Jeudi, 16 Août 2018
Accueil quotidien mutations chronique Le bulldozer Atanga Nji

Le bulldozer Atanga Nji

602
- Publicité -
Georges Alain Boyomo

On se serait cru sur un théâtre de guerre. Vendredi dernier, à l’occasion de la célébration des 32 ans du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), le ministre chargé de missions à la présidence de la République, Paul Atanga Nji, a débarqué à la Maison du parti à Bamenda avec un ceinturon au niveau de la taille, chaussé de brodequins militaires et tenant un bâton de commandement. Le secrétaire permanent du Conseil national de sécurité a expliqué à la presse locale qu’il s’habille ainsi parce qu’il est un « combattant ». Surtout, précise-t-il, « le chef doit montrer la voie ». Au cours du meeting peu couru, Paul Atanga Nji se montrera encore plus martial dans le propos : «Rien ne va nous empêcher de nous déployer. Il faut vaincre la peur. Les gens ont un agenda caché et le président de la République ne peut pas accepter cela». Au fil des épisodes de la crise anglophone, Atanga Nji, a habitué l’opinion publique à des sorties propres à semer la confusion. Interviewé par la Crtv aux aurores de la déflagration anglophone, celui qui est présenté comme le tombeur du Social Democratic Front (Sdf) dans la Mezam, déclare qu’«il n’y a aucun problème anglophone au Cameroun. Il y a des gens qui ont été manipulés, des enseignants ont été manipulés. Il y a des forces étrangères. Je dis bien que les avocats qui se réclament de cette association et qui font des revendications fantaisistes ont reçu de l’argent. Les enseignants, ils ont aussi reçu de l’argent des gens qui leur disent, ne parlez plus de vos questions, parlez de la sécession, parlez du retour au fédéralisme». Et d’enfoncer le clou: «Les gens qui ont été interpellés sont passés aux aveux complets, en disant qu’ils ont été manipulés ». Il n’en fallait pas plus pour chauffer à blanc les manifestants dans les deux régions anglophones. Ignorant, comme une queue de cerise, cette ambiance un tantinet électrique, le Rdpc, sous la conduite du Premier ministre, Philemon Yang (en qualité de chef de délégation régionale du Rdpc pour le Nord-Ouest) et Jean Nkueté, secrétaire général du comité central du parti au pouvoir, entreprend d’organiser un meeting « pour la paix », à Bamenda, après l’étape sans histoires de Buea. Au lieu d’éteindre le feu de la fronde sociale, le Rdpc va plutôt, à ses risques et périls, allumer un brasier de colère dans la ville. Bilan, des morts, des blessés et d’importants dégâts matériels. Un doigt accusateur est pointé sur Paul Atanga Nji, qui par ses attitudes et déclarations, aurait soufflé sur les braises. Au Bamenda Congress Hall, le Premier ministre, le Sg du comité central du Rdpc et leurs accompagnateurs sont exfiltrés. La tension est vive. Jean Nkueté remisera donc son discours «d’apaisement» au placard. Dans ses différentes unités politiques, le Rdpc enfante et jette régulièrement dans l’arène des fantassins dont l’ambition personnelle et la volonté sans borne de plaire au président national inclinent à poser des actes aussi militants qu’incohérents. La lucidité commande pourtant de savoir jusqu’où ne pas aller loin, en fonction des circonstances. Au sein de l’appareil Rdpc, s’il y a (encore) quelqu’un pour arrêter le bulldozer Atanga Nji, c’est sans doute le moment de le faire. Après, il sera trop tard.

Newsletter: Restez au courant de l'actualité


- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP