Lundi, 18 Juin 2018
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Cameroun : la gouvernance de l’urgence

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crise anglophone

Les malades d’insuffisance rénale ont reçu un bol d’air la semaine dernière, après une énième grève devant les services de certains hôpitaux de référence à Yaoundé et à Douala.

Par Georges Alain Boyomo

Onze tonnes de consommables ont été réceptionnés et un autre stock est en route,
d’après les explications du ministre de la Santé publique, André Mama Fouda, pour satisfaire la demande. Ils vont permettre la prise en charge, sur une certaine période, des patients, dont 750 chroniques répertoriés. La crise des dialysés remet au goût du jour la gouvernance de l’urgence, qui s’est installée au Cameroun.

Généralement, c’est lorsque nos gouvernants sont poussés dans leurs derniers retranchements par la pression des délais (cas de la prochaine Coupe d’Afrique des nations de football et, plus loin, de la Can féminine 2016) ou par la gravité de la situation (cas du problème d’hémodialyse qui a déjà fait 35 morts
depuis le début de l’année dans le seul Hôpital Général de Yaoundé, au dernier pointage) qu’ils font preuve d’une extraordinaire vitalité et communiquent à tout vent sur ce qui a été fait a priori ou à posteriori.

Mais, il faut gratter le vernis officiel pour mieux comprendre. L’urgence, à l’analyse, participe d’une stratégie suffisamment huilée pour siphonner les fonds publics, puisque la dictature des échéances ne permet pas toujours un contrôle rigoureux, avec célérité et diligence. Certains fonctionnaires et affidés s’appliquent dès lors à
gonfler les besoins, à agiter les risques encourus en cas de non-exécution à date de tels ou tels chantiers, afin de susciter souvent des dépenses, qui n’auraient jamais été si disproportionnées en temps ordinaire d’exécution de projets.

L’option du gré à gré dans la « passation en procédure d’urgence des marchés publics» est particulièrement prisée par ces temps. Comme s’il était devant une carcasse d’éléphant, chaque intervenant dépèce sa part du pachyderme, sans le moindre souci de l’intérêt général ; contribuant ainsi à donner sens à la jolie théorie du philosophe Hubert Mono Ndjana : le « mapartisme ».

On en est à se demander si l’on est toujours en République. En effet, la République (du latin Respublica, qui signifie, au sens propre, chose publique) est un système politique dans lequel la souveraineté appartient au peuple. Lequel exerce le pouvoir politique directement ou par l’intermédiaire de représentants élus. Ceux-ci reçoivent des mandats pour une période déterminée et sont responsables devant la nation. La Répu-
blique s’oppose donc à la monarchie, à l’empire ou à la principauté. Elle se rapproche de la démocratie qui est, selon Abraham Lincoln, « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». La démocratie s’oppose à la tyrannie.

Au vu de l’éclipse entretenue de la « chose publique », de l’intérêt général et de la préservation du bien public au Cameroun, le citoyen lambda est fondé à se poser la question de savoir quelle case il faut finalement cocher, au sujet de ce pays nôtre que nous chérissons tous, sur l’éventail des systèmes politiques relevés plus haut. Le
« mapartisme » ambiant, tentaculaire et passablement toléré dans les sphères de prise de décisions, est en totale contradiction avec toute idée de République.

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