Dimanche, 8 December 2019
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Boulou Ebanda Nya Bedi: « Cessons de pénaliser les enfants »

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Professeur des Universités en Sciences de l’information et de la communication, Directeur de recherche sur les questions de cultures et de sociétés, il se prononce sur la fièvre autour de la rentrée scolaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Par  Paulette Ndong avec Sandra  Mendomo (Stagiaire)

Trois semaines  des «villes mortes » annoncées dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Est-il prudent pour un parent d’envoyer son enfant à l’école dans ces conditions ?

Dans les circonstances actuelles, il ne serait pas juste, ni même prudent, d’envoyer des enfants à l’école dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun. Cela dit, l’Appel des évêques à ouvrir des écoles devrait avoir un impact, mais j’ai comme l’impression, présentement, que cet appel est entré par une oreille pour ressortir de l’autre. Cela dit, au-delà de cet appel, il faudra peut-être penser à d’autres stratégies de communication relativement à ce qui se passe dans ces deux régions. Il faut rétablir l’Etat de droit.

Il faut rétablir cet Etat de droit pour assurer que tous les Camerounais qui sont dans les territoires de ce pays, y compris les enfants, puissent bénéficier du droit, par exemple, le droit à l’éducation pour lequel plusieurs en ce moment sont privés ? C’est cette question qu’il faut poser aux parents mais surtout, aussi, au gouvernement.

Le gouvernement, qui tient à assurer la sécurité des personnes et des biens, est-il dos au mur ?

Le gouvernent a tout ce qu’il faut pour maintenir l’ordre. Il a tout pour s’assurer que cette situation ne s’aggrave au-delà de ce qui, aujourd’hui, est visible sur le terrain. Faut-il, par exemple mettre sur pied un véritable état d’urgence pour que les enfants camerounais n’aient plus peur d’aller à l’école ? C’est la question que je pose. Quels sont les moyens qui ont déjà été mis sur pied, et c’est quoi le bilan de l’action gouvernementale présentement, en ce moment-ci ; quels sont les autres moyens qu’on n’a pas encore explorés pour résoudre cette situation ?

Le gouvernement a donc encore plusieurs cartes sur lesquelles il peut jouer, afin de trouver des solutions pacifiques qui vont permettre à nos enfants de retourner à l’école, de s’instruire et de ne pas être pénalisés. Trois ans déjà que ça dure ! Je pense qu’il est temps maintenant de cesser de pénaliser les pauvres enfants, de leur permettre d’aller à l’école et de s’instruire comme tous les autres enfants.

Les séparatistes annoncent trois semaines de ville mortes.N’est-ce pas un signe de durcissement ?  

Oui. Je suis récemment rentré du Cameroun. J’ai conversé avec plusieurs uns de mes collègues, notamment, avec une collègue de Buea, qui vit une anxiété profonde avec ses enfants. Oui, les séparatistes annoncent trois semaines de villes mortes. Les villes se vident, malgré les assurances du gouvernement. Ça revient à ce que je disais plus haut. En plus des dispositions sécuritaires prises par les pouvoirs publics, les populations doivent elles aussi prendre leur destin en main. La paix durable ne saurait être construite selon les seuls termes du gouvernement. Il faudra la participation de tous. Je pense que les population doivent démontrer à la fois aux séparatistes qu’au gouvernement, qu’elles ne sont pas nécessairement d’accord avec ce qui se passe actuellement. Il y a eu, à un moment donné, un élan de femmes dans ces régions en crise pour réclamer la paix. Je pense qu’il faut multiplier ce type d’actions, afin de pouvoir permettre de bâtir la confiance, permettre aussi au peuple de comprendre. Je pense également que les chefs traditionnels doivent accroître leur action de sensibilisation sur le terrain.

Un mot sur la condamnation à vie de Ayuk Tabe et Cie, à quelques jours de la rentrée scolaire, est-ce un mauvais timing ?

Je vais être franc avec vous. Dans un Etat de droit, il ne faut pas mélanger la justice et la politique. D’ailleurs, s’il y ait un ministère, un service public qui doit être séparé du politique,ce doit être celui la justice. La justice ne doit pas s’aligner sur un agenda politique. Si la justice rend justice, on doit respecter cette justice quelque soit le temps et la sentence. Il faut qu’on cesse de compatir, de mélanger humanité et justice, justice et politique. Nous pouvons être en désaccord avec une décision de justice, mais nous devons toujours exprimer ce désaccord avec un raisonnement logique et non un sentiment humaniste. Il faut arrêter avec ce genre de questionnement dans ce pays. Il n’y a pas de timing de politique qui doit ailler de pair avec la justice. Quand on ne rend pas justice, on accuse la justice ; quand la justice rend justice, on accuse la justice ! Il n’y a pas de timing pour la justice, mais un temps de justice, que nous soyons d’accord avec sa décision ou pas.

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