Samedi, 20 Juillet 2019
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La saison des boules puantes dans l’arène politique au Cameroun

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Boyomo

Dans les cours de récréation et les arènes villageoises de football, ceux qui pratiquent ou ont pratiqué ce sport se souviennent sans doute des fameuses cinq minutes de jeu dangereux que l’arbitre laissait délibérément aux acteurs. Fort des yeux fermés du « central » sur la scène, chacun se livrait alors à cœur joie à des actes d’anti-jeu pouvant laisser à jamais des séquelles sur les victimes. Tout ne revenait à l’ordre qu’après le coup de sifflet de l’arbitre, généralement salvateur pour les moins inspirés de violence. Après quoi, on en riait par insouciance, convaincu de ce que le jeu valait la chandelle.

Sur la scène politico-administrative camerounaise ces derniers temps, il semble se dérouler, sans qu’on ne le perçoive toujours, un jeu dangereux entre les aspirants et les occupants de positions de pouvoir ou de rente. Le jeu de massacres ambiant est tel que différentes affaires, supposées ou réelles, fleurissent dans les gazettes et sont attribuées à des ministres, des directeurs généraux ou tout personnage susceptible d’être oint du décret présidentiel.

La saison des boules puantes qui fait des heureux et des malheureux est telle que les procès en sorcellerie se multiplient dans le paysage médiatico-politique. On met dans le même sac les forts et les faibles, les compétents et les incompétents. Avec un zèle de charbonnier, on lave, on lèche ou on lynche. Les réseaux sociaux, sorte de camp de nudistes où il est interdit d’interdire (c’est la facette disgracieuse de ces réseaux), sont mis à contribution pour briser des carrières ou expédier à l’autodafé.

Les habitués de ces mystérieuses et impitoyables joutes soutiennent qu’elles ne s’estomperont (provisoirement ?) qu’avec la publication d’un nouveau gouvernement, le coup de sifflet final de l’arbitre central, si l’on veut. Juché sur son trône impérial, le prince observe ses « créatures » se rentrer franchement dedans et s’amuse à retarder au maximum l’échéance. Va pour la loi de la jungle. Les plus résilients passeront entre les gouttes !

On doit à la vérité de dire que les batailles qui précèdent la formation des gouvernements au Cameroun tiennent au fait qu’il ya beaucoup de prétendants, mais peu de places. La fonction ministérielle fascine. Chacun rêve d’avoir pour ombre un gendarme et jouir des privilèges qui vont avec le maroquin ministériel. Même si certains membres du gouvernement échouent ensuite en prison,  beaucoup d’aspirants ne croient pas à la loi des séries.

Mais ce qui fonde davantage les grenouillages en cours,  c’est le fait que les critères qui président au choix d’un ministre au Cameroun sont d’une obscure clarté. Le chef de l’Etat, qui, selon la Constitution nomme (et dénomme) aux emplois civils et militaires utilise son pouvoir discrétionnaire comme d’une arme d’arbitraire. Pour le bénéficiaire, le décret présidentiel a quasiment valeur de création céleste. Aucune courbette, aucun acte de dévotion, y compris des élus au suffrage universel,  n’est donc de trop pour obtenir cette grâce.

Hélas, le bal des courtisans et les petits meurtres entre copains éloignent l’élite gouvernante des problèmes de développement, qui, une fois résolus, profitent à tout le monde. Le peuple a pourtant besoin d’eau, d’électricité, d’écoles, de routes, etc., et non d’une foire d’empoigne.

Georges Alain Boyomo

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