Dimanche, 8 December 2019
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André Siaka: « Si vous fédérez des faibles, vous devenez encore plus faible »

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Suite à l’enquête intitulée « L’enrobé des impayés » publiée à la une de votre journal le mardi 9 juillet dernier, Le Pdg de l’entreprise Routd’Af se prononce sur la proposition de certains responsables du ministère des Marchés publics, lesquels demandent que les entreprises de Btp locales se regroupent pour être plus fortes afin de gagner des gros marchés et éviter les problèmes de paiement. 

Par Hugo Tatchuam (Jade)

Au ministère des Marchés publics, on estime que le salut des entreprises de Btp locales passe par la fédération. Vous semblez ne pas être d’accord. Pourquoi ?

Je pense que la fédération, qui est un groupement d’entreprises, est forcément plus forte qu’une entreprise individuelle. Mais une fédération c’est la mise en commun des moyens. Et pour que ça fonctionne harmonieusement, il faut que ces entreprises aient quand même des cultures proches les unes les autres. Si vous mettez un Chinois avec un Américain et un Français, vous n’êtes pas sûr d’obtenir un ensemble qui fonctionne. Donc il faut que ces entreprises aient la même culture. C’est la première chose ; et là vous traitez des causes internes au groupe. Qu’est-ce qui fragilise aujourd’hui le secteur des entreprises, qu’elles soient petites ou grandes ? C’est d’abord le non-respect des engagements de l’Etat. Si vous êtes un groupement et qu’à la fin des travaux on n’est pas payé qu’est-ce qu’on fait ? Qu’est ce que ce groupement peut faire ? Il y a un préalable. Le préalable c’est qu’ils veulent qu’on postule aux marchés plus gros. Et c’est pour ça qu’il faut être fort. Mais est ce que l’Etat est en mesure de respecter ses engagements à ce niveau-là ?

Aujourd’hui, Routd’Af peut honorer des marchés jusqu’à 30 milliards Fcfa sans problème. Vous regardez le parc de matériel que nous avons, nous avons plus de 300 engins ; nous pouvons faire des marchés jusqu’à 30 milliards Fcfa sans nous mettre avec une autre entreprise. Mais quelle est la banque qui est prête à nous suivre ? Elle ne vous suit que si les factures sont régulièrement payées. J’ai un marché sur Bafoussam de près de 7 milliards Fcfa pour lequel j’attends l’avance de démarrage depuis novembre 2018. Si 10 mois plus tard, l’avance de démarrage n’est pas payée pour un marché donné pour 12 mois, qu’est-ce que vous pouvez faire ?

Il est bon d’avoir des entreprises locales fortes financièrement, et qui se regroupent parce qu’elles sont fortes ; que de mettre des faibles ensemble ; ça donnera encore plus faible.  En mathématique quand vous mettez faible plus faible ça devient encore plus faible à la fin. Si vous fédérez des faibles, vous devenez encore plus faible.  Je pense qu’aujourd’hui dans ce secteur que je côtoie depuis cinq ans, il faut arriver à avoir quelques champions nationaux, quelques entreprises qu’on soutient financièrement, qui sont capables d’être fortes individuellement avant d’être fortes ensemble ; et pour ça on ne demande qu’une seule chose : que l’Etat s’arrange pour assurer un financement régulier.

S’ils disent deux mois mais que tous les deux mois ça tombe… Je vous parle d’une avance de démarrage de 10 mois pour le marché de la Coupe d’Afrique des nations (Can), non payée jusqu’à ce jour. On va faire comment ?  En définitive je suis pour la fédération des entreprises à condition qu’on mette des préalables. Renforçons les gens qu’on fédère. Et après ils seront une fédération des gens forts.

Au gouvernement, on estime que la loi n’oblige pas l’Etat à faire des avances de démarrage mais à payer les chantiers livrés. Que répondez-vous à cela ?

Prenons le cas de la pénétrante Est de la ville de Douala qui fait 35 milliards Fcfa. L’Etat va attendre que l’entreprise termine 35 milliards Fcfa pour venir réclamer qu’on paye ? C’est impossible. Même si vous mettez trois entreprises locales ensemble, elles vont faire comment pour trouver de l’argent pour finir un marché de 30 milliards Fcfa et attendre pour être payées après ? Ils vont prendre cet argent où ? Soit on est en concession et là l’entreprise cherche un financement, là c’est autre chose. Mais s’il faut gagner un marché et fonctionner de la sorte, franchement il n’y a aucune entreprise nationale qui peut fonctionner ainsi.

Dans ce cas qu’ils travaillent avec les internationaux et le pays se développera avec les internationaux. Prenez Razel ; à un moment donné, cette entreprise a arrêté les travaux d’accès au stade d’Olembe parce qu’on ne l’avait pas payée. Razel n’est-elle pas internationale ? Razel avait des impayés et il a arrêté. Les travaux n’étaient pas terminés. Je ne sais pas quelle entreprise internationale peut terminer un marché avant qu’on la paye.

Quel est votre avis sur la catégorisation des entreprises Btp ?

C’est une bonne idée si elle est conduite par un cabinet indépendant. Ni l’Etat ni l’association du Btp ne peuvent le faire efficacement. Je pense qu’il faut laisser un cabinet indépendant le faire après avoir arrêté les critères. Un cabinet indépendant parce qu’il faut des critères objectifs. L’Etat le fait en ce moment mais c’est mieux de le confier à un cabinet indépendant. L’Etat peut ébaucher ou confier ce travail comme il confie des études routières aux entreprises. L’Etat peut valider les critères mais dans l’exécution, on le confie à un cabinet indépendant.

En cinq ans, selon vous, que peut-on faire pour améliorer le secteur des Btp ?

Moi je dirais qu’il faut avoir une politique dans le domaine des infrastructures. C’est un secteur vital, et d’une manière ou d’une autre nous devons arriver à avoir des entreprises nationales capables d’exécuter une part significative de nos marchés.  Donc il faut choisir quelques entreprises qu’on accompagne. Accompagner veut dire qu’on veille à ce qu’elles  aient un carnet de commande régulier, qu’elles soient payées ; si l’Etat donne une priorité à quelques entreprises, ce sera parfait. Si nous gardons une part importante, ce serait bien. Pas tout, parce que nous sommes dans un monde où les entreprises camerounaises développées peuvent aussi aller à l’extérieur gagner aussi pour compenser ce que les Tchadiens par exemple viennent prendre chez nous.

Je ne suis pas pour qu’on s’enferme. Je suis pour qu’on ait des entreprises fortes qui peuvent accompagner notre développement et aller à l’extérieur aussi rapporter les devises pour le pays. Ne pas s’arrêter simplement à dire « Allez ! Les entreprises locales débrouillez-vous ». Non, l’Etat a un rôle d’accompagnement. Ça c’est le premier point.  Le deuxième point serait de ne plus prendre comme critère exclusif le moins disant. Actuellement, quand il y a une réponse à un appel d’offre, qu’est-ce qu’on fait ? Techniquement on choisit 10 entreprises qui sont capables de faire le travail  et ensuite on regarde celui qui donne le prix le plus bas et c’est celui-là qu’on retient. C’est le moins disant.

C’est ce qui s’est passé à la pénétrante Est de Douala. On a donné au moins disant et on est en train de lui retirer le marché. Mais comme mesure spécifique qui accompagnerait la première mesure, il faut que l’avance de démarrage et les décomptes soient payés à temps et régulièrement. Si on ne peut pas le faire pour tout le monde, qu’on le fasse au moins pour quelques entreprises qu’on veut accompagner. Au budget de l’Etat ça coûte zéro Fcfa.

Photo : André Siaka

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