Jeudi, 22 Octobre 2020
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Au pays de l’Oncle Sam.  Lycée central de Little Rock:Les neuf qui ont tout changé

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Des élèves afro-américains sont entrés dans l’histoire après avoir été victimes de violences raciales en essayant d’intégrer une école autrefois réservée exclusivement aux Blancs.

Par Lucien Bodo, de retour de Little Rock

Peu d’établissements secondaires aux Etats-Unis suscitent autant d’intérêt que le Lycée central de Little de Rock, situé au sud du pays, dans l’Etat de l’Arkansas. Cela est dû principalement à la charge historique qui anime encore les murs de cette école. Le 4 septembre 1957 devait être – Il l’a été au final – un jour historique dans le combat contre la ségrégation raciale. Ce jour-là, neuf adolescents afro-américains (Elizabeth Eckford, Ernest Green, Jefferson Thomas, Terrence Roberts, Carlotta Walls Lanier, Minnijean Brown-Trickey, Gloria Ray Karlmark, Thelma Mothershed et Melba Pattilo Beals, soit six filles et trois garçons) doivent, pour la première fois de l’histoire de l’Etat, entamer leur scolarité au sein du Lycée central de Little Rock, autrefois réservé exclusivement aux élèves blancs.

Théoriquement, le parfait alignement des planètes semblaient indiquer que tout allait bien se passer : la direction du lycée avait approuvé les neuf admissions et le maire de la ville, le démocrate Woodrow Wilson Mann, était été très favorable à un processus de déségrégation des établissements scolaires. Des membres de l’Association pour l’avancement des gens de couleur (NAACP), qui avaient activement participé au choix des « meilleurs » adolescents devant bénéficier d’une scolarité en lycée réservé jusque-là aux Blancs, avaient dans les jours précédents, bien « formé » les neuf (âgés entre 14 et 16 ans) en leur inculquant la « non-violence ».

Malheureusement, ce que les sceptiques redoutaient a fini par se produire. Alors que les neuf tentent d’entrer dans l’établissement, ils sont accueillis par des centaines d’adultes et d’enfants blancs qui bloquent l’entrée de l’école, tout en leur lançant des insultes racistes. La situation est sur le point de dégénérer, mais des gardes nationaux se mettent entre des deux camps et les élèves afro-américains sont escortés vers un bus éloigné de l’établissement pour leur sécurité.

Le gouverneur contre le président

Au début de l’histoire, Orval Faubus, gouverneur démocrate de l’Arkansas, avait été favorable à la cohabitation entre les Blancs et les Noirs dans les écoles. Mais, contre toute attente, peut-être voulant surfer sur le populisme ambiant, il décrète le 2 septembre 1957 qu’il ferait appel à la garde nationale pour interdire l’accès du lycée aux élèves afro-américains afin de les « protéger », car « il y avait un risque de violence et d’effusion de sang ». En revanche, le même jour, le juge fédéral Ronald Davies promulgue un règlement confirmant la déségrégation du lycée.

Alors que l’affaire, largement médiatisée, prends des proportions nationales, le président Dwight D. Eisenhower demande au gouverneur Faubus de retirer la garde nationale. Chose faite le 22 septembre. Il revient donc désormais à la police municipale d’assurer la sécurité de l’entrée des neuf dans le lycée. Une première tentative échoue le 23 septembre devant de nouvelles menaces de la foule des contestataires. Eisenhower envoie finalement sur place 1 200 parachutistes de la 101e division et place sous l’autorité fédérale 10 000 gardes nationaux. Le 25 septembre est finalement le premier jour de classe des neuf. Tout au long de cette première année scolaire, malgré la présence des militaires, ils sont victimes de harcèlement et de violences physiques.

Mémoire

Quoique douloureuse, la ville de Little Rock n’a pas fait don de cette partie de sa vie à la poubelle de l’histoire. Au contraire. La mémoire est encore vivace. Elle est même entretenue. De nos jours, un petit centre pour visiteurs a été érigé non loin du lycée. Celui-ci est devenu une escale incontournable pour tout touriste qui passe dans la ville.

Les évènements du 4 septembre 1957 et les développements qui ont suivi les jours d’après y sont contés sur divers supports. L’on y retrouve plusieurs dizaines de coupures de presse, ainsi que le matériel utilisé aussi bien par la police municipale de l’époque que par les gardes nationaux dans le feu de l’action. Des dizaines de photos tapissent les murs ; des écrans interactifs jouent des vidéos longues et/ou courtes de façon répétitive. Le visiteur peut également écouter des extraits audio des commentateurs radio de l’époque.

Fort de ce franc succès dans la conservation de la mémoire, les autorités de la ville ont monétisé cette histoire. Il est en effet possible de repartir avec un gadget ou un goodies estampillé aux couleurs de la ville et vendu sur place.

Du fait de leur courage, les neuf de Little Rock sont souvent cités en exemple dans le cadre de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis. Le 20 janvier 2009, ils étaient parmi les invités d’honneur lors de cérémonie de prise de fonction de Barack Obama. Le couronnement d’un combat.

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