Dimanche, 12 Juillet 2020
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Adamou Ndam Njoya:vie et mort d’un homme pluridimensionnel

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Le président de l’Union démocratique du Cameroun a tiré sa révérence le samedi 7 mars, à 78 ans, laissant à la postérité l’image d’un chantre de la démocratie et des libertés.  

Par Michel Ferdinand

La terre de Manushi, quartier où il a établi sa résidence privée, à la sortie de Foumban en allant Njimom, s’est définitivement refermée sur Adamou Ndam Njoya hier, 8 mars 2020, en mi-journée. La dépouille de l’homme pluridimensionnel qu’il a été, a eu droit aux hommages mérités des congénères dans la cour de la résidence paternelle à Njinka, ce bled plein de symboles où il succéda à son père, plus tôt. Au milieu d’une foule immense et profondément affligée, le gouverneur de la région de l’Ouest, Awa Fonka Augustine, a tenu à essuyer les larmes de ces milliers d’hommes  et de femmes, accourus depuis les premières heures du 7 mars 2020, date à laquelle date Adamou Ndam Njoya a rendu l’âme à Yaoundé des suites de maladie. Dans une atmosphère particulièrement lourde, Njinka a connu ces moments chargés de rites traditionnels et religieux, avant l’inhumation qui s’en est suivie à Manushi. Adamou Ndam Njoya quitte ainsi définitivement la scène. L’illustre disparu apparaissait déjà de moins en moins en public, depuis la campagne électorale pour le compte de la présidentielle de 2018.

L’opinion le savait physiquement diminué par la maladie, mais le décès de Adamou Ndam Njoya a suscité une onde de choc au sein d’une classe politique nationale où ses contributions étaient à la hauteur de sa stature d’homme d’Etat. Pour le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), Maurice Kamto, « un artisan acharné de l’avènement d’un Cameroun véritablement démocratique vient de tirer sa révérence, ayons tous une pensée pieuse pour le repos de son âme et la perpétuation de la lutte qu’il a menée ici-bas ». Les témoignages fusent de partout. « Cette disparition constitue une perte énorme pour la classe politique et le peuple camerounais. Patriote engagé et universitaire de renom, l’homme aura considérablement marqué le paysage politique par son sens élevé du devoir ainsi que son inoxydable combat pour la paix, la démocratie, la justice et le bien-être de ses concitoyens », écrit le président national du Social Democratic Front (SDF), Ni John Fru Ndi.

Tout comme Jean de Dieu Momo, le président du Paddec, magnifie le « ministre de l’Education nationale qui introduisit en son temps la nouvelle éthique, laquelle se manifesta par une certaine rigueur dans la correction en 1978 des examens du célèbre Bepc qui porte son nom… » On en veut aux mots de ne pas avoir la force nécessaire pour rendre le souvenir d’une figure aussi marquante. Adamou Ndam Njoya était un mélange d’homme à la fois pondéré et rigoureux. A force de recevoir des piques de ses adversaires politiques, notamment du sultan des Bamoun, Ibrahim Mbombo Njoya, (éminent membre du bureau politique du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, au pouvoir), Adamou Ndam Njoya avait appris, depuis quelques années, à se méfier de tous ceux qui tenteraient de se mettre en travers de son chemin, lui qui s’était donné la mission de sauvegarder les acquis de l’Union démocratique du Cameroun (Udc), parti politique qu’il a créé au début des années 90, et qui contrôle l’essentiel des postes électifs (maires et députés) dans son Noun natal.

On se souvient alors de la vive bataille qui a opposé Ndam Njoya à son cousin, le sultan, autour de la succession à la tête de la chefferie traditionnelle de Njinka à Foumban. Et, finalement, le président de l’Udc qui s’est présenté comme étant le ‘‘successeur naturel’’ de la famille Njimonkouop, a vu l’héritage de son grand-père lui filer entre les doigts. Le 15 août 2009, le préfet du Noun d’alors, Fritz Alain Ndibi, avait intronisé Ibrahim Vessah Mongbet, le neveu de Ndam Njoya. Entretemps, les rapports de collaboration entre Ndam Njoya, député et maire de la commune de Foumban à l’époque, deviennent de plus en plus tendus. Ndam Njoya ne tarda point à indexer des préfets successifs dans le Noun, accusés à tort ou à raison, d’avoir manœuvré pour sa défaite : Claude Bekono Mama, Dieudonné Bapès Bilong et Fritz Alain Ndibi. Depuis lors, Ndam Njoya était fort convaincu que beaucoup dans le commandement territorial, étaient affectés dans son département d’origine pour travailler à le couler politiquement. D’ailleurs, une sortie quelque peu maladroite du gouverneur de la région de l’Ouest d’alors, Midjiyawa Bakari, est venue le conforter dans cette position.

Brûlot

En effet, au terme de la fête de l’Unité, le 20 mai 2012, célébration « boycottée » par des partis de l’opposition réunis au sein du Groupe des 7, le gouverneur dans un élan républicain a commis une lettre d’observation à plusieurs élus locaux dont les partis se sont abstenus. Une manière pour le patron de ladite région de marquer sa vive désapprobation et d’inviter les concernés – Ndam Njoya en faisait partie – à « s’amender sans délai ». « Vous avez cru devoir adhérer au mot d’ordre de boycott du défilé du 20 mai 2012 lancé par certaines formations politiques de l’opposition, en brillant par votre absence lors des manifestations officielles marquant la célébration de la fête nationale au chef-lieu de votre commune à Foumban », écrit Midjiyawa Bakari, le 24 mai 2012. La copie de cette correspondance est adressée au ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd).

Alors que le gouverneur attend que Ndam Njoya fasse son mea-culpa, l’enfant terrible du Noun lui avait servi un brûlot sur sept pages. Le fils de Njoya Arouna, grand homme politique, collègue et ami du premier président de la République, Ahmadou Ahidjo, avait saisi l’occasion pour déverser sa bile : « La légèreté dans la perception des problèmes de l’Etat, le refus de chercher à aller au fond des questions conduisent à de telles affirmations qui sont des insultes contre les élus et plus encore contre la personnalité que je suis. Et c’est exactement ce que la Constitution de la République du Cameroun ne veut pas ». La réponse de Ndam Njoya provoque des émules au sein de la territoriale locale. Midjiyawa Bakari, promu au poste de gouverneur de l’Ouest en mars de la même année, n’entend pas que son autorité soit ainsi foulée aux pieds. Ce qui explique que, lorsqu’il débarque à Foumban en visite de prise de contact, le 10 juillet 2012, il interdit au maire de la localité de prononcer un discours d’accueil [Ndam Njoya étant absent avait confié cette tâche à son premier adjoint à la commune]. En préférant offrir la tribune à Daniel Njankouo Lamere, ancien ministre, et président de la section Rdpc Noun Centre, présenté à l’occasion comme porte-parole des populations. Conséquences : une bonne dizaine d’élus de l’Udc ont quitté la tribune, protestant ainsi contre cette sorte d’exclusion.

La guéguerre s’est poursuivie. Dans le cadre d’un carnaval, le 1er janvier 2013, une marche des militants de l’Udc tourne à l’affrontement entre partisans de Ndam Njoya et ceux du sultan. Ces derniers ont bloqué la route à l’entrée du sultanat. Les organisateurs du carnaval, proches de Ndam Njoya, sont jetés en prison pour avoir conduit une manifestation illégale. Ils en sortiront innocentés, quelques mois après.

Ndam Njoya venait une fois de plus de faire parler de lui. Rien de surprenant dans l’attitude de ce haut commis de l’Etat, connu pour son discours en faveur de l’éthique. Adamou Ndam Njoya, qualifié dans l’opinion comme « le dur », fait des études primaires et secondaires sans histoire à Foumban et Yaoundé, au terme desquelles il s’envole pour Paris où il obtient quelques années plus tard, un Diplôme d’études supérieures en sciences politiques, puis un doctorat d’Etat en droit public. A peine atterrit-il au Cameroun en 1969 (il a alors 27 ans), qu’on le recrute comme diplomate au ministère des Affaires étrangères. Il n’y restera qu’un an. L’année d’après, il enseigne le droit public à l’université de Yaoundé, cumulativement avec ses fonctions à la direction du programme de formation diplomatique et consulaire à la Fondation Carnegie pour la paix internationale. Jusqu’en 1972, quand il est nommé directeur de l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric). Le chemin est balisé pour que le jeune Ndam Njoya soit propulsé au gigantesque poste de ministre de l’Education nationale (Mineduc), de 1977 à 1980. Son passage au Mineduc est remarqué par l’application de son dada d’éthique. Les résultats aux examens scolaires sont catastrophiques, parce qu’il souhaite que chaque candidat ait le niveau requis. En 1980 au Bepc, la fille du président Ahidjo est recalée. Ndam Njoya reste insensible aux suppliques du jury de Yaoundé qui demande un traitement de faveur pour cette dernière. Rien n’y fait. Sur proposition du chef de l’Etat, l’examen sera repris sur l’ensemble du territoire national. Peu après, Ndam Njoya est muté au ministère délégué à la présidence chargé de l’inspection générale de l’Etat et de la réforme administrative.

L’on croit à une descente aux enfers. Au contraire, Ndam Njoya se refait une santé, en politique, en lançant l’Udc en 1990, à la faveur du retour du multipartisme au Cameroun. Et il avait pris la bonne ou mauvaise habitude d’affronter toutes les velléités. L’un de ses derniers combats contre le sultan des Bamoun, avant de quitter le monde des vivants, Adamou Ndam Njoya l’a gagné en maintenant la commune de Foumban dans l’escarcelle de l’Udc au sortir des législatives et municipales du 9 février 2020.

 

Repères

1942 (8 mai) : naissance à Foumban

1960-1970 : ministère des Affaires étrangères

1972-1975 : premier directeur de l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric)

1975 : vice-ministre des Affaires étrangères

1977 : ministre de l’Education nationale

1980 : ministre délégué à la présidence chargé de l’inspection générale de l’Etat et des réformes administratives

1982-1990 : il quitte le gouvernement et se consacre à l’écriture

1991 : création de l’Union démocratique du Cameroun

1992 : candidat à la présidentielle

1996 : maire de la commune de Foumban jusqu’en février 2020

2004, 2011 et 2018 : candidat à la présidentielle

Plusieurs distinctions honorifiques

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