Vendredi, 30 Octobre 2020
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Aimé Emmanuel Ekonne: « Il faut apporter des financements à la structure »

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Chargé de cours à l’Université de Douala, l’économiste se prononce sur la Mirap, neuf après sa création.
Par Jenner Onana
Neuf ans après sa création, et au regard de la situation actuelle, peut-on dire que les objectifs de la Mirap ont été atteints ?
La Mirap est une structure d’alerte, d’achat, d’importation et de stockage des produits de grande consommation en vue d’un approvisionnement du marché dans les meilleures conditions. Elle se déploie de temps en temps dans les villes de Douala, Yaoundé mais aussi les villes d’autres régions comme le Septentrion, l’Est et le Sud qui ont des magasins témoins où les produits sont souvent vendus à moindre coût en référence aux prix pratiqués sur les marchés. La Mirap compte aujourd’hui près de 1 300 organisations de producteurs qui approvisionnent au moins une fois le marché pour environ 100 000 tonnes de vivres. Ces chiffres sont insuffisants dans le cadre de la mission dévolue à cet établissement. On peut donc conclure que le bilan de cette structure est mitigé. Il reste beaucoup à faire et la ménagère n’arrive pas toujours à ressentir les effets des efforts consentis par les responsables pour atteindre leur objectif.

Pendant le confinement, la Mirap était très attendue étant donné que les déplacements des populations étaient limités. A ce niveau peut-on aussi conclure qu’il s’est agi d’un autre échec ?
Pendant la période de confinement on a vu la Mirap se déployer sur le terrain. Elle est intervenue pour essayer de contrecarrer les commerçants qui se sont illustrés par des actes de surenchères dans les différents marchés. Malheureusement, l’offre était largement inférieure à la demande ; à peine les comptoirs étaient ravitaillés qu’ils se vidaient automatiquement, laissant plusieurs ménages dans le besoin. Les mesures de restriction des déplacements (bien que de courte durée) ont entrainé une hausse des prix des produits sur le marché. Cette rareté des produits a malheureusement mis à mal la mission de la Mirap, qui n’était presque pas perceptible sur le terrain.

Est-il possible de lutter contre la vie chère en organisant des marchés périodiques dans certaines régions du pays uniquement ?
La Mirap se déploie de temps en temps dans les villes de Douala, Yaoundé mais aussi dans d’autres villes : régions du Septentrion, l’Est et le Sud. Dans sa gestion, elle organise des marchés périodiques. Or, la demande est régulière et augmente même en fonction de la population. Dans ce sens la Mirap ne peut pas pleinement jouer son rôle dans le temps. Elle doit constamment et systématiquement se déployer pour approvisionner les magasins. Pour cela elle doit nouer des partenariats avec plus de producteurs dans les zones à forte production. Mais ces zones sont généralement très enclavées.

Peut-on justifier, les difficultés de la Mirap par l’irrégularité voire l’absence de financement ?

La Mirap fonctionne grâce à une subvention de 800 millions Fcfa chaque année. En 2018 par exemple le chiffre d’affaires avoisinait 27 milliards Fcfa. Il faut préciser que cette somme est repartie entre l’ensemble des organisations des producteurs. Si on considère les missions de la Mirap et la nécessité d’un déploiement plus important, il faut apporter des financements à cette structure et repenser le mode de gestion de ce type d’organisation au Cameroun en général. Il faut aussi un suivi et un contrôle des ressources ainsi que des actes des dirigeants.

Ne doit-on pas fermer cette structure qui, paraît-elle, est budgétivore ?
La fermeture de la Mirap n’est pas une solution, il faut juste revoir son mode de fonctionnement et réorienter l’allocation des ressources. Des investissements doivent être faits pour faciliter aux ménages l’accès à des vivres qui se détériorent pourtant dans les zones reculées et souvent très enclavées. Les ménages qui parviennent à s’approvisionner auprès de la Mirap, réalisent des économies de 10 à 15% de leurs revenus alloués à la consommation. Il conviendra plutôt d’accompagner cette structure dans l’atteinte de sa mission en mettant sur pied des dispositifs favorables et en œuvrant en synergie avec tous les acteurs de la chaine de production. Aussi, un contrôle des ressources et des réalisations doit-il être effectué chaque année par les organismes compétents.

Comment peut-on efficacement lutter contre la vie chère au Cameroun ?
Il faut tout simplement booster l’appareil productif en mettant en place une véritable politique permettant d’accompagner la production des produits vivriers et surtout leur acheminement vers les marchés. Il faut au moins atteindre le niveau où la demande locale peut être couverte par l’offre. Or, nous constatons que le plus souvent la production locale qui n’est même pas suffisante pour la population, est acheminée vers d’autres pays de la sous-région où les produits se vendent bon marché. Il faut donc agir sur la production en mettant une politique favorable et en apportant des appuis matériel, immatériel, financier et surtout dans le cadre de l’accompagnement des producteurs. Il faut également une politique d’incitation de la jeunesse qui n’intègre pas toujours ce secteur d’activité dans ses plans de développement.

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