Lundi, 6 Juillet 2020
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Cameroun-France:Avis de tempête

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La réaction de Yaoundé reste attendue, après qu’Emmanuel Macron a déclaré avoir fait pression pour la libération de Maurice Kamto, sans quoi il n’aurait pas accordé d’audience à Paul Biya.   

Par Jean De Dieu Bidias

Interpellé par l’activiste camerounais Calibri Calibro qu’on présente comme le commandant en chef de la Brigade anti-sardinards (Bas) sur la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest et la situation sociopolitique au Cameroun, samedi dernier, le Président français a affirmé que c’est sous sa pression que Maurice Kamto a été libéré début octobre 2019 après neuf mois de détention. Emmanuel Macron révèle ainsi, cinq mois après, que loin d’avoir été une « mesure d’apaisement » dans la foulée dans grand dialogue national comme l’avait laissé entendre le pouvoir en son temps, la libération du président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) avait été marchandée contre audience entre Paul Biya et lui en France. «Je lui avais dit que je ne voulais pas le recevoir à Lyon tant que Maurice Kamto n’était pas libéré. Et il a été libéré parce qu’on a mis la pression », laisse entendre le chef d’Etat français dans une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux. Au sujet des violences dans la partie anglophone du Cameroun, Emmanuel Macron regrette que la situation soit « en train de se re-dégrader », malgré les multiples appels à la résolution de cette crise. « Je vais appeler la semaine prochaine le Président Biya et on mettra le maximum de pression pour que cette situation cesse. Je suis totalement au courant et totalement impliqué pour que les violences qui se passent au Cameroun et qui sont totalement intolérables cessent. Je fais le maximum », a-t-il juré.

A Yaoundé, cette sortie du Président français laisse sans voix. « Les pressions qu’il assume faire sur le Cameroun sont dignes des moments les plus sombres de la Françafrique », lance sous anonymat un haut commis. Comme tétanisé, le pouvoir n’a toujours pas encore réagi à ces déclarations diplomatiquement incorrectes, qui montrent surtout qu’à l’opposé du discours officiel qui est au démantèlement de la Françafrique, Paris a maintenu une très grosse mainmise sur la gestion des affaires internes du Cameroun. Mais dans la périphérie, les réactions foisonnent sur fond de surenchère verbale. Universitaires, hommes politiques, élus, etc., sont montés au créneau pour dénoncer un discours arrogant qui transgresse « toutes les convenances politiques et diplomatiques en vigueur dans les relations internationales », s’est déchaîné le philosophe Lucien Ayissi, enseignant à l’université de Yaoundé I. « Le peuple camerounais condamne avec la plus grande fermeté et marque son indignation sur les propos du Président français sur le Cameroun et son président Paul Biya. Notre pays n’est pas prêt à brader son indépendance pour un plat de lentilles. Nos institutions méritent le respect que nous avons toujours accordé à la France », condamne le député Rdpc Jean Simon Ongola Omgba.

Faucons

Max Zachée Mbida, politologue et enseignant à l’université de Yaoundé II, pense pour sa part que « les déclarations de Emmanuel Macron rendent d’abord la raison de la France puissante fière de sa prééminence stratégique construite de longue date sur les pays dits de son pré-carré et avec lesquels il est dit qu’elle entretient des rapports de maître à esclaves. Comme François Mitterrand au Sommet de la Gaule en son temps, Emmanuel Macron est péremptoire, paternaliste et martèle « J’ai mis la pression »,  » j’appellerai le Président Biya pour lui mettre la pression », etc. C’est le maître indiquant le sens du travail à faire et de l’orientation que devrait prendre les rapports qui doivent demeurer de vassalité entre la France et le Cameroun. Cette posture alimente le débat autour d’objets aussi structurants de la diplomatie française que sont la Françafrique, le Fcfa, la coopération culturelle, l’appui au développement, etc. »

Beaucoup de militants de l’opposition et d’activistes sont en extase sur les réseaux depuis samedi, alors que les faucons du régime, eux, ruminent leur colère. Mais de sources bien informées, le gouvernement devrait réagir dans les prochaines heures.

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