Samedi, 20 Juillet 2019
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Cameroun : l’appartenance ethnique se complexifie à bord du taxi de Tchouta Serge B

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Identifier le Camerounais au nom ou au faciès, belle affaire . Histoire vécue.

Le Mutant

Le moteur de ma vieille Golf toussote ce matin. Il est tombé une pluie à remplir l’Atlantique toute la nuit. Pas le temps d’attendre le mécano. J’ai rendez-vous avec mon fondé à la banque à 11h. Je cours au carrefour Borne dix Odza au sud de Yaoundé héler le premier taxi. Sa carrosserie est plutôt orangée, celui qui s’en vient. Mais bon. Je lui crie : « 500 avenue des banques ! ». « Pim ! », répond l’avertisseur en guise de : « montez !» Je vais me caler sur la banquette arrière et le véhicule démarre sous des regards incendiaires qui me prennent pour Baba Danpullo…

Dix mètres après, le chauffeur tourne le bouton volume du lecteur et « La petite Adeda » de K-tino se déverse dans mes oreilles. Au carrefour Messamendongo, deux dames se joignent à moi à l’arrière du taxi. La plus jeune, belle comme le premier péché, se colle à moi comme une ventouse. Du coin de l’œil, je l’épie. Son parfum laisse une traînée à ranimer un eunuque ! Le chauffeur tourne son bouton et K-tino repart. « Oh, la maman K-tino ! La seule, l’unique !», lance la voisine de ma voisine, la quarantaine visiblement. « Lady ponce est la meilleure. », coupe madame eau de parfum. « Ma fille, tu es trop jeune pour connaître. », lui rétorque sa vis-à-vis. Elle prend cela comme une claque ! Dieu ! La troisième world war des générations vient de commencer. Au Cameroun. À Yaoundé. Dans un taxi de ville.

Ça piétine avant le carrefour Mvan, épicentre des bouchons de Yaoundé. Cette fois-ci « c’est du Sitony hein » qui sort, au propre, de notre cabaret roulant. Ma belle voisine est toujours là. Sa rivale, non. Avant le carrefour Coron, juste après le siège de votre quotidien préféré, Nkodo Sitony cède le plancher à Eboué Chaleur. Je cherche le visage du Dj. En vain. Il est aussi mystérieux que celui d’Alexandre Douala, alias Douleur. On ne le voit pas ou plutôt à moitié lorsqu’il se penche pour écouter la destination des clients. Nous voici au carrefour Mvog-mbi. Au lieu de descendre droit vers la Poste centrale, l’homme au volant bifurque à Nkoldongo. Je m’énerve : « Je vous ai bien dit Avenue des banques ». « J’ai plutôt compris Avenue Germaine. », ment-il en tournant vers moi un beau visage de poster de salons de coiffure hommes. « Je tourne au carrefour Iptec. », croit-il me tranquilliser. Fam Ndzengue entre en scène. Je commence à me sentir bien dans cette voiture providentielle lorsque, coup de tonnerre, Miss volupté quitte l’arche ! Alors que je suis en train de préparer ma légende en solo pour lui hurler sous le nez « C’est moi le grand Mutant, l’homme du jeudi de Muta ! » Bosse de chameau !

Mes yeux se portent sur le badge du taximan et lisent : « Tchouta Serge B. » « Monsieur Tchouta, vous aimez le bikutsi, vous avez épousé une fille du Centre ? », demande-je. « Non, je suis d’Ebolowa. », répond-il. L’inattendu. « Mon père est bulu, et ma mère, bangangté. » poursuit-il. Il ne connait même pas le village de sa maman. La meilleure ! Serge Tchouta n’est pas au courant des cochonneries du genre « cochonards » ou « sardinards » qui infestent la Toile. « Je ne suis pas android, grand frère. », se désole-t-il en tendant un téléphone qui aurait valu une fortune chez l’antiquaire. Je descends Avenue des banques accompagné par « Zoa Mballa » de Messi Martin et me dis : « Le Cameroun d’aujourd’hui est très compliqué… »

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