Vendredi, 5 Juin 2020
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Bernard Njonga: « Aux grands maux, les grands remèdes »

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Le président de l’Association de défense des intérêts collectifs (Acdic) redoute une crise alimentaire au Cameroun causée par le coronavirus. Il propose au gouvernement des pistes pour enrayer ce spectre qui pourrait aggraver les souffrances des populations.

Par Ibin Hassan

Le Cameroun peut-il supporter le choc d’une crise alimentaire liée à la pandémie du coronavirus ?

J’en doute. Ailleurs, nous le voyons, pour éviter la pénurie alimentaire, on fait appel aux stocks de vivres  qui ont été constitués soit au niveau des coopératives, des collectivités, des distributeurs, des exportateurs ou encore au niveau des industries agroalimentaires. Nous le voyons aussi que ces stocks sont constitués des produits du terroir et non des produits importés. Nous le voyons encore que ces stocks sont issus des surplus de production dont certains ont été transformés pour  faciliter la conservation. Ces stocks sont connus en termes de lieu de stockage, de qualité et quantité et sont mobilisables en un claquement de doigts pour alimenter les marchés en rupture de stocks où qu’ils se trouvent et ceci sans aucune spéculation.

Au Cameroun les productions locales sont extrêmement faibles pour plusieurs raisons et ce, malgré d’énormes potentialités de production dont il regorge. Les demandes en produits alimentaires croissent sans cesse et pour y faire face on importe de plus en plus de denrées. De la production à la consommation, il n’existe aucune organisation, aucune structuration qui puisse aider à compiler les données et gérer la fluidité des productions et des demandes. Pour ce qui est de la distribution, c’est le sauve-qui-peut. Le terroir de l’informel. Allez voir au marché de Mokolo à Yaoundé ou marché de New-Bell à Douala. Ils font figure des jungles où pour y aller, client comme vendeur, il faut se  préparer au sens propre du terme. Criez « Oh voleur » que vous risquez d’être confondus au voleur. Et si vous aviez votre voleur entre les mains, mieux vaut encore le laisser partir car tout peut arriver à vos dépens.

Et que dire des supermarchés ? Quelques-uns existent dans les grandes villes, des exceptions pour confirmer la règle. Même s’ils  offrent à une clientèle très marginale, des produits manufacturés ou agro-industrialisés de manière parfois douteuse, reconditionnés à une date de péremption voulue ou pour faire simple, une date inexistante au cas où par miracle une clientèle venait à y prêter attention. Il est peut-être vrai que  tous les magasins ou tous les produits ne subissent pas ce traitement d’un autre genre. N’empêche. Et si les magasins d’ici vendaient les invendus de ceux de là, qu’adviendrait-il si ceux de là n’ont pas d’invendus ? Pour sûr, ce n’est pas dans les milieux de l’agrobusiness qu’il faille cherche les enfants de cœur.

Au Cameroun, les stocks de réserve n’existent nulle part. Si oui, ceux constitués par les importateurs pour les fins spéculatives, aux dépens non seulement des productions locales et de la sécurité alimentaire, mais aussi du pouvoir d’achat des populations. Il faut le dire pour le regretter que cette situation régulièrement décriée par la société civile est malheureusement soutenue par les pouvoirs publics qui vont jusqu’à accorder quelques facilités fiscales ou administratives aux importateurs. Des coopératives en faillite à l’instar de l’Uccao à Bafoussam qui après avoir mis la clef sous le paillasson, ont mis leurs magasins à la disposition des importateurs de denrées.

Dans la frénésie de l’heure, les importateurs et le ministre du Commerce sont en première ligne et jouent les acteurs de la scène. Ils sont visibles tant pour contrôler les prix que pour contrôler les stocks. Rien ou presque ne se dit concernant les productions locales. Et pourtant on sait que cette approche basée sur les importations est plus que risquée car ce n’est qu’en contrôlant la production locale qu’on peut contrôler les prix, les quantités ou encore les répartitions. 

Comme une lueur d’espoir, on constate que les populations prennent de plus en plus conscience des risques que représente le COVID-19. Apres cette prise de conscience, ont-elles de solutions qui ne leur soient pas suicidaires ?  90% de la foule qu’on trouve sur le marché de Mokolo ou de New Bell par exemple, vivent au jour le jour en cherchant à tirer leur survie, des dynamiques morales ou immorales de ces marchés. Le pain quotidien c’est le minimum qui alimente la hantise.

Comment éviter une crise alimentaire ?

Les solutions d’une crise alimentaire se préparent et se prennent avant pour être efficaces. Ce n’est ni pendant, ni après. A l’allure où vont les choses, l’éventualité d’une aggravation de l’épidémie couplée à une crise alimentaire existe et on la sent de plus en plus probable. Nous avons  l’obligation de produire plus, dans le respect des mesures préconisées pour réduire la propagation de l’épidémie. 

Mais attention ! Les productions agricoles ont ceci de particulier qu’elles obéissent au calendrier agricole qui lui obéit aux saisons. Suivant ce calendrier et de manière séculaire, les semis se font du 15 mars au 15 avril (un mois) de chaque année dans la majeure partie du Cameroun. C’est naturellement la période idéale pour SEMER avec l’espoir d’obtenir de meilleures récoltes conformément au calendrier agricole.

En clair, Nous sommes en cette fin du mois de mars au cœur de la campagne agricole 2020. Si nous voulons accroître la production de quelques vivres dans la perspective de constituer des stocks et d’amoindrir les méfaits d’une éventuelle crise, c’est MAINTENANT ET PAS DEMAIN qu’il faille pendre des mesures pour le faire.

Nous sommes doublement tenus par le temps. Le temps du calendrier agricole et le temps des menaces du COVID-19. Aussi, le caractère d’urgence de tout ce qui est entrepris doit être non négociable.

Comment s’y prendre ?

Nous proposons le lancement par décret d’une opération spéciale : « COVID 19/CRISE ALIMENTAIRE » avec deux volets : Un volet sanitaire, lié aux mesures de prévention contre le COVID 19, et un volet alimentaire lié aux mesures de productions agroalimentaires

1.    Décréter l’opération spéciale «  COVID 19/CRISE ALIMENTAIRE » dotée de moyens pour booster les productions agricoles tout en faisant respecter de manière stricte et scrupuleuse toutes les mesures édictées par les pouvoir publics pour faire face au COVID- 19 ;

2.    Réquisitionner et engager à la production, tout ce qui est facteurs de production sur le territoire national : terres, semences, engrais, tracteurs. Qu’ils soient stockés en usine, exposé en vente ou stocker chez des particuliers ;

3.    Instruire et engager les collectivités locales à identifier et mettre à disposition les terres agricoles disponibles sur leur territoire ;

4.    Engager tous les ingénieurs et techniciens agro-sylvo-pastoraux  dans les champs. Le Cameroun  a abondamment de techniciens qui malheureusement sont oisifs dans les bureaux ;

5.     Réquisitionner, mobiliser et convertir à la production toutes les ressources matérielles et humaines disponibles des autres secteurs d’activités à l’instar de l’armée ;

6.    Instruire les ministères spécialisés à l’instar de celui de la Recherche, de la santé et autres, à trouver des solutions aux manquements constatés ;

7.     Lancer des appels d’offre internationaux pour se ravitailler en facteurs de production manquants ;

8.    Etablir et imposer un rapport entre la production et l’importation de produits vivriers. Pour importer une quantité donnée de riz il faut en produire une autre quantité de riz ou de compléments alimentaires équivalents. Ex : Manioc. Aux grands maux, les grands remèdes. C’est le prix à payer !

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