Mercredi, 23 Mai 2018
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Bernard Ouandji : « c’était prévisible la situation actuelle du Cameroun avec le Fmi »

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L’économiste analyse la menace de rupture de décaissements qui pèse sur la facilité élargie de crédit accordée au Cameroun par le Fmi.

Par Lucien Bodo

Le Fonds monétaire international (Fmi) menace de ne plus faire de décaissement dans le cadre de la facilité élargie de crédit si le Cameroun ne procède pas à un reprofilage de la loi de finances en cours. Comment en est-on arrivé là ?
Le gouvernement camerounais est finalement rattrapé par ses pratiques de dissimulation du déficit budgétaire. Pour ma part, j’ai toujours recommandé d’appliquer la sincérité budgétaire afin d’améliorer les relations avec les bailleurs
de fonds. Si vous lisez l’actualité, Brazzaville abrite un autre gouvernement rattrapé par l’exigence de sincérité budgétaire, après avoir maquillé ses comptes suite à des
opérations pétrolières pour le moins hasardeuses. En plus des subventions du prix du carburant, l’autre point à revoir, c’est les dépenses liées à la sécurité.

Etant donné le caractère sensible de ces données sécuritaires, pensez-vous que le Cameroun va s’ajuster à ce niveau ?
C’est une question politico-financière. Adressez-vous à la seule personne qui peut vous répondre. Et même, souvenez-vous que ma thèse est que le Cameroun ne peut pas
s’ajuster à franc constant en appliquant une politique déflationniste, avec des mesures d’austérité budgétaire et de contraction monétaire. Le modèle d’ajustement décidé le
23 décembre 2016 à Yaoundé est un modèle déflationniste dont vous voyez les conséquences aujourd’hui seulement. Hélas, c’était prévisible, car le Cameroun traîne un déficit budgétaire de 30% depuis 2012. Ensuite, la chute des cours du pétrole est venue creuser le déficit commercial.

Le pays a deux mois pour revoir sa copie avant le conseil d’administration du Fmi en juillet prochain. Cette période est-elle suffisante ?
C’est suffisant pour une équipe qui n’a pas les mains liées. Ce sont les considérations de propagande politique qui freinent les réformes.

Y a-t-il des chances que le Cameroun soit réellement recalé ?
La réponse dépend des cartes stratégiques que le président Biya a encore entre les mains. A titre d’exemple, Idriss Deby a gagné les élections il y a deux ans et cette année, il a réussi le tour de force de modifier la Constitution en sa faveur, le tout sous une situation sécuritaire incertaine et des arriérés de salaires de plusieurs mois. Et pourtant, le Tchad continue son programme avec le Fmi. Alors, comment fait-il, Déby ?

La facilité élargie de crédit était censée booster la croissance portée par le secteur privé. Qu’adviendrat-il si jamais le Cameroun est recalé ?
Le mandat du Fmi, même en cas de réussite du programme n’a qu’une mission de stabilisation et de retour aux équilibres budgétaires et des changes, donc, un préalable pour créer un cadre macro économique susceptible d’accueillir les mesures ultérieures destinées à booster la croissance. Soulignons que les quatre moteurs de l’économie camerounaise sont en panne : pétrole, agriculture de rente, génie
civil – même l’industrie de base comme Alucam – et l’énergie électrique. Le tiers des entreprises du secteur privé inscrites au Gicam réclament les arriérés de dette intérieure à l’Etat. C’est dire l’ampleur de la tâche dévolue à nos ministres de l’Economie et des Finances.

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