Vendredi, 20 Septembre 2019
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Mémoire collective et conspiration du silence

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Mort de l'évêque Bala

Agé de 81 ans, Joseph-Charles Doumba, ancien secrétaire général du comité central du Rdpc (parti au pouvoir au Cameroun) a quitté la scène samedi dernier. Ceux qui ont pratiqué cet ancien ministre sont invariablement admiratifs de sa poigne et de sa rectitude morale. Le «Blanc de l’Est» se présentait à ses confidents comme le «notaire» de la succession de novembre 1982.  «Nous étions quatre : Ahidjo, Biya, Dieu et moi», rappelait-il, avec sa gestuelle si caractéristique. Véritable bibliothèque des régimes Ahidjo et Biya, Joseph-Charles Doumba a été auteur. On lui doit notamment «Monsieur le maire» (Classiques Africains), «Être au carrefour» (Éditions Clé, Yaoundé), «Vers le Mont Cameroun» ou Entretiens avec Jean Pierre Fogui (l’Afrique en marche). Mais l’écrivain Doumba n’a pas légué ses mémoires à la postérité. Crédité d’une intelligence vive, d’un français châtié et d’une mémoire d’éléphant, pas de doute que pareille œuvre de M. Doumba aurait été un best-seller. Mais, sans doute par «fidélité et loyauté» envers Biya et Ahidjo, cet administrateur civil principal a choisi de mourir avec ses secrets. Avant lui, des boîtes noires des régimes Ahidjo et Biya, à l’instar de Gilbert Andzé Tsoungui, Maikano Abdoulaye, Jean Fochive, Luc Loé ou Ferdinand Oyono, ont été emportées par la grande faucheuse, sans qu’ils ne laissent trace de leurs vécus des arcanes de l’Etat. Tous semble obéir à un mot d’ordre venu l’on ne sait d’où pour perpétuer la «conspiration du silence». En revanche, quelques figures historiques ont brisé le «tabou». Sans prétention à l’exhaustivité, on peut citer Paul Pondi (de regrettée mémoire), auteur de «La police au Cameroun, naissance et évolution». L’ancien délégué général à la Sûreté nationale et ambassadeur du Cameroun aux Etats-Unis s’est également exprimé dans le livre «Paul Pondi, le temps de la parole: entretiens», signé de Jean-Emmanuel Pondi. Dans l’ouvrage «Le General Pierre Semengue. Toute une vie dans les armées» signé de feu Charles Ateba Eyene, le premier officier général de l’armée camerounaise apporte un témoignage édifiant sur les évènements d’avril 84, les années de braises ou encore sur la guerre d’indépendance. Lui aussi de regrettée mémoire, Samuel Eboua, ancien secrétaire général de la présidence de la République, reste immortel à travers des chefs d’œuvre d’histoire politique du Cameroun : «Ahidjo et la logique du pouvoir», «D’Ahidjo à Biya, le changement au Cameroun» et «Une décennie avec le président Ahidjo». Un cran stratégique plus bas, on saluera l’audace littéraire de feu Henri Bandolo, auteur de «la flamme et la fumée» et du colonel à la retraite, Clément Mboussi Onana, qui vient de publier, à compte d’auteur, «6 avril 1984. Autopsie d’un échec». En privé, des ministres (anciens ou en fonction) se montrent plus ou moins diserts sur des séquences décisives de l’histoire du Cameroun. Une fois que l’interlocuteur leur propose un livre sur le sujet, ils se rétractent telles des huîtres, obnubilés ou bercés par l’illusion d’un retour prochain aux affaires. A bien y regarder, on doit une fière chandelle à l’opération Epervier, qui a permis à de hauts commis de l’Etat de rompre le silence. Qu’on soit solidaire de leurs sort ou pas, que leurs livres soient frappés au coin de vengeance ou d’appel à la grâce présidentielle, Jean-Marie Atangana Mebara, Marafa Hamidou Yaya, Urbain Olanguena Awono, Jean-Baptiste Nguini Effa… ont, par leurs écrits, alimenté la mémoire collective. Ils doivent donc susciter des vocations d’écrivains.

Georges Alain Boyomo 

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