux langues locales de l’Est, Ndlr) ». Il ajoute que « ma deuxième épouse est originaire de cette région ».

A l’Est où il vit depuis son enfance, Sanga Kemenyi est un opérateur économique connu de tous. Propriétaire d’une librairie au cœur de la ville de Bertoua, l’homme dirige également une entreprise de prestation de services. Au-delà de ces activités commerciales qu’il mène depuis 1986, Sanga Kemenyi est le producteur d’artistes musiciens de l’Est depuis 2012. « J’ai constaté que cette région était riche en culture, même si le phénomène de la piraterie est venu affaiblir le secteur », indique-t-il. A son actif, la production du célèbre groupe « Patengué » qui promeut la culture des pygmées Baka, « Shawalla International », « Meïro Balkissou » de regretté mémoire, « Dah Valex », « Tobias le Lipomeur » et bien d’autres artistes de la région.

Dans le domaine sportif, Sanga Kemenyi s’est distingué en créant tour à tour un club d’athlétisme en 2013 et une équipe de football – Mandjou Fc – en 2014.

Etienne Ndjaffeur : Personne ne me connaît au Sud

Jacques Kaldaoussa

 

Etienne Ndjaffeur, de mère beti et de père bamiléké, voit le jour le 14 juillet 1953 à Bibia par Lolodorf, dans la région du Sud. Il ne sait pas alors qu’un jour, le destin le fixerait dans le Grand-Nord. Après des études à l’Ecole nationale de technologies de Yaoundé, où il sort major de la 2ème  promotion en 1979, il est affecté à Mokolo, dans l’ancienne province du Nord.

En 1982, il est affecté à Maroua pour diriger le quatrième  projet routier du Grand-Nord pendant dix ans. Le fonctionnaire du ministère des Travaux publics prend donc définitivement ses quartiers à Maroua, capitale régionale de l’Extrême-Nord, jusqu’à la retraite en 2003. Après 38 ans de vie sans discontinuer dans cette partie du pays, il est père de six enfants et de plusieurs petits-fils vivant tous à Maroua. « J’ai perdu l’habitude d’aller au Sud. J’y vais une fois tous les  deux ou trois ans, mais personne ou presque ne me connaît là-bas. Tous mes enfants sont nés ici et ils sont parfaitement intégrés. Je suis bien ici, mes amis sont tous des Nordistes », aime dire Etienne Ndjaffeur.

Tous les membres de sa famille parlent parfaitement le fufuldé, langue locale. « Depuis que je suis en retraite, je fabrique des moulins, je fais le montage des groupes électrogènes, la fabrication des mobiliers et autres articles, à l’aide d’objets récupérés. Je vis mieux que lorsque j’étais en service », se réjouit-il.

Jean Célestin Watat : Dans la peau d’un notable mabi

Par Lazare Kingue

 

D’une allure fière, cet homme originaire de la région de l’Ouest se rend toujours disponible, malgré son agenda chargé, pour écouter ceux qui le sollicitent. Naturellement, son visage traduit l’expression d’un homme comblé, fier d’être intégré dans une société dont la culture et les mœurs ne sont pas celles de sa région d’origine. « Je suis à Kribi (région du Sud, Ndlr) depuis bientôt 33 ans. Il ne m’a pas été facile d’être intégré parmi les Mabi et les Batanga, qui sont propriétaires de ce territoire. Il y a beaucoup de conservatisme ici, mais on a fini par dépasser ces méfiances. Aujourd’hui, je me sens comme chez moi à l’Ouest », se réjouit-il.

L’homme âgé de 59 ans a été sacré il y a quelques années notable d’honneur de la chefferie supérieure mabi, par Sa Majesté Raymond Mvoumbia. Jean Célestin Watat est né à Obala et y a fait ses études primaires et secondaires. Aujourd’hui célèbre opérateur économique à Kribi et Pdg du groupe qui porte son nom, il dit avoir travaillé dur pour atteindre ce niveau. « Quand j’arrive à Kribi, je travaille d’abord pendant plusieurs années pour une société brassicole avant de me lancer dans mes propres affaires. Cette ville m’a accueilli. Les Batanga et les Mabi, pour qui je suis devenu un frère, m’ont pris et accompagné comme un fils de la localité. Sans eux, je ne serais rien. C’est une preuve que l’intégration socioculturelle est une réalité dans le département de l’Océan. Car, nombreux sommes-nous à l’époque actuelle, kribiens d’adoption », reconnaît le Dg de l’hôtel Le Paradis.

Marié et père de cinq enfants, Jean Célestin Watat a obtenu toutes les médailles d’honneur de la République. La dernière en date est celle de commandeur du Mérite agricole, obtenue pour avoir représenté la région du Sud au Comice agropastoral d’Ebolowa de 2011.

Kareyce Fotso : L’enfant du pays

Par Aïcha Nsangou

Kareyce Fotso ne sait pas que « ‘Pakler’ français » (titre composé spécialement pour les Jeux de la francophonie de Beyrouth en 2006). En 2014, elle décide de « recréer la diversité culturelle du Cameroun » dans son 3ème album intitulé « Mokte ». Dans ce cocktail culturel et artistique, l’artiste originaire de l’Ouest explore huit langues : bassa, duala, ewondo, fufuldé, entre autres. « Au début de ma carrière, je chantais en ghômala et en ewondo uniquement (parlés respectivement à l’Ouest et dans le Centre, Ndlr). Lors d’une tournée aux Etats-Unis, je suis allée à la rencontre des étudiants d’une université et l’un d’eux, après mon propos sur la diversité linguistique de mon pays, m’a demandé combien de langues nous avions. Quand je lui ai répondu ‘plusieurs dizaines’, il s’est dit surpris de savoir que je n’en utilisais que deux. C’est à cet instant que j’ai réalisé qu’il avait raison », explique Kareyce Fotso.

Celle qui a grandi à Mvog-Ada – un quartier populaire de Yaoundé – se donnera donc pour défi de composer désormais en plusieurs langues. « J’ai grandi dans un quartier populaire où j’ai développé des capacités d’adaptation linguistique formidables. Mes nombreux voyages dans les différentes régions du Cameroun se sont occupés de la culture », confie-t-elle. Kareyce Fotso manie la guitare acoustique avec dextérité et aisance, et se définit comme un enfant « fière de représenter son pays partout où le besoin se fait ressentir ». Demain d’ailleurs, elle est l’invitée spéciale d’une soirée festive au Canada, à l’occasion de la fête de l’Unité du Cameroun.

 

Louis Mbamba Ndeme : Le plus Bamiléké des Mbamois

Par Michel Ferdinand

L’enseignement tiré d’un proverbe africain qu’il tient comme bréviaire a sans doute contribué à forger sa conduite en société : « Si quelqu’un arrive dans un village et n’a pas de hernie, qu’il coupe une calebasse, en fait un cache-sexe, pour se confondre aux natifs du coin », reprend aisément Louis Mbamba Ndeme, 69 ans, fonctionnaire des Impôts à la retraite.

Une manière de dire, d’après lui, de copier ce qui est positif quand on arrive quelque part. Toute chose qu’il essaye de mettre en pratique, bien avant même de quitter la Fonction publique, en 2004. « Quand je suis arrivé à Bafoussam en 1997, j’ai trouvé que l’homme de l’Ouest est très dynamique. Et je me suis décidé de savoir comment il fait », explique-t-il. Son intégration ne souffre d’aucun écueil, puisqu’à la veille de sa mise à la retraite,  Mbamba Ndeme acquiert une maison qu’il occupe jusqu’à ce jour. Dans la foulée, il ouvre deux pressings qu’il nomme « Prestance », et où il trouve d’ailleurs son compte.

Dans son nouveau quartier, Banengo-ville « A » [derrière la Sabc, Ndlr], devenu son second village, le natif d’Ombessa dans le Mbam-et-Inoubou, encourage ses voisins à poser des actions de portée communautaire. C’est ainsi qu’un comité de développement voit le jour avec des réalisations palpables : routes ouvertes, branchement sur les réseaux d’eau et d’électricité, construction de ponts, etc.

 

 

Gaëlle Mambou : Chez les « cop’s » de Bambili

Par Robert Nkaké, à Bamenda

 

Elle se départit peu à peu de sa candeur et de ses réserves. Chose somme toute normale, car loin de ses parents restés à Douala, Gaëlle Mambou, 23 ans, jeune fille originaire de Baham dans le département des Hauts-Plateaux, région de l’Ouest, avait reçu de ceux-ci des consignes de méfiance, mais aussi de bienséance à l’égard des autres. Surtout qu’elle arrive au campus de l’université de Bambili à Bamenda (région du Nord-Ouest), quelques jours seulement avant que le climat de sérénité ne laisse place aux émeutes des revendications anglophones. « Mon adaptation et mon attachement aux anglophones ont été très faciles. Entre les étudiants et l’entourage multiethnique, tout se passe bien. Dans notre mini-cité, beaucoup d’anglophones veulent apprendre le français. Et quand ils viennent vers moi, je les aide sans hésiter », témoigne l’étudiante de 3ème année en commerce et management. De plus, Gaëlle Mambou, qui s’exprime également en « ghômala » – principalement parlé à Bandjoun (région de l’Ouest) – cède rarement au découragement. Son entourage le sait.

Son défi, c’est de décrocher son diplôme de commerce et management au terme de ses études. Aujourd’hui, Gaëlle Mambou dit s’affirmer comme un modèle de partage entre deux grandes cultures linguistiques : francophone et anglophone.

Nyangono du Sud : Je me sens chez moi partout

Par Mélanie Ambombo

 

Au sujet de  ses origines, le célèbre commerçant et artiste musicien « Nyangono du Sud » est  peu disert.  Selon lui, « le Cameroun appartient à tous les Camerounais et tous les nationaux devraient se sentir chez eux, quel que soit le lieu où ils se trouvent ». C’est la raison pour laquelle il affirme, avec une certaine emphase : « Je me sens chez moi dans toutes les régions du pays ».  Une affirmation qui peut  d’ailleurs se vérifier ce 15 mai au supermarché « Nyangono », sis au Marché central de Yaoundé.

Dans cette boutique,  les clients vont et viennent. On se bouscule et se marche parfois sur les pieds, sans que de l’animosité apparaisse.  « Nous sommes en famille ici ! Personne ne se fâche contre son frère », lance une cliente, tout sourire. Ici, on s’exprime en bulu, parlé dans le Sud et tout le monde s’y met.  Même les originaires du Grand-Nord s’essayent à bredouiller quelques phrases. Des efforts est parfois récompensé par dse rabais sur les articles achetés. « Je souhaite que tout le monde soit à l’aise, d’autant plus que mes origines bamiléké n’ont jamais été un frein à mon épanouissement », lance-t-il, pour expliquer « la politique d’intégration » développée dans son supermarché.

Né à Ebolowa, « Nyangono du Sud » – Nyangono Tatchum à l’état civil – va y effectuer tout son cursus scolaire, avant de se lancer plus tard dans le commerce.  D’ailleurs, la région Sud n’a plus de secret pour lui. C’est toujours dans cette région qu’il développera ses activités commerciales et trouvera l’amour de sa vie.

Ledoux Marcelin : Le bikutsi des Grass Fields

Par Mélanie Ambombo

 

Etre bamiléké (de père bangou et de mère baham) et jouer du bikutsi… C’est  ce qu’a réussi l’artiste Ledoux Marcelin. De son nom original,  Marcelin Ledoux Seugue, cet originaire de la Mifi (région de l’Ouest) peut également chanter en langue duala. Sa capacité à parler plusieurs langues nationales, il dit l’avoir acquise grâce aux nombreuses affectations de son père, pasteur. Ayant appris plusieurs langues à travers le pays, et motivé par son amour pour le chant, Ledoux Marcelin commence  en 2003 à chanter dans des cabarets. « J’y interprétais tous les rythmes. Pour tout dire, je me sentais mieux dans le bikutsi », raconte l’auteur  de « Reviens ma poupée », sorti en 2007. Cette aisance dans le bikutsi et son installation à Yaoundé vont faciliter son intégration dans le groupe de bikutsi « Les maquisards ». Un groupe avec lequel Ledoux Marcelin va plusieurs fois effectuer le tour du Cameroun. « Des tournées qui me permettrons aussi d’approfondir ma connaissance des langues », explique l’artiste.

Même si ce titulaire de quatre albums se vante aujourd’hui de son succès, il indique que l’intégration n’a pas été facile. « Quand j’ai commencé à être célèbre dans l’interprétation, j’ai été combattu par mes pairs. Prétextant qu’un bamiléké venait leur ravir la vedette. Ils demandaient parfois au chef d’orchestre ‘Patou Bass’, de ne pas me maintenir dans son groupe », explique celui qui a été  révélation bikutsi 2007.

Eric Bassale : Produit d’un brassage

Par Désiré Domo

 

De père bassa et de mère bamiléké, Eric Bassale tire ses origines de deux régions du Cameroun : le Littoral et l’Ouest.  Un mélange auquel s’ajoute la région du Centre, dans laquelle le jeune homme de 17 ans vit depuis plus de dix ans (quartier « Barrière » à Yaoundé).  Si cette richesse culturelle est un atout qui a ouvert de nombreuses portes à Eric Bassale, elle est également source de problèmes. « Mes frères et moi ne parlons aucune des langues de nos parents, et cela nous est préjudiciable lorsque nous nous retrouvons  en face d’un ressortissant d’une de ces régions », confie l’adolescent. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir voulu apprendre.

« Mes parents n’ont pas eu le temps de nous apprendre à parler leurs langues », raconte-t-il. Son cas est préoccupant. Le jeune homme et ses trois frères ne se sont jamais rendus  dans leurs villages. «  Les parents craignent la sorcellerie au village », se défend-il. Pis, « lorsqu’un membre de la famille de mon père ou de ma mère vient à la maison, je ne sais en quelle langue lui parler ». Cependant, si cet élève de seconde A4 espagnol au collège Paul Momo à Yaoundé a des soucis avec les langues parentales, il semble maîtriser les langues de Shakespeare (anglais) et de Molière (français). Amoureux de football et membre d’un club de football amateur, Eric Bassale dit avoir déjà visité la quasi-totalité des régions que compte le Cameroun.

 

Robert Mouthé Ambassa : Au-dessus du tribalisme

Par Marthe Ndiang

 

A en croire Robert Mouthé Ambassa, le tribalisme est le danger qui menace l’unité nationale. « Moi j’ai développé une attitude où je me sens bien, où je me sens à l’aise partout au Cameroun. Je n’ai pas ce problème de tribalisme en tête et c’est peut-être cela qui fait ma force. Parce que, ceux qui m’ont combattu sur la base du tribalisme se sont rendu compte qu’ils le faisaient dans le vide ». De père Yambassa et de mère Bafia, cela fait plusieurs années que ce fils du Mbam vit et travaille loin de son aire géographique d’origine. Et au plan politique, il est présenté comme étant un poids lourd dans la région du Littoral. Certains voient en lui un excellent candidat pour les prochaines législatives.

« C’est vrai que je suis très sollicité et j’ai été approché par plusieurs autres partis pour me présenter à la 1ère circonscription ou pour la mairie de Douala Vème.  Mais pour l’instant, je reste au service du Rdpc », nous fait savoir l’homme politique. « Et si je me présente, que ce soient les duala, les eton, les bafia… Tous vont voter pour moi  », assure-t-il. Celui qui affirme faire de la politique en essayant de « rester vrai » a réussi à s’implanter et à s’intégrer loin de son Mbam natal sans difficulté. « Je suis à Douala depuis 40 ans. Mon intégration a été très facile. Douala est une ville cosmopolite. C’est une ville où il est facile de s’intégrer, car ceux qui vont vous dire ‘rentrez chez vous ! Vous n’êtes pas d’ici !’ sont très peu nombreux », argue celui qui encourage d’ailleurs les mariages interethniques. Et pour lui, Douala n’est plus au stade d’unité nationale, mais d’intégration nationale, tout comme Yaoundé. « Moi j’ai eu la chance de faire la politique au Sud-Ouest, dans le Littoral et dans mon Mbam natal, et je peux vous assurer que c’est plus facile à Douala », affirme Mouthè Ambassa, du haut de ses 15 ans de terrain, sous la bannière du Rdpc.

 

Marcelline Zogo :  La sénatrice éton de Douala

Par Blaise Djouokep

 

« Il faut savoir se faire utile. L’esprit d’abnégation, de dévouement, de loyauté peut permettre à un individu d’atteindre des niveaux inimaginables dans la vie. Il faut savoir servir de manière désintéressée. Cela est toujours vu ». Ce conseil que donne la présidente de l’Organisation des femmes du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Ofrdpc) de Douala 5ème aux jeunes camerounais est ce qui a fait sa force et son ascension dans ce parti politique.  Elle qui, originaire du Centre (Eton), ne s’attendait pas à une ascension aussi fulgurante dans le « parti du flambeau » dans la région du Littoral.

« J’entre dans le Rdpc de manière providentielle le 15 décembre 1985, sans grande ambition, mue par le désir de servir et d’être utile à ma société. J’ai commencé à militer dans le comité de base de la cité Sic où je m’étais retrouvée avec des personnes âgées. Il n’y avait presque pas de jeunes. J’ai constaté qu’ils avaient du mal à faire le placement des cartes », explique-t-elle. Grace à son dynamisme, Mme Zogo met sur pied un programme de placement de cartes par le porte-à-porte.

Cependant, c’est à l’Ouest, où son mari sera affecté, que Marcelline Zogo rencontrera ses plus grandes difficultés. Suite à son engagement en politique et malgré le soutien de Madeleine Tchuinte, aujourd’hui ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation, elle fera l’objet de plusieurs attaques en 1992. « Cela n’a pas été facile à l’Ouest. On a été victime de casses de voitures, d’attaques. Ma fille en garde des séquelles. Le numéro de la voiture figurait sur deux listes de voitures à brûler, parce que j’étais du Centre et très active », explique-t-elle. Des menaces qui vont la pousser à prendre du recul.

Seulement, après son retour à Douala, elle est invitée par feue Françoise Foning, l’emblématique militante du Rdpc, à prendre part aux municipales de 1996. Election remportée par le Social Democratic Front. Après l’éclatement du Rdpc en six sections à Douala, elle se retrouve à Douala Vème avec la défunte Foning, avec qui elle met sur pied une démarche qui leur permettra de remporter les municipales de 2002. Ancienne député suppléante, la sénatrice suppléante du Wouri est mariée et mère de six enfants.

 

 

Paule-Natacha Mbia Sangha : Fruit du multiculturalisme

Par Marguerite Papana

 

Paule-Natacha Mbia Sangha est une des illustrations de l’intégration nationale. Elle en est d’ailleurs un produit. Celle qui se présente comme une Ossananga (communément appelé ‘Sanaga’ dans le département du Mbam-et-Kim, région du Centre) est en réalité née d’une relation multiculturelle. En effet, issue d’une mère originaire d’Abong-Mbang, département du Haut-Nyong, région de l’Est et d’un père mbamois, Paule-Natacha présente tout de même des traits de visage « nordiste ». La peau noire ébène qui constitue une de ses caractéristiques physiques les plus remarquables est un héritage de son père aujourd’hui décédé. Ce dernier, affirme-t-elle, avait les traits de sa mère originaire du grand Nord.

La jeune femme de 24 ans a passé une partie de son enfance dans la ville de Bafia dans le département du Mbam-et-Inoubou, qui l’a vue naître le 18 juin 1993, avant de s’installer à Yaoundé avec ses parents. Toutefois,  Mbia Sangha a du mal à assumer ses cultures jusqu’au bout, notamment les mets de ces régions. Les plats traditionnels du Haut-Nyong ou du Mbam-et-Kim ne l’intéressent pas. La férue de cuisine adore concocter et déguster des mets qu’elle affectionne, à savoir le eru, le taro avec la sauce jaune. C’est ce qui explique les origines de la petite Kayla, sa fille de 4 ans, issue de l’union avec un jeune homme originaire de Meta, département de la Momo, dans la région du Nord-Ouest.  Une richesse culturelle dont la petite Kayla se vantera sans doute plus tard.

 

El Hadj Oumarou : Le Peul de Nkongsamba

Ludovic Amara

 

« Nkongsamba est une ville cosmopolite. Elle est composée à 85% des ressortissants du Grand-Ouest et 15% des autres composantes socio-ethniques. Ce sont des autochtones et les autres ». Ces chiffres sont donnés par El Hadj Oumarou Dandjouma. Il est maire de la ville de Nkongsamba, dans le département du Moungo, région du Littoral. Ce militant du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) est président de section et  originaire de la région du Nord. Ce riche commerçant dit être lui aussi « une illustration parfaite de l’intégration nationale ». Coordonnateur général du Bureau de gestion du fret terrestre (Bgft), El Hadj Oumarou est installé dans la ville de Nkongsamba depuis plusieurs années. Son engagement politique l’amene à être l’une des figures incontournables de la ville de Nkongsamba. Il est membre du comité de gestion du Fonds routier. Aussi, il contribue à redonner son éclat à cette ville du Littoral.

 

Pangmashi Roland Fue: La discipline comme gage d’intégration

Par Pascal Dibamou

Le député est assis  devant un verre de vin blanc. Il est 13h, ce 18 mai. L’espace aménagé dans un coin du salon feutré de l’hôtel des députés et réservé à la vente de ce vin traditionnel, est encore vide. Les clients du « matango » tardent à se présenter. Le député Pangmashi Roland Fue, élu dans le département du Mfoundi, échange avec un autochtone de ville de Yaoundé. Entre ses mains, un livre sur le leadership. Il ne s’en sépare jamais depuis son retour d’Arusha en Tanzanie, avant son entrée à l’Assemblée nationale en 2013. Il s’est formé là-bas à la négociation internationale et au leadership. C’était au «Trade policy training centre international Africa».

Le natif de Ndop (région du Nord-Ouest) a commencé à militer dans le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) à l’âge de 20 ans, deux années avant son entrée à l’université. « Pour que je m’intègre parmi les autochtones de Yaoundé, il a fallu que je sois discipliné et travailleur. On ne triche pas dans une société. Quand tu es menteur, escroc, voleur, cela se sait », confie-t-il. Selon ce dernier, la population anglophone de Yaoundé est supérieure à celle de certains départements du pays. C’est pourquoi, il souhaite que le gouvernement augmente le nombre de députés du Mfoundi. Cela permettra de « mieux s’occuper des populations que je représente », pense-t-il.

Titulaire d’une maîtrise en géographie obtenue à l’Université de Yaoundé il est âgé de 46ans. Il est installé à Yaoundé depuis 30 ans. Pangmashi s’investit dans l’éducation et lutte contre la pauvreté dans ladite ville. Il considère Yaounde comme son deuxième village. « J’ai facilité la création du lycée de Mevoutou, situé derrière le Centre des handicapés de Yaoundé et le Lycée technique de Simbock. J’ai aussi équipé onze bibliothèques d’écoles primaires et maternelles », lance-t-il avec fierté.

Louis Roger Nguimé : Le bagagiste du Sud à Ngaoundéré 

Par Esaie Meidogo Shakur

Agé  de  30 ans, Louis Roger Nguimé, bagagiste à la gare ferroviaire de Ngaoundéré, ne semble pas regretter d’avoir quitté le marché Nkoulouloun à Douala, où il exerçait le métier de  «  sauveteur ». A peine débarqué  dans la capitale château d’eau du Cameroun, il a réussi  à s’offrir une place au sein de l’équipe des bagagistes de la gare,  à l’issue d’un recrutement sur étude de dossier. Et depuis 2013, il exerce son métier et gagne ainsi son pain quotidien loin de son village natal dans  le Littoral  du Cameroun.  En ce moment, rien ne laisse présager que le dossard  no 94 de la structure Barakat ait envie de quitter la région de l’Adamaoua, au moment où il s’apprête  à prendre pour épouse Honga Mariamou, d’origine Gbaya de Meiganga, qui  lui a fait deux enfants. En ce qui concerne son intégration au sein des populations, Louis Roger Nguimé estime que c’est une question de volonté : « Je me suis facilement intégré à Ngaoundéré, étant donné qu’il fallait que je me fasse écouter par mes clients. Ma première stratégie a été de  mettre  en avant la langue. Aujourd’hui, je m’exprime couramment en fulfuldé, ce qui constitue pour moi une  vraie richesse, notamment au plan des relations humaines. Ici, je me sens comme chez moi», confie-t-il.

Guy Paulin Effa Essiane : Bulu dans le sang, Baham dans les sentiments

Par Guy Roger Mvondo

Guy Paulin Effa Essian fait partie des ressortissants de la région du Sud Cameroun qui ont décidé, au nom de l’amour, de vivre l’intégration nationale en épousant une ressortissante de l’Ouest. «J’ai rencontré ma femme à l’université. Elle était à l’Ecole normale supérieure et moi étudiant à l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic). J’habitais la même cité que sa grande-sœur. Et c’est pendant ses multiples visites que notre union s’est nouée  », se souvient-il.

Pourtant, les choses n’ont pas été faciles au début. Après avoir annoncé à Sylvie Matchuenche Tchuenkam son intention de l’épouser, le natif du village Bidjom par Sangmelima va faire un bond dans le vide. Pendant qu’il fait face à l’opposition de sa belle-sœur au sujet de ses origines «nkwa» (appellation attribuée aux allogènes en pays bamiléké), il perdra sa dulcinée.

Alors que le produit de la promotion 2000-2002 de l’Esstic officie en qualité de chef de la cellule de communication à la commune de Sangmelima, il décide de légaliser son union avec Sylvie. De cette union entre ce pur Yékombo de Bidjom né le 24 juin 1971 à Sangmelima et Sylvie Matcheunche, est née, il y a deux ans, une fillette. Les deux époux vivent un mariage heureux. « Je ne suis pas sûr qu’avec une fille du Sud, les choses se passeraient aussi facilement», déduit l’actuel chef-service des médias privés et de la publicité à la délégation régionale de la communication pour le Sud.

 

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