Mardi, 24 Novembre 2020
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Boycotter le vandalisme

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Yaoundé est une affreuse ville. Une cité d’une laideur chaotique. En réalité, l’écrire ou le dire c’est comme rappeler au monde que le feu brûle, que l’eau mouille et que Nkolmesseng attend toujours son bitume. Qu’à cela ne tienne, au milieu de cette mocheté difforme et beaucoup trop indécente pour la capitale d’un pays, il existe quelques îlots de bon sens architectural. Des bâtiments et avenues récalcitrants, des résistants face à des bidonvilles galopant tel un cheval qui fuit un feu de brousse en Australie. L’Hôtel Mont-Febe, de par sa position perchée et au regard du paysage qui l’entoure, est l’un de ces îlots de beauté et de douceur qui permet de ne pas perdre espoir. Le genre d’adresse qu’on aime visiter et admirer, même de loin. En ce moment où la fièvre électorale fait grimper le thermomètre, des vandales ont eu l’idée de génie de souiller cet endroit. Cet établissement hôtelier inauguré en 1969, a été profané par des violeurs de beauté.

S’il n’est pas encore possible d’identifier clairement ces chenapans – excusez le vocabulaire des égouts, c’est le choc -, l’on peut néanmoins déjà réduire le périmètre de la recherche des coupables. Ceux qui ont opéré ont inscrit sur l’un des murs un message appelant au boycott des élections législatives et municipales du 09 février prochain. Le lendemain, en se baladant dans la ville de Yaoundé, on constate que les murs des maisons appartenant à de nobles citoyens ont été vandalisés avec des inscriptions similaires. Des enseignes et plaques installées au bord de ce qui fait office de routes n’ont pas échappé à ces artistes du boycott.

Ces tristes faits appellent à rappeler quelques règles. Le boycott, tout comme le vote, n’est pas obligatoire.  S’il est un droit acquis, l’acte de vote est aussi un devoir facultatif. Cela signifie qu’il n’est pas possible d’obliger un citoyen à voter. Aucune loi n’existe dans ce sens. Que ce soit dans ou en dehors de l’isoloir, les uns et les autres ont la liberté de choisir de ne pas choisir, tout comme de choisir de ne même pas participer. C’est aussi ça la démocratie.

Dans cet ordre idée, libre à certains de militer pour le boycott, si rien ne le leur interdit, tandis que d’autres militent pour obtenir les voix de ceux qui sont inscrits sur les listes électorales et qui iront voter. Par contre, les défenseurs du boycott ne peuvent et ne doivent pas obliger les autres citoyens à boycotter. Leur liberté s’arrête là où celle des autres commence. Infliger ces graffitis à la population, en dehors du fait que ce soit du vandalisme, s’assimile à une contrainte morale exercée sur tous ceux qui les subissent directement ou indirectement.

Yaoundé est une cité qui souffre déjà suffisamment de son capharnaüm urbain. Ajouter de la boue sur de la boue juste pour satisfaire une ambition politique serait comme vouloir scier la jambe d’un estropié. Interdire à un muet de parler. Epargnons le peu de beauté que nous avons de nos batailles politiques.

Par Le Saladier

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