Dimanche, 15 Juillet 2018
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Abattoir de Douala:vétusté et insalubrité au menu

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L’endroit consacré à l’abattage des animaux croule sous le poids de l’âge et du manque d’entretien.
Par Brondon Ngando

La demande est souvent si forte que le rythme de travail est soutenu à l’abattoir de Douala. « Nos machines peuvent abattre 200 bœufs par jour. Mais depuis un certain temps, avec la demande qui augmente, nous nous retrouvons en train d’abattre
350 à 400 bœufs au quotidien », situe le chef de la production à l’unique abattoir de Douala, Moïse Roger Ngan. Visiblement, l’abattoir situé au quartier Bonendalè fait plus qu’il n’en faut. Les bœufs à abattre et à nettoyer sont au moins deux fois plus nombreux que la capacité requise. Comme on le dit de manière triviale, les 90 abatteurs peuvent « mourir de boulot ».

C’est que le temps de travail au quotidien, treize heures pendant lesquelles les machines doivent fonctionner, semble de plus en plus interminable. Surtout que, des propriétaires de bœuf censés les faire enregistrer au moins 24h à l’avance, contre
la somme de 6 300 Fcfa, ne le font pas toujours, mais veulent être servis.

Ce vendredi 12 janvier 2018 est jour d’abattage à Bonendalè. C’est l’un des quatre jours (en plus du mercredi, vendredi et samedi) de service dans cette unité d’abattage de bœufs. Peu avant midi, le chef de la production et quelques collaborateurs s’apprêtent à lancer les machines pour commencer l’abattage. 350 bœufs sont dispatchés par ordre d’arrivée dans les sept parcs que compte le domaine. Des numéros leur sont attribués pour les distinguer. Les techniciens révisent les machines d’abattage. C’est le cas avec le compresseur, la machine qui joue le rôle de distributeur
d’énergie aux autres engins de la chaîne, le vérin qui est chargé de neutraliser la bête pour qu’elle soit facilement égorgée, la grande scie qui se charge de diviser la bête en
deux, après qu’on l’a égorgée et étripée.

Matériel vétuste
La révision dure une demi-heure. Les machines sont par la suite garnies d’antirouille pour éviter d’éventuelles perturbations pendant le travail, comme c’est souvent le cas. « Cela arrive de temps en temps avec la grande scie, le compresseur et le vérin et quelques fois de la chambre froide, quand il y a un nombre élevé de bœufs. C’est pour cela que nous avons des techniciens qui sont là pour la révision des machines », explique le chef de production, qui redoute également les coupures d’énergie électrique, lesquelles ralentissent le travail. « Il y a constamment des problèmes d’eau ici, mais aussi d’électricité. Quand on coupe l’électricité, le générateur ne démarre pas directement et nous sommes obligés d’interrompre le travail », se plaint un abatteur, la mine serrée.

Une heure plus tard, c’est sous la supervision de l’adjoint au chef de fil, Douglas Njoh, vêtu d’une combinaison de couleur verte, d’un chapeau et tablier que la tâche peut
enfin démarrer. Chacun regagne son poste de travail, muni de longs couteaux. Le processus d’abattage est synchronisé et se fait à la chaîne. Le compresseur mis en marche entraîne les autres machines. Le processus commence dans la salle d’abattage d’animaux. Les bœufs regroupés par vague de 50 sont amassés en petits groupes. Les animaux sont accrochés à la patte arrière par le vérin, avant que quatre abatteurs ne les immobilisent et leur tranchent la gorge.

La bête est conduite dans une salle voisine où on la vide de son sang. A l’autre étape, on la décape, l’éventre et la divise en deux dans le sens de la longueur. Ce n’est qu’après cela que le propriétaire entre en possession de sa viande. Les boyaux sont
conduits à la triperie, un espace où ils sont épurés et séparés des déchets.

Insalubrité
La célérité dans l’exécution des différentes tâches peut alors prendre un coup, au regard du nombre important de bœufs tués et de l’insuffisance du personnel. La vétusté du vérin, quelque peu rouillé, ne facilite pas le travail. Outre le vérin, le matériel servant à la chaîne d’abattage du bœuf date de longtemps. Une odeur nauséabonde se dégage de l’intérieur de l’abattoir. Il y a la saleté dans presque toutes
les parties de la chaîne. Là où sont nettoyées les tripes, à la triperie, des mouches régnant en maîtres ont investi le lieu. L’évier a perdu de sa couleur initiale et laisse transparaître une teinture noirâtre. C’est pourtant là que se nettoient les intestins et autres organes internes de la bête.

Quant à la peau, on la laisse à même le sol, après lui avoir collé un numéro. Une surface sur laquelle circulent les liquides sortant desvbêtes ou encore à la merci
des bestioles en tous genres. Exposés à la portée des mouches et autres insectes, ces morceaux de viande sont déposés dans un lieu pas toujours approprié, jusqu’à l’arrivée du propriétaire. L’insalubrité dicte donc sa loi dans tous les secteurs et compartiments de cet abattoir. A côté, des meubles déjà usés par l’effet du temps, en contact permanent avec la viande, en rajoutent à l’insalubrité.

Une situation qui n’arrange pas les bouchers et vendeurs de viande. Puisqu’ils ne cachent pas leur colère. « On va faire comment ? C’est le seul abattoir de Douala. Pour la saleté, nous vivons cette situation quotidiennement. C’est sale partout. Que faire ? C’est abattoir public, on n’a pas d’autre choix », clame un boucher, l’air résigné. Dans cet environnement, les acteurs de la chaîne peuvent passer toute la journée, jusqu’à une heure avancée de la nuit. « Nous y sommes parfois jusqu’à 2 ou 3h du matin quand le travail va vite. Quand il y a une interruption, on supporte jusqu’à l’heure
où ça finit. C’est pour satisfaire tout le monde. Nous sommes habitués », témoigne un autre abatteur. Trois mois plus tard, le 11 avril 2018, rien n’a changé de ce décor.

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