Jeudi, 13 Août 2020
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Batailles:la seconde mort de Fotso Victor

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Deux camps se sont formés, entre orphelins et veuves, pour le contrôle des obsèques voire de la succession de l’industriel décédé le 19 mars 2020.

Par Michel Ferdinand

L’actualité récente autour de la dépouille de Fotso Victor, capitaine d’industrie décédé le 19 mars 2020 à Neuilly-Sur-Seine en France, n’est pas de nature à honorer sa mémoire. Alors que son corps flotte encore en surface, des tensions s’observent de part et d’autre, au sein de la famille, aussi bien entre les orphelins, les sœurs et frères que les veuves pourtant éplorés. On s’en convainc d’ailleurs par de nombreuses correspondances en circulation sur la toile, lesquelles laissent penser que le « démon » s’est installé au cœur d’une famille qui compte parmi les plus influentes au Cameroun.

Une situation bouleversante pour ceux qui ont connu le défunt qui, de son vivant, ne pouvait rêver des obsèques aussi controversées. « Cela n’est digne de Fotso Victor », entend-on de quelques proches. Ces derniers pensent que l’homme d’affaires prospère n’a pas besoin de ce « théâtre orchestré par une bande qui veut prendre plus tard le contrôle de sa succession». Le premier son de discordance retentit le 28 mai 2020, lorsqu’à travers une lettre adressée au gouverneur de la région de l’Ouest, certaines veuves remettent en question le processus entamé en vue du retour de la dépouille du défunt au Cameroun. «   Nous avons été très surprises de voir débarquer à la résidence Fotso Victor une délégation formée des autorités de Bandjoun (préfet, maire, commissaire, commandant, la belle-sœur…pour la préparation des obsèques de notre époux », s’indignent-elles. Ces veuves se montrent méfiantes vis-à-vis de ce qui se trame en leur absence. « La date du 20 juin 2020 est retenue par une minorité d’enfants soutenus par le préfet du Koung-Khi pour cet événement. C’est ainsi qu’avant la tenue du conseil de famille, monsieur le préfet avec quelques personnes sont venus enfreindre à la loi en enlevant les scellés sur les portes de la résidence de notre feu époux et emporté des objets sans le mandat de la famille. Faut-il le dire, personne à ce jour parmi la centaine des enfants Fotso ne peut prétendre agir seul au nom de la famille », poursuivent-elles.  A Bandjoun, on en parle dans presque toutes les chaumières. « Les enfants d’une ou deux épouses fussent-ils les plus riches et puissants ne peuvent non plus imposer ce qu’il faut faire. Personne, sans avoir reçu l’aval d’au moins la moitié de la famille, ne peut prétendre organiser les obsèques », ajoutent-elles. Avant de trancher : « Nous, épouses Fotso, tenons à réaffirmer que la date du 20 juin 2020 n’a pas été retenue de manière consensuelle par la famille. Et qu’un clan ultra-minoritaire est en train de s’approprier ces obsèques pour les organiser au rabais en mettant à sa solde la plupart des autorités administratives du Koung-Khi… »

Dans la même veine, le consul général de l’ambassade du Cameroun à Paris est saisi par Me Apolin Pepiezep Pehuie. L’avocat commis par 18 veuves sur 25 et quelques enfants représentés par John Fotso (il en avait 120), plaide pour que John Fotso soit le seul à accomplir, au nom de la famille, les formalités exigées pour le rapatriement de ladite dépouille. « Une plainte avec constitution de partie civile a été déposée auprès du procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Nanterre pour mort suspecte, au regard des circonstances de son décès, des mouvements sur les comptes personnels et ceux des sociétés familiales quelques jours avant et après son décès », lit-on dans la demande de l’avocat signée le 1er juin. En clair, le procureur de la République doit s’y prononcer avant tout rapatriement envisagé de la dépouille. Le sujet est tellement « délicat »  que le consul général se retourne vers le ministre des Relations extérieures du Cameroun, pour avoir la conduite à tenir. « Compte tenu des difficultés que rencontrent les membres de la famille de monsieur Fotso Victor à se mettre d’accord pour la date desdites obsèques et vu que le De cujus était une haute personnalité camerounaise à plusieurs titres, vos hautes instructions à ce sujet sont hautement sollicitées », écrit le consul général du Cameroun à Paris, Oben Enoh Victor.

Successions houleuses

En attendant ces obsèques, des élites multiplient des rencontres à Bandjoun pour conduire « dignement le patriarche Fotso à sa dernière demeure ». Mais on retiendra que le vent de déchirure qui souffle chez Fotso n’est pas nouveau dans la cour de quelques magnats du négoce. La famille Kadji Defosso en est d’autant plus éprouvée que deux factions des descendants du célèbre homme d’affaires disparu 23 août 2018 sont actuellement en procès au Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo. Gilbert-Louis Kadji, Josette Kadji et Nicole Doudou Kadji répondent des faits de « suppression et fabrication des preuves, tromperie envers les associés, faux en écritures privées ou de commerce, extorsion d’un acte, d’une signature, d’un blanc-seing ». A l’origine, il y a la tenue de l’assemblée générale mixte de la Société civile immobilière le 26 juin 2019. Les plaignants s’y sont opposés. Il s’agit de Odette Kadji, Pierre Kadji et Jean-Patrice Kadji Djeugoue. Ces derniers reprochent aux autres d’avoir, à tort, disent-ils, fait muter la Sci-Chimède en entreprise familiale. Parallèlement à ce procès, une autre procédure oppose les enfants Kadji au Tribunal de grande instance du Wouri. Dans ce même registre, on peut évoquer la succession houleuse chez André Nziko, ce riche commerçant qui a tiré sa révérence en 1996, laissant une trentaine d’enfants. Sans testament. A 73 ans.  Lors de ses obsèques à Bahouam, région de l’Ouest, le choix porté par le chef du village sur un des garçons, Philippe Tala Nziko, après une palabre, avait provoqué des échauffourées. Il avait fallu l’intervention de quelques compagnons de vente du défunt pour apporter l’accalmie. Le temps a passé.

Un des pionniers de l’économie camerounaise qu’il a été, Fotso Victor croyait avoir « préparé » ses obsèques. Il l’avait d’ailleurs publiquement déclaré, lors des obsèques de sa mère, Thérèse Maptué, le 28 février 2004 au quartier Tsela à Bandjoun. « Je sais que les gens ne sont pas venus ici pour pleurer Ma’a Maptué. Ils sont venus me pleurer. Je vous en remercie. Mais je vais vous dire quelque chose, parce que je ne veux pas qu’après moi, il y ait des bruits comme j’en vois ailleurs ». Près de 10 000 personnes l’écoutaient. « Si je ne suis pas là aujourd’hui, il faut voir Miché ». Le bâtisseur, comme on aimait à l’appeler à Bandjoun, avait ainsi pris le risque de présenter son héritier de son vivant, parlant de Yves-Michel Fotso qui est actuellement derrière les barreaux.

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