Lundi, 6 Avril 2020
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Cameroun-France:manifestation anti-Macron à Yaoundé

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Des centaines de jeunes se sont mobilisés devant l’ambassade de France pour protester contre les propos tenus le weekend dernier par le président français à l’égard de son homologue camerounais.

Par Florentin Ndatewouo

Le son de la fanfare qui retentit à l’entrée de l’ambassade de France, hier lundi, donne à imaginer un climat de festivité. Que non ! Drapeaux vert-rouge-jaune autour du cou, fanions et pancartes aux bras avec des mentions « M. Macron, le Cameroun dit non à l’ingérence ! M. Macron, mêles-toi de tes oignons ! M. Macron, éteins d’abord le feu qui brûle en France ! », des jeunes sont massés devant cette représentation diplomatique située au plateau Atemengue. Raison : manifester leur colère contre le président français.  A la cadence des percussions, certains protestataires se regroupent progressivement autour de la fanfare. Ces derniers exécutent avec élégance des pas de danse improvisés en guise de soutien au chef de l’Etat camerounais, Paul Biya. « Popol, Popol, ton mandat n’est pas fini à Etoudi ! », répètent-ils.

Donald Ebodé fait partie de ces manifestants. Son visage dégouline de sueurs. Malgré la forte température, cet étudiant à l’Université de Yaoundé I appelle à la mobilisation. « Le président Macron étant un homme politique, il ne doit pas s’adresser directement au Cameroun de cette manière, soutient-il. Nous avons besoin que les Camerounais se mobilisent pour soutenir le président Paul Biya. Nous avons nos représentants qui ont mis des cars et des bus à notre disposition. Ils vont nous ramener ». Cette position est également défendue par le président de l’Association des jeunes ressortissants de l’Adamaoua. « Nous sommes venus dire ‘’Non’’ à la France. Dire à la France que le Cameroun est un pays libre et indépendant. Dire à la France que le Cameroun n’est pas une région de la République française. Dire à la France que le Cameroun est un pays ami de la France », énumère Aboubacar, qui est par ailleurs membre du comité d’organisation de ce mouvement de contestation.

Aboubacar Souley s’inscrit lui aussi dans cette dynamique. Président des jeunes de l’arrondissement de Yaoundé 2, il rappelle les motivations de sa présence sur les lieux de la manifestation. « Si nous sommes ici, c’est parce que nous désapprouvons les propos que le président Macron a tenus à l’endroit du président Biya, indique-t-il. Le Cameroun est un pays souverain. Nous sommes un Etat de droit. Nous demandons à la France de respecter les accords de partenariat entre elle et nous. Macron n’a jamais élu Paul Biya. S.E Paul Biya est un président élu démocratiquement avec plus de 71% de voix des Camerounais. Cela veut dire qu’il est un président consolidé dans son pays ».

Anti-émeutes

Aboubacar Souley s’attend, à cet effet, que le chef d’Etat français batte sa coulpe. « Nous demandons des excuses immédiates au président Macron, parce que les propos qu’il a tenus sont irréparables ». Juste derrière le président des jeunes de l’arrondissement de Yaoundé 2, une banderole tenue par ses congénères porte de président Paul Biya, assortie du message : « France, ne te rends pas complice du terrorisme et des meurtres commandités depuis votre sol ! »

L’ambassadeur de France au Cameroun, Christophe Guilhou, qui selon toute vraisemblance était présent à son bureau, ne s’est pas montré devant les manifestants. Une tentative de rencontrer le chef de la mission diplomatique française au Cameroun ou tout autre responsable a été vaine. A la guérite, l’agent de sécurité présent fait savoir que « l’ambassadeur ne reçoit personne pour le moment ». Le mouvement de contestation se déroule au moment où le consulat de France, qui partage le même bâtiment que l’ambassade, accueille des visiteurs. Nombre d’entre eux sont installés sur des sièges en attendant d’être reçus.  Dans l’intervalle, un citoyen étranger de race blanche en provenance du consulat se rend, en compagnie d’une dame, à l’ambassade. Le couple est hué au passage par les manifestants.

Visiblement choquée et prise de honte, la dame n’aura pas d’autre choix que de couvrir son visage avec sa main, tandis que son compagnon esquisse un sourire jaune. Les manifestants ne se privent pas non plus d’attaques verbales vis-à-vis des usagers qui attendent d’être servis. « Qui sont ceux qui veulent les visas-là ? Vous êtes des traitres ! Où comptez-vous aller avec ces visas ? Traitres que vous êtes ! », lancent-ils.

Rdpc

La manifestation est encadrée par les forces du maintien de l’ordre.  La circulation quant à elle est bloquée depuis le Monument de la réunification jusqu’à lieu-dit « Mobile Olézoa ». Les gendarmes ordonnent à tous les automobilistes de faire demi-tour, même si certains essayent, sans succès, de forcer le passage. Equipés de matraques, boucliers et casques anti-émeutes, des éléments des brigades de gendarmerie de Melen et Biyem-assi, du Groupement spécial d’opérations (Gso), et du Groupement mobile  d’intervention (Gmi) sont placés de chaque côté de la route. Au milieu de celle-ci, un camion de la gendarmerie obstrue le passage.

Sur le lieu de la manifestation, l’on note la présence de quelques cadres et militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Parmi eux, un député. Lequel dit apporter son soutien à cette initiative de contestation. « Je pense que cela a été une faute politique et nous le déplorons. C’est pour cela que nous sommes-là avec les jeunes, pour protester et manifester notre mécontentement », lance l’honorable Jean Simon Ongola Omgba.

Dans la foule, un homme vêtu d’un ensemble survêtement bleu sombre, estampillé à l’arrière « Mfoundi II, Rdpc », ne passe pas inaperçu. Un jeune rencontré sur les lieux de la contestation indique que le parti au pouvoir ne serait pas étranger à cette manifestation. « Nous avons été contactés par notre sous-section Ojrdpc [Organisation des jeunes du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, Ndlr]  le  dimanche 23 février pour discuter des modalités de notre présence ici aujourd’hui », confie-t-il.

Ordre public 

Les manifestants se sont rassemblés aux environs de 07h du matin, selon Aboubacar. Le leader de l’Association des jeunes ressortissants de l’Adamaoua fait savoir que « tous les membres des associations du grand nord (Nord, Adamaoua, Extrême-Nord) que j’encadre ici sont au nombre de 500. Nous avons retenus 100 membres par région. Mais, il y a des régions qui ont mobilisé 200 membres. Nous avons un consortium qui compte plus de 32 associations ».

Cette manifestation publique a lieu dans un contexte où les réunions et manifestations publiques organisées par les partis politiques d’opposition et des organisations de la société civile sont régulièrement interdites au Cameroun. Le motif invoqué à chaque fois par les autorités administratives étant le « risque de trouble grave à l’ordre public ».

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