Lundi, 20 Mai 2019
Accueil quotidien mutations societe Alphonse Anicet Foe Awoa: »Ils ont vu de l’argent et ils ont voulu s’en accaparer »

Alphonse Anicet Foe Awoa: »Ils ont vu de l’argent et ils ont voulu s’en accaparer »

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Ses déclarations dans la presse lui ont valu d’être embastillé. Mais même derrière les barreaux, l’administrateur en second de la Mida n’est pas moins disert. Tout en faisant le point sur la procédure judiciaire en cours, il pointe un doigt accusateur sur les autorités impliquées dans l’affaire Mida et propose des pistes de sortie de crise.
Par Arnaud Kuipo
A quel niveau se trouve actuellement la procédure judiciaire engagée contre les responsables de la Mida ?
Pour l’instant, nous sommes toujours au niveau du cabinet du juge d’instruction. Nous avons terminé notre audition. Toutes les personnes interpellées dans le cadre de l’affaire Mida ont déjà signé leurs procès verbaux auprès du juge d’instruction. Donc, en principe, il aurait fallu qu’on nous envoie devant la barre mais on ne sait pas pourquoi jusqu’ici cela n’a pas encore été fait. Le 12 décembre 2018, nous avons été informés de ce que le juge d’instruction a prorogé notre détention pour six mois encore. On se dit qu’il cherche de nouveaux éléments. Donc on n’a pas beaucoup avancé.

Qu’est-ce qui vous est reproché concrètement ?
On nous a dit que nous sommes en détention pour « trouble à l’ordre public ». Au départ pourtant, on parlait de « blanchissement de capitaux », « escroquerie », « port illégal d’uniformes, « existence illégale », etc. Ils ont inventé des tas de motifs qu’ils ne pouvaient pas prouver. Mais bizarrement, au final, on se retrouve avec une accusation de « trouble à l’ordre public ».

Racontez-nous les circonstances de votre interpellation, laquelle est intervenue quelques temps après votre communication à la presse ?
Mes multiples sorties médiatiques commençaient à être un peu comme un caillou dans la chaussure de ces personnes qui ont commis leur forfait au sein de notre institution. Je devenais un élément à abattre compte tenu de mes multiples sorties qui infirmaient et discréditaient leur communication. Honnêtement, je leur ai dit qu’ils n’avaient pas besoin de venir avec tout l’arsenal qu’ils avaient apporté, menacer mes enfants avec des armes, les faire coucher à terre comme de vulgaires bandits, etc. Je ne sais pas le pourquoi de cette humiliation, ce besoin de traumatiser ma famille. J’ai senti qu’il y avait une certaine colère, un certain désir de vouloir faire très mal. Je redis que ces gens sont venus voler en fait. Et maintenant lorsque je réussissais déjà à démontrer dans les médias leur vol et leur supercherie, il fallait en découdre avec moi. Après que tout ceci a commencé, je n’ai pas fui le pays, je suis resté chez moi.

Selon vous, de hautes personnalités vous ont accompagnés. Peut-on savoir de qui il s’agit ?
Il y a effectivement plusieurs personnalités qui nous ont accompagnés dans le cadre de la réalisation de notre mission. Mais la réalité c’est que le Camerounais, et même l’administration camerounaise, a un désir de nuisance. Et les gens pourraient travestir ce que je pourrais vous dire en vous donnant certains noms. Mais ce qui est clair c’est que ceux qui vont aller dans nos pages nous verront accompagnés dans des photos de famille, dans des forums, des cérémonies officielles avec toutes ces personnes qui assistaient et soutenaient d’une certaine manière ; peut-être pas financièrement, mais qui nous accompagnaient dans l’atteinte de certains de nos objectifs. Donc l’accompagnement dont il s’agit c’est plus sur le plan de la collaboration, de l’élaboration de certains documents, de la correction, de la supervision de certaines de nos activités, etc. Je ne citerais donc pas de noms parce que j’imagine que la plupart préfère l’anonymat et la discrétion.

Peut-on savoir sur quoi était basé le procédé qui vous permettait de payer d’importantes sommes d’argent aux souscripteurs (65 000 Fcfa pour 12 500 Fcfa) ? L’on a parlé du système Ponzi …
La chaîne de solidarité Mida est un système qui était basé sur l’investissement d’un apport personnel et le reste est soutenu par notre administration dans le but de générer et de créer des emplois. Il n’était nullement question de miser de l’argent. Il y avait des personnes qui venaient avec des projets. Lorsque tu soumettais ton projet, on te demandait de donner un apport personnel. Et après, lorsqu’on étudiait le projet, on pouvait le subventionner à hauteur de ce que tu as présenté.
Notre activité n’avait rien à voir avec le système Ponzi. Nous avions au sein de notre institution un programme qui était appelé « Fonds africain d’investissement socio-humanitaire » qui garantissait les activités du programme. C’est donc dans le cadre de ce fonds que nous réalisions tout ce que nous menions comme activité. Et ça n’avait rien d’illégal, rien à voir avec ce fameux système Ponzi qui lui, par contre, a servi à tromper les personnes qui s’y étaient aventurés. Il n’y avait aucun montage financier.
La Mida est un consortium de plusieurs entreprises qui se sont retrouvées autour d’un nom qui appartenait à la publication « Communication diplomatique ». La Mida a été légale du début jusqu’à la fin. Nous avions tous nos documents que nous avons présentés à l’administration pour faire tomber la thèse de l’illégalité. Nous avons toute la documentation qui nous permet de fonctionner au Cameroun selon la Loi camerounaise. Nous sommes inscrits au registre au commerce ici au Cameroun et non ailleurs ; et tous ces documents ont été signés par les autorités camerounaises.
Nos objectifs étaient de créer un climat social plus stable, créer des emplois, accompagner l’Etat dans son processus de développement et stimuler la créativité et accompagner les projets porteurs de revenus et d’emplois. Nous n’avons jamais prôné la rébellion, ni quoi que ce soit d’autre du genre. La preuve, un an après, lorsque vous regardez nos souscripteurs qui ont été affligés par l’arrêt de nos activités, ils sont restés toujours respectueux envers les institutions et ça, ce sont les notions que nous inculquons aux séminaristes.

Vous sembliez avoir plusieurs appellations : Commanderie d’Afrique de l’ordre militaire et hospitalier de Saint-Jean, Mission d’intégration et de développement pour l’Afrique, Ordre apostolique de Saint-Jean. Peut-on savoir pourquoi ?
Non, nous n’avons pas plusieurs appellations. Nous avons plusieurs programmes régies en entreprise. Et dans ces programmes, il y avait des dénominations assez particulières qui étaient des noms d’entreprises. Malheureusement, je n’ai pas les noms de toutes ces entreprises en tête, sinon je vous les aurais donnés. Mais, il y avait par exemple le Fonds socio-humanitaire, qui est une entreprise qui œuvre dans le social et dans l’entreprenariat. Nous avions également « Communication diplomatique » qui est un organe de communication connu au Cameroun et qui faisait partie de la Mida. Donc, ce n’était pas plusieurs appellations, mais plutôt une seule appellation qui regroupait plusieurs programmes régis en entreprises. Et là-dedans il n’y avait pas cette affaire de Commanderie d’Afrique de l’ordre militaire et hospitalier de Saint-Jean. C’est une pure confusion.

Comment réagissez-vous quand vous apprenez la suspension de vos activités par le préfet du Mfoundi ?
Honnêtement, quand nous avons appris cette suspension, toute l’administration de la Mida était abasourdie. Nous étions tétanisés. C’était comme si on était dans un cauchemar. On était surpris. On s’est demandé sur quoi il s’est appuyé. Nous avons rencontré le préfet par la suite. Nous avons eu une réunion de quatre à cinq heures dans ses services. Il nous a demandé de produire tous les documents qu’il fallait. Ce que nous avons fait. Et au sortir de là, l’atmosphère était plutôt détendue et joviale ; et il était même question qu’on libère l’administrateur qui était en détention. Il nous avait promis qu’il avait mieux compris la chose et qu’il n’y aurait plus de problème, qu’il va lever cette suspension. Grande a été notre surprise de voir quelques heures plus tard la situation s’aggraver.

Vos actions sont suspendues pourtant vous aviez bénéficié d’une sorte d’accompagnement de l’État. On peut relever qu’une autorité préfectorale a été vue tout moins une fois lors de l’une de vos activités. Qu’est-ce qui s’est passé entre temps ?
C’est très simple. C’est l’argent. Ils ont vu des énormes liquidités et ils ont voulu s’en accaparer par force. Le fait qu’on soit dans l’illégalité ou non ne les a pas intéressés. En fait, ils ont vu de l’argent et ils ont voulu s’en accaparer. La vérité prend tout son temps, mais un jour, tout le monde saura que c’était du vol organisé. Rien de plus.

Un message en circulation sur la toile attribué au commandant en chef porte à la connaissance de tous les souscripteurs qu’à la 2e phase actuellement en cours, leurs reçus seront transformés en action dans l’entreprise de rachat de la dette Mida. Peut-on en savoir davantage ?
Effectivement, le commandant en chef, son staff et certaines personnes qui sont encore à l’extérieur pour nous aider à trouver une solution à cette crise ont mis en place un procédé de rachats des créances. Mais je ne peux pas en vous dire plus. Parce que si j’entre dans les détails, nos détracteurs et personnes mal avisées, qui n’aimeraient pas voir cette crise régler, s’attelleront à nous mettre des bâtons dans les roues. Mais actuellement, nous en sommes au stade d’authentification des reçus pour passer aux rachats des créances.

Que proposez-vous pour la résolution de cette crise ?
Il faut que l’Etat essaye de prendre ses responsabilités en constatant la souffrance des séminaristes et celle des administrateurs qui ont eu des idées louables pour développer le pays ; en nous confiant à nouveau notre institution et nos fonds, dans l’optique de poursuivre nos activités et de résoudre la crise actuelle aussi simplement que possible. J’aimerais également que les autorités en charge du dossier, aussi bien sur le plan judiciaire qu’administratif, soient loyaux et qu’ils fassent preuve de beaucoup de compassion envers ces Camerounais qui souffrent et qu’ils essayent de laisser de côté leur égo, cette volonté de vouloir être injuste, qu’ils acceptent que nous, à la Mida, sommes les seuls à pouvoir résoudre cette situation.

Un dernier mot à l’endroit des souscripteurs ?
Même derrière les barreaux, nous n’avons jamais baissé les bras. Nous avons entrepris plusieurs démarches, aussi bien sur le plan judiciaire qu’administratif pour mettre en déroute, et même faire condamner ces personnes qui ont posé ces actes impardonnables. Nous avons engagé une procédure à la Chambre administrative qui est déjà enrôlée. Nous avons porté plainte au Tribunal de première instance du centre administratif de Yaoundé (contre Naseri Paul Bea, gouverneur du Centre ; Jean Claude Tsila ; Nestor Din, sous-préfet de Yaoundé 3e et Martin Mbarga Nguele, délégué général à la sûreté nationale, ndlr). Nous sommes allés plus loin en saisissant l’Organisation des Nations Unies en mars dernier. Le combat prendra certainement du temps, mais nous aurons la victoire.

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