Vendredi, 20 Septembre 2019
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Alexandre Kum A Ndumbe III:L’allemand permet de découvrir notre passé.

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Professeur émérite des universités, il s’est exprimé sur la nécessité de continuer à étudier cette langue au Cameroun.

Par Jenner Onana

Vous venez participer à un colloque international sur les défis lancés aux germanistes africains et Camerounais(…), lequel colloque était organisé par le département d’Allemand de l’Université de Yaoundé I. Pensez-vous qu’il soit toujours nécessaire d’enseigner l’allemand aux Camerounais ?

L’allemand est important, surtout pour toute la période de la rencontre entre l’Europe et le Cameroun, soit de 1884 à 1916. Tous les documents de cette époque sont en langue allemande. Si vous ne pouvez pas les lire, vous n’avez pas accès à ce qui s’est passé au Cameroun à cette période précise. L’erreur que les Camerounais commettent est qu’ils apprennent l’allemand pour aller enseigner, au lieu de s’interroger sur les spécificités qui sont indispensables pour résoudre  nos problèmes. Nous continuons à former des Camerounais comme si les études germaniques étaient une denrée d’exportation culturelle pour les pays de cette langue en Europe, et donc nous continuons à former des cadres africains moulés dans le génocide intellectuel et spirituel  et des experts dépersonnalisés, incapables d’exprimer leur culture  dans leur propre langue.

Il faut par ailleurs noter que l’allemand est aussi important au niveau des relations internationales, de l’économie etc. En Europe de l’Est la plupart des pays utilisent l’allemand comme première langue.

 

Lors de votre exposé sur «  Les défis lancés aux germanistes africains et camerounais dans une Afrique en pleine mutation et en voie de renaissance : sortir du génocide intellectuel et spirituel », vous avez évoqué la disparition des enregistrements de l’époque coloniale. Qu’en est-il exactement ?

De 1981 à 1986, j’ai créé un groupe interdisciplinaire à l’Université de Yaoundé I. Nous avons sillonné tout le Cameroun pour interroger les vieux qui avaient vécu la période coloniale allemande. Nous sommes actuellement en train de digitaliser, transcrire et traduire en français, en anglais et en Allemand. Cependant, nous ne retrouvons pas les cassettes de l’Est, du Sud et du Nord-Ouest. C’est pour cette raison que je lance un appel aux germanistes pour que quiconque retrouveraient ces cassettes, nous les apportent, nous voulons pérenniser  les voix de ces vieux. Nous avons déjà publié 15 volumes, nous en  avons encore 60 à publier.

Vous semblez, par ces dires, donner raison à la thèse qui pense que l’Afrique n’a pas assez de Musée pour conserver son patrimoine et donc les Européens auraient eu raison d’emporter leur patrimoine culturel pour le conserver…

Pensez-vous que lorsque les Européens ramassaient ces objets, ils étaient conservez dans des Musées ? Il ne faut pas succomber à ces raisonnements qui ont pour but de faire croire qu’on ne peut rien garder en Afrique, au contraire. Je conserve encore des objets laissés par mon grand-père, Lock Priso. Ce qu’on ne dit pas, est que même l’Europe n’avait pas de Musées. La création des Musées en Europe coïncide avec la période coloniale et c’est justement parce qu’il voulait conserver ces richesses volées en Afrique.

Vous l’avez dit ce n’est pas une opération facile, celle d’entrer en possession du patrimoine culturel… 

Oui on va continuer à se battre. Je me bats depuis le 18 juin 1997 pour récupérer le tanguet de Lock Priso Bell et les choses sont en train d’avancer. Aujourd’hui,  c’est un tremblement de terre à partir du moment où Macron s’y est mis.  Vous avez des ossements camerounais qui sont en Europe. Personne ne réclame.

Quel est le message que vous véhiculez à l’endroit des germanistes et des pouvoirs politique ?

Le germaniste africain formé à Yaoundé, Douala etc. devraient-ils se consacrer à l’analyse de la virgule sur le point-virgule, ou de l’analyse de la catharsis dans les pièces de théâtre des Chimère. Les universités allemandes excellent dans ces domaines depuis des siècles pour comprendre les problèmes de leur société. Ces pays payent les chercheurs et des enseignants  avec l’argent de leur impôt pour faire ce travail. On apprend l’allemand  aux  étudiants camerounais pour aller enseigner d’autres qui vont aussi enseigner. Pourtant, le Camerounais est censé résoudre les problèmes de son pays. Les intellectuels doivent être enracinés dans leur culture. Le Camerounais doit chercher à savoir d’où il vient, qui il est, et que lui est-il arrivé… sinon, il reste comme un zombi. Comment expliquer que l’État du Cameroun paye ses chercheurs et étudiants avec l’argent de notre contribuable pour étudier la virgule sur le point-virgule alors que le Cameroun a ses réalités ?

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