Mardi, 1 December 2020
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Au pays de l’oncle Sam.  Martin Luther King National Memorial : La deuxième vie du révérend qui rêvait

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Lieu de pèlerinage pour beaucoup, le monument érigé en la mémoire du leader de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis attire des foules.

Par Lucien Bodo, de retour de Washington

Le ballet de véhicules de tourisme est incessant au National Mall de Washington, plus exactement à l’Independence Avenue. Les visiteurs se succèdent pour regarder de plus près le monument qui rend hommage à Martin Luther King. Le site dédié au leader de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis borde le Tidal Basin (bassin de marée, ndlr) et s’étend sur 16 000 m2. Il fait face au Franklin Delano Roosevelt Memorial et crée une sorte de « ligne de leadership » partant du Lincoln Memorial, où Martin Luther King avait prononcé son célèbre discours « I Have a Dream », et aboutissant au Jefferson Memorial.

La mise en scène du mémorial à lui consacré montre le révérend King bras croisés. Un signe de contestation, de refus de se soumettre à l’oppression, mais aussi un signe de non-violence ; méthode qu’il a toujours prônée de son vivant durant sa lutte. Son regard, à la fois serein et déterminé, semble perdu dans l’horizon. Mais en réalité, le géant de granite de neuf mètres de haut fixe Thomas Jefferson dont le mémorial est situé quelques centaines de mètres plus loin.

Jefferson, troisième président des Etats-Unis de 1801 à 1809, et auteur de la Déclaration d’Indépendance, avait prôné des idéaux libéraux au moment où l’esclavage battait son plein. Martin Luther King a toujours considéré qu’il ne s’agissait rien de moins qu’une « note pleine de promesses » à laquelle « l’Amérique a failli…dans la mesure où ses citoyens de couleur sont concernés ».

L’imposante statue du révérend King porte la marque de l’espoir. Celle-ci s’est détachée de deux immenses blocs de granite qui, elles, symbolisent le désespoir. Le tableau, dans son entièreté, est en réalité une représentation d’un autre célèbre extrait d’un de ses discours : « Out of a mountain of despair, a stone of hope » (« De la montagne du désespoir, une pierre d’espoir). Le message est gravé sur un côté de la statue. 

En plus de cet ouvrage, le mémorial se compose d’un long mur où sont regroupées les citations du pasteur, d’une boutique et d’environ 200 cerisiers. Le fruit représente symboliquement le lien entre différentes composantes d’une même société. L’on note par ailleurs l’existence de 24 niches semi-circulaires le long d’une allée en hauteur ; ceci pour commémorer la contribution des nombreuses personnes qui ont donné leur vie de différentes manières pour le mouvement des droits civiques.

Inédit

Le Martin Luther King National Memorial a été érigé à l’initiative de la fraternité Alpha Phi Alpha dont était membre le révérend dans les années 1950, lors de son passage à l’Université de Boston. Le mémorial est axé sur trois thèmes : justice, démocratie et espoir. Ces thématiques sont soulignées par l’utilisation d’eau, de pierre et d’arbres pour le mémorial. Chose inédite, King est le premier afro-américain honoré par un mémorial sur le National Mall et le troisième à ne pas être un président américain.

Pour un total de 120 millions de dollars, la conception, le financement et la construction de cette œuvre ont été coordonnés par la Martin Luther King, Jr. National Memorial Project Foundation. Son inauguration devait initialement avoir lieu le 28 août 2011, date d’anniversaire de son célèbre discours « I Have a Dream ». Mais en raison de la venue de l’ouragan Irene, elle se tiendra finalement le 16 octobre 2011 avec le président Barack Obama à la baguette.

Polémiques

S’il a existé un consensus sur l’idée de l’érection d’un tel mémorial, sa construction a néanmoins donné naissance à diverses polémiques. La plus forte étant celle du choix de l’architecte devant réaliser le projet. Lei Yixin, artiste chinois, a en effet été choisi pour réaliser la statue, en coopération avec ROMA Design Group, société américaine basée à San Francisco et dont le projet a été préféré parmi les 900 propositions venues de 52 pays.

Avant cette statue, Yixin a créé plusieurs représentations héroïques de Mao Zedong. Un argument de poids pour que les contempteurs dénoncent le détournement du message d’émancipation de Martin Luther King, ainsi que le coup de communication à peu de frais du gouvernement chinois. L’antenne californienne de la NAACP a par exemple adopté en 2007 une résolution condamnant le choix, par la fondation en charge du projet, d’un artiste d’État chinois, dénonçant une « sous-traitance de la production du monument auprès de la République populaire de Chine, ce qui est un affront à l’idéal de dignité humaine. »

La construction, faite en Chine au regard de la disponibilité et du prix de la matière première, a été un autre motif de polémique. Certains exploitants de carrières minières aux États-Unis ont mis  en avant le nombre d’emplois qui auraient pu être créés par une telle commande, dans un secteur économique déjà en grande difficulté.

Le regard presqu’agressif de la statue de King a également posé des problèmes à certains. Tout comme une inscription auparavant visible sur le versant nord : « I was a drum major for Justice, Peace and Righteousness » (Je fus tambour-major pour la Justice, la Paix et la Vertu, ndlr). Selon les critiques, cette paraphrase d’un extrait de discours de King a accouché d’une modification radicale du sens de la citation originale, laquelle donne l’impression que l’icône du mouvement des droits civiques était arrogant. La citation controversée a finalement été retirée.

A suivre : Le Lincoln Memorial

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