Lundi, 22 Juillet 2019
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Apprentis-sorciers

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Ça se passe au Mali, pays à 65% désertique situé en Afrique de l’Ouest, classé parmi les 50 Etats du monde les moins avancés. Face à la crise alimentaire de 2008, le pays s’est engagé dans une réponse structurelle, notamment à travers l’ « Initiative riz ».

Par Georges Alain Boyomo

L’objectif était de réaliser l’autosuffisance du pays en cette denrée dès la campagne 2008-2009. Financée par le gouvernement malien et des partenaires techniques financiers tels que la Banque africaine de développement et la Banque mondiale, l’ « Initiative riz », en dépit de quelques dysfonctionnements, a permis une augmentation de la production d’au moins 50% et réduit drastiquement la dépendance du Mali vis-à-vis de l’extérieur. Bien plus, cette opération a été étendue à d’autres céréales, avec au bout, des résultats tout aussi encourageants. Retour au Cameroun, pays secoué par les « émeutes de la faim » en 2008.

Le 28 février dernier, à l’occasion du conseil de cabinet du mois de février 2019, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural a fait un exposé sur les « actions opérationnelles visant à accroître la production locale de riz et de maïs ». On rendra justice aux faits en signalant que le sujet est déjà revenu à plusieurs reprises à l’ordre du jour des conclaves mensuels présidés par le Premier ministre et même des rares conseils ministériels présidés par le chef de l’Etat. Que nous apprend le Minader ? « La production nationale en riz marchand est estimée à environ 100 000 tonnes en 2018 et ne couvre que 15% de la demande nationale.

Pour satisfaire les besoins des consommateurs, les importations de riz ont connu une hausse importante depuis la fin des années 2000 et se situent depuis 2010 à près de 632 000 tonnes en moyenne par an ». La situation décrite par Gabriel Mbairobe en ce qui concerne le riz n’est pas très différente s’agissant du mais, du lait ou du poisson. Dans un cas comme dans l’autre, faute d’un plan robuste et coordonné pour accroître la production locale, le gouvernement importe à coup de milliards chaque année. La question qui revient régulièrement lorsqu’on parle du sous-développement du Cameroun resurgit dès lors: Comment un pays gâté par la nature (grande disponibilité des terres arables, main d’œuvre nombreuse et industrieuse…) peut-il échouer là où des Etats moins dotés s’en sortent, même relativement ? Cette interrogation appelle une autre : Sommes-nous condamnés à nous gargariser de notre riche potentiel et à admettre notre médiocrité lorsqu’il est question de la transformer en réalité ?

Au plus fort des « émeutes de la faim » de 2008, causées entre autres par l’incapacité de son gouvernement à anticiper sur d’éventuels périls, le président de la République pointait du doigt les « apprentis sorciers, qui dans l’ombre ont manipulé [les] jeunes » qui avaient alors exprimé leur ras le bol dans la rue. Quelques jours plus tard, Paul Biya osera cette question devant ses ministres réunis au palais de l’Unité : « Qu’avons-nous fait des attentes légitimes des Camerounais ? » 11 ans après les évènements de 2008 qui ont laissé des dizaines de morts sur le carreau, les ingrédients d’une nouvelle déflagration sociale nationale sont bien place : vie chère, creusement des inégalités sociales, météo politique orageuse, revendications séparatistes, exacerbation du repli identitaire, etc. S’exonérant de toute autocritique, le pouvoir a déjà désigné ses « apprentis sorciers ». Ils sont dans l’opposition ou l’establishment, en prison ou (encore) en liberté. Le temps de l’auto flagellation, comme en 2008, arrive, lui aussi. Malheureusement, il survient généralement sur le tard, après d’énormes dégâts, irréparables pour la plupart.

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