Mercredi, 30 Septembre 2020
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Augustin Tamba:bloquer la décentralisation c’est faire beaucoup de mal aux Camerounais

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Fraîchement élu président régional de l’association Communes et villes unies du Cameroun (Cvuc) pour le Centre, le maire de la commune d’arrondissement de Yaoundé 7e appelle le gouvernement à respecter la loi du 24 décembre 2019, en affectant effectivement les 15% du budget de l’Etat aux Ctd, tel que prévu par ladite loi.  

Par Jean De Dieu Bidias

Vous êtes depuis le 14 août dernier, le président régional des Cvuc pour le Centre. Quel est le sentiment qui vous anime au moment d’embrasser cette haute responsabilité ? 

Mon sentiment est un sentiment de satisfaction parce que, quand on va à une élection c’est pour gagner ; et pour gagner il faut avoir un programme, un projet sur lequel on s’appuie pour convaincre les électeurs. Dans le cas présent, c’est les 71 maires de la région du Centre qui devaient choisir l’équipe qui prendrait la tête de leur association. Aujourd’hui, je peux dire que je suis un homme satisfait parce qu’il y a eu une adhésion quasi-totale au projet que j’ai présenté. J’avais pris la peine de le publier, d’en faire large diffusion y compris sur les réseaux sociaux et au risque d’être critiqué et même d’être plagié. Et je pense que c’est tout ceci qui a milité en ma faveur. Je voudrais saluer l’esprit qui a présidé à la conclusion de cette compétition et remercier mon prédécesseur qui, à la tête des Cvuc Centre, a fait ce qu’il a pu. Je voudrais surtout remercier les maires qui ont bien soutenu ma candidature sur la base d’un projet et aussi dire que c’est en réalité notre mouvement qui en sort grandi.

Vous arrivez à la tête des Cvuc Centre dans un contexte particulier, où il y a une volonté politique d’accélérer la décentralisation. Quels sont vos chantiers les plus immédiats ?

Nous sommes effectivement à une période charnière de l’histoire de notre pays et, notamment, de la mise en œuvre de la décentralisation. Il y a un nouveau Code qui est le fruit du grand dialogue national initié par le chef de l’Etat ; il y a eu des consultations du ministère de la Décentralisation et du Développement local au Palais des congrès, lors des assises générales de la commune. Le président de la République est vraiment engagé dans ce processus de décentralisation qui nous permet aujourd’hui de pouvoir prendre des actions. S’agissant des chantiers prioritaires, je voudrais dire que la plus grosse préoccupation des communes aujourd’hui c’est l’affectation effective des 15% du budget de l’Etat à la décentralisation, tel que prévu par le Code général des collectivités territoriales décentralisées. Je suis convaincu que si ces ressources sont mises à la disposition des communes pour l’exercice 2021, vous allez assister à une véritable révolution au Cameroun ; laquelle révolution voudrait que dans chaque commune sur l’ensemble du territoire, il y ait des actions visibles et palpables sur le terrain. C’est impératif qu’on puisse respecter la loi qui est l’émanation du peuple camerounais. Toujours en parlant des actions prioritaires, il y a la mise en place d’une organisation opérationnelle à travers une vision stratégique et une planification. Dès cette semaine, nous allons mettre tous les départements au travail pour qu’ils contribuent à la réflexion stratégique et à l’élaboration d’une cartographie du potentiel économique local qui pourrait nous permettre dans les 30 jours maximum, de parachever un travail qui nous permettrait d’avoir une vision de ce que nous entendons faire.  Nous sommes engagés, nous sommes volontaires, nous avons les moyens et une bonne équipe. Je pense aussi que nous avons tout le soutien des maires de la région.

D’après vous, la commune aujourd’hui doit être un véritable levier de croissance

La commune doit être un véritable levier de croissance, à côté des régions qui pointent à l’horizon. Donc, la commune va forcément travailler aux côtés de la région ; et si les régions ne sont pas suffisamment organisées, nous devrons les tirer à travers des politiques communes. C’est pour cela que dans notre programme, nous encourageons l’intercommunalité et même l’interrégionalité pour que nous puissions avoir des politiques communes de développement qui pourraient nous permettre de sortir la tête de l’eau et palier aux effets néfastes que pourraient produire les Ape, parce qu’il faut que nous commencions à exporter un peu plus nous aussi. Nous devons créer de véritables chaînes de valeurs à l’intérieur de nos territoires. Ceci permettrait de faire infléchir la balance des paiements et la balance commerciale. Ça va permettre de lutter contre la pauvreté et le chômage.

Dans votre profession de foi, vous parlez d’une nécessaire réforme des Cvuc…

Il faut dire que ce n’est pas le Centre qui fait la réforme, mais celle-ci fait partie des revendications fortes que nous portons au niveau national. Au niveau du Centre nous avons déjà un certain nombre de projections qui vont nous permettre de moderniser ce mouvement,  de l’adapter par rapport au nouveau Code et par rapport aux objectifs que nous voulons atteindre. C’est important de manœuvrer pour pouvoir sortir la tête de l’eau, pour pouvoir créer des richesses au plan national ; aller à l’international chercher des partenaires au développement, des appuis financiers et institutionnels qui pourront nous accompagner dans le processus de transformation de nos communes en communes de production et dans la modernisation de nos collectivités territoriales décentralisées.

Au-delà des communes, il y a les régions qui devraient être mises en place prochainement. C’est quoi le profil du bon élu local aujourd’hui, d’après vous ?

Il serait un peu prétentieux de ma part de définir le profil du bon élu local. Les profils peuvent être vertueux en fonction des individus, en fonction d’un certain nombre de choses. L’élu local est élu dans une localité, ce qui signifie que les populations ont jeté leur dévolu sur lui sur la base d’un certain nombre de critères. Mais si j’avais quelque-chose à dire sur la question, dans un premier temps, je ferai un constat. J’ai sillonné l’ensemble de la région du Centre lors de ma campagne. Le niveau des maires est très élevé, nous avons des personnes de bon sens, des personnes bien formées, des personnes déterminées qui savent où elles vont. Il y en a d’ailleurs qui ont laissé des charges professionnelles importantes avec des salaires importants pour aller s’occuper de leurs communes. Ça signifie qu’il y a manifestement une volonté d’apporter une plus-value dans la gestion de nos cités.

Si nous parlons du profil du bon élu local aujourd’hui, c’est parce qu’en face vous avez l’administration ou du moins, certains fonctionnaires qui s’acharne visiblement à bloquer des quatre fers la décentralisation au mépris de la loi. Ne pensez-vous pas qu’il faudrait au niveau des collectivités territoriales décentralisées, des hommes à même de faire échec à la politique d’obstruction des fonctionnaires ?

Je vois les choses autrement, je pense qu’on est partenaires. Nous sommes en bout de chaîne de l’administration. C’est vrai qu’il y a une sorte de confusion qui s’est installée et qui fait que certains individus, pour des intérêts égoïstes, en veulent à la décentralisation. C’est une attitude mercantiliste, ils pensent que les choses devraient être recentralisées. Notre rôle dans les Cvuc c’est aussi d’essayer de convaincre et d’amener les décideurs à prendre des options qui sont aujourd’hui encadrées par une loi. Il ne s’agit pas d’aller à l’affrontement, mais d’aller de l’avant, de respecter le choix des Camerounais parce que c’est une loi qui est passée par les deux chambres du Parlement de notre pays et qui a été promulguée par le président de la République avec une rapidité légendaire, après avoir fait l’objet de concertations au niveau national. Je crois qu’il faut respecter les Camerounais et cesser de faire le malin. Ceux qui hésitent encore, je pense qu’ils ne pourront pas résister à la pression populaire et sociale. Nous ne sommes pas là pour organiser quelque-chose de particulier, mais pour revendiquer nos droits dans une logique de partenariat, de collaboration. Et puis, qu’on se le dise, bloquer la décentralisation aujourd’hui c’est faire beaucoup de mal aux Camerounais et à notre pays. Aujourd’hui, les collectivités qui doivent être des moteurs de croissance ont vocation à trouver des solutions aux problèmes de chômage, de misère et de la pauvreté extrême. Nous avons un Code, mais je voudrais rappeler que c’est un enchaînement collectif. Il n’y a pas que le Minddevel qui, d’après moi, a achevé son travail. Il ne lui reste plus qu’à piloter au quotidien. Il y a d’autres ministères qui interviennent : le ministère de la l’Economie, le ministère des Finances, le ministère de l’Agriculture, etc., sont concernés par ce mouvement. Toutes ces volontés doivent se mettre en marche pour une décentralisation réussie. Je ne dirai pas achevée parce que, même en France elle ne l’est pas. Il y a eu 330 décrets et 33 lois sur la décentralisation en France. Nous comprenons que la perfection n’est pas pour aujourd’hui, mais les bases sont posées, il faut commencer tout de suite.

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