Jeudi, 12 December 2019
Accueil quotidien mutations maladie au scanner L’endométriose. Dr Francial Nang Terrenstra: « La principale complication est l’infertilité »

L’endométriose. Dr Francial Nang Terrenstra: « La principale complication est l’infertilité »

727
- Publicité -

Tout en indiquant que le traitement chirurgical de cette maladie peut aller jusqu’à l’ablation de l’utérus, des trompes et des ovaires, le médecin généraliste recommande de se faire consulter dès l’apparition des symptômes.

Par Guy Martial Tchinda

Qu’entend-on par endométriose ?

L’endométriose est une pathologie caractérisée par la migration anormale de tissus de l’endomètre (couche de l’utérus dont une partie est effondrée puis renouvelée lors de chaque cycle menstruel se présentant sous forme de règles) en dehors de la cavité de l’utérus. On peut ainsi retrouver du tissu endométrial au niveau des trompes, du péritoine, de la cavité abdominale, des ovaires, de la vessie, du rectum…

Qu’est-ce qui peut expliquer la survenue de cette maladie ?

Les chercheurs tentent de mieux comprendre les mécanismes influençant la survenue de cette maladie qui restent mal connus. S’il n’y a pas de cause clairement identifiée, plusieurs facteurs semblent être à l’origine de cette maladie. Le principal étant l’implantation de matériel utérin provenant de menstruations rétrogrades car, au cours des règles, du sang peut en effet passer par les trompes et parvenir à la cavité abdominale. A ceci semble s’adjoindre des facteurs génétiques et environnementaux tels que l’exposition aux perturbateurs endocriniens qui favoriseraient la transformation des tissus extra-utérins en tissu endométrial.

Comment l’endométriose se manifeste-t-elle ?

Elle peut se manifester par plusieurs symptômes, le plus fréquent étant généralement les dysménorrhées (règles douloureuses) intenses. On peut également noter des douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunie) et des douleurs lors de la défécation ou de la miction survenant volontiers pendant la période des règles. Ce caractère cyclique est évocateur de la maladie. Les lésions sont en effet sensibles aux hormones féminines et se comportent comme du tissu utérin. Les lésions vont donc proliférer, saigner et laisser des cicatrices fibreuses à chaque cycle menstruel. Les symptômes sont variés et sont essentiellement fonction de la localisation des lésions. Toutefois, elle peut ne pas être symptomatique et être découverte de manière fortuite, à l’occasion de la réalisation d’examen de routine ou lors d’un bilan pour infertilité. De même, les règles douloureuses et l’infertilité n’ont pas pour seule étiologie l’endométriose, d’où l’intérêt de consulter un médecin qui aura recours à un examen clinique du patient et des examens para-cliniques tels que l’échographie abdomino-pelvienne pour poser le diagnostic.

Quel est vraiment le rapport entre cette maladie et les règles douloureuses ou les saignements abondants chez la femme ?

En effet, si les règles douloureuses sont très souvent associées à cette pathologie comme énoncé plus haut, les règles abondantes ne sont pas classiquement décrites parmi les symptômes, car le sang provenant de cet endomètre anormal se déverse en majeure partie dans la cavité abdominale, provoquant ainsi les douleurs décrites. Toutefois, en fonction de la localisation des lésions tels que le vagin ou la paroi de l’utérus (adénomyose), il peut y avoir une augmentation du volume des saignements.

Parlez-nous des complications de l’endométriose.

La principale complication rencontrée lors de l’endométriose est l’infertilité. En effet, il a été démontré que certains gènes impliqués dans l’infertilité étaient très fortement exprimés chez les patientes atteintes d’endométriose. De même, chez certaines de ces patientes, l’examen de l’endomètre utérin a montré qu’il n’était pas apte à accueillir et maintenir une grossesse. En outre, les lésions d’endométriose et les adhérences pelviennes (liaison anormale de certains organes et tissus) qu’elles causent constitueraient une entrave mécanique à l’ovulation et à la migration de l’ovule et/ou de l’embryon. Bien plus, il existe un risque minime de cancer notamment de l’ovaire, mais il reste exceptionnel.

Peut-on en guérir ?

L’endométriose se soigne, mais la chirurgie, dont le recours est conditionné par certains paramètres tels que la sévérité des symptômes, le désir de grossesse de la patiente et l’efficacité des traitements médicamenteux, est le seul traitement permettant l’élimination complète des lésions associées à l’endométriose. Par ailleurs, des patientes présentant une endométriose devenues enceintes, présenteront une amélioration transitoire des symptômes, tandis que les patientes ménopausées, du fait de l’arrêt des menstrues, auront une diminution significative des symptômes. Dans ce dernier cas, l’institution ou non d’un traitement hormonal substitutif sera discutée avec le spécialiste.

En quoi consiste le traitement ?

Une endométriose chez une patiente ne présentant pas de symptômes ni de problème de fertilité ne nécessitera en règle générale pas de traitement. Au cas contraire, il existe plusieurs modalités de traitement dont le médecin discutera avec la patiente en fonction des symptômes, leur sévérité et la convenance de cette dernière. En dehors de la chirurgie, c’est essentiellement un traitement symptomatique dont les principales options restent le traitement hormonal avec les contraceptifs progestatifs et oestroprogestatifs et les dispositifs intra-utérins tels que le Mirena®. Le traitement chirurgical peut aller lui, de l’ablation des lésions uniquement, jusqu’à l’ablation de l’utérus, des trompes et des ovaires.

Combien coûte le traitement et combien de temps dure-t-il ?

Donner un coût et une durée de traitement péremptoires serait mal avisé. En effet ceux-ci varient en fonction des modalités de traitement choisies, de la survenue des complications et la nature de celle-ci et de la sévérité des symptômes. La patiente devra longuement en discuter avec son médecin.

Ce traitement se fait-il avec succès au Cameroun ?

La grande majorité des médicaments utilisés pour l’endométriose sont disponibles au Cameroun. De plus l’émergence ces dernières années des hôpitaux spécialisés dans la santé de la reproduction et de la femme tels que les Hôpitaux gynéco-obstétriques et pédiatriques de Yaoundé et Douala et le Chracerh (Centre hospitalier de recherche et d’application en chirurgie endoscopique et reproduction humaine) qui présentent un plateau technique fourni et un personnel hautement qualifié, a significativement amélioré la prise en charge des patientes. Toutefois, l’extension des méthodes chirurgicales telles que la cœlioscopie, qui permet de retirer ces lésions sans avoir à ouvrir la cavité abdominale (pourvoyant ainsi moins de complications), à nos hôpitaux régionaux serait un grand pas de plus.

Peut-on avoir une idée de l’ampleur de la maladie au Cameroun ?

L’endométriose touche environ 10% des femmes en âge de procréer et environ 30 à 40 % des femmes présentant des douleurs pelviennes chroniques sont atteintes d’endométriose. Une étude menée à l’Hôpital général de Yaoundé de 2007 à 2012 a montré que 13% des femmes consultant pour infertilité présentaient une endométriose et 30 à 40% des patientes souffrant d’endométriose présentent un problème de fertilité. C’est dire que cette pathologie revêt un intérêt certain !

Comment prévenir l’endométriose ?

Les causes étant mal connues, il n’y a pas de mesures particulières à prendre à ce jour. Et, le dépistage n’étant pas recommandé en routine clinique, la clé de la prévention réside dans la consultation d’un médecin dès l’apparition des symptômes pour un diagnostic et une prise en charge précoces.

Newsletter: Restez au courant de l'actualité


- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP