Mardi, 23 Octobre 2018
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Akere Muna déjà auditionné au Sed

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Akere Muna

L’ancien bâtonnier est reparti libre après avoir été entendu pendant plus de trois heures vendredi dernier.

Par Ludovic Amara

Tension et inquiétude sont perceptibles sur les visages au Secrétariat d’Etat à la Défense, chargé de la gendarmerie (Sed). Une vingtaine d’avocats a pris d’assaut le restaurant situé en contrebas de l’entrée principale de cette caserne militaire et l’anxiété est palpable en cette matinée de vendredi 24 mars. Par petits groupes, les avocats devisent sur la raison de leur présence dans un camp militaire plutôt que dans les prétoires : Akere Muna, avocat et ancien bâtonnier de l’Ordre est en train d’être entendu dans un bâtiment à quelques mètres de là par le lieutenant-colonel Aleokol. Convoqué deux jours plus tôt, ce n’est finalement que vendredi que l’avocat a déféré à la convocation de la gendarmerie. Très peu sont ceux qui avisent deux véhiculent garés en pente douce non loin de là. Le premier est une Toyota double cabine verte avec à l’arrière des hommes en armes et des gilets de combats floqués « Gpign », le Groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie nationale, une unité d’élite de ce corps. L’autre est une Toyota Hiace blanche, dans laquelle viendra s’engouffrer quelques minutes plus tard un homme vêtu d’une jacket marron sur un tee-shirt sombre, un jean bleu horizon et des mocassins d’un bleu foncé : Marafa Hamidou Yaya, l’ancien ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation est très peu reconnaissable avec une chevelure et une barbe d’un blanc neige dans lequel disparaît son visage. Il sera aussitôt rejoint par un homme au pas alerte et vêtu d’une robe-gant beige. « C’est Ayah Paul. Ils vont à l’hôpital », informe Abdoul Bagui Kari, membre du conseil de l’Ordre, qui vient de prendre place parmi ses confrères à l’entrée gauche du restaurant. Mezza voce, les conversations se poursuivent, tantôt enflammées, tantôt plus calmes. «Ils vont franchir le Rubicon !», entend-on ici, «On ne va pas se laisser faire»,prévient-on là-bas. Le soleil point déjà au zénith et cela fait déjà près de trois heures de temps qu’Akere Muna a disparu dans un bâtiment accompagné d’anciens bâtonniers, dont son frère Me Bernard Muna et Me Yondo Black, et l’actuel patron de la corporation, Me Ngnié Kamga. Plus le temps passe, plus l’inquiétude monte.

Dans les conversations, on rappelle volontiers qu’il y a quelques semaines, Ayah Paul Abine, magistrat hors hiérarchie 1er groupe et avocat général à la Cour suprême, a été interpellé sans ménagement et incarcéré dans une des cellules situées à l’arrière du restaurant. C’est Ngnié Kamga, bâtonnier de l’Ordre qui va mettre fin à cette anxieuse attente en venant annoncer à ses camarades que tout est terminé, mais qu’il ne reste que l’harmonisation des procès-verbaux. Il est 13h passées d’un peu plus de 30 minutes lorsquequ’Akere Muna émerge enfin du bâtiment dans lequel il a été auditionné. Veste grise à rayures et emblématique nœud papillon à pois, l’ancien vice-président de Transparency international a le sourire. C’est le soulagement au sein de la vingtaine d’avocats qui se précipite sur le petit groupe. Accolades et chaleureuses poignées de main. «Vous êtes libres !», se récréer une dame. « On a eu peur ! », s’écrie une autre en se jetant sur l’ancien de la Banque africaine de développement qui lui répond d’une voix empreinte de lassitude : « il ne faut pas avoir peur ». Plusieurs minutes d’émotions plus tard, Akere Muna annonce qu’il est attendu par le Sed, Jean Baptiste Bokam. Après une dizaine de minutes d’entretien, les avocats vont quitter la caserne du Sed pour rejoindre le domicile d’Akere Muna au quartier Bastos.

 

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