Vendredi, 27 Novembre 2020
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La myasthénie. Edwige Laure Mendo : « c’est une maladie neuromusculaire chronique »

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Médecin neurologue à l’hôpital régional d’Ebolowa, elle invite toutes personnes présentant un symptôme de cette maladie à se rendre dans un hôpital pour éviter les complications.
Par Junior Ayissi
Comment définissez-vous la myasthénie ?
La myasthénie grave est une maladie de la jonction neuromusculaire qui se manifeste par une faiblesse musculaire fluctuante, s’aggravant à l’effort et cédant au repos. Il s’agit d’une maladie d’origine auto-immune, c’est-à-dire causée par l’attaque des tissus du corps par son propre système de défense.

Quelles en sont les causes ?
Pour ce qui est des causes, comme je l’ai dit plus haut, cela provient d’un dysfonctionnement du système immunitaire. Les éléments intervenants dans le déclenchement de la maladie sont parfois mal élucidés. On sait juste que chez ces malades, une réaction immune est dirigée contre des constituants du nerf et du muscle et aboutit à un défaut de transmission du message entre le nerf et le muscle à l’origine des symptômes.

Sait-on davantage en ce qui concerne les facteurs de risque ?
On retient jusqu’à nos jours des hypothèses comme la prédisposition génétique par exemple.

Parlez-nous des manifestations ?
Comme énoncé plus le haut, la myasthénie se traduit par une fatigabilité des muscles à l’effort disparaissant au repos. Étant donné que l’organisme contient des centaines de muscles, on comprend que les manifestations vont varier selon le territoire musculaire atteint chez le patient. On peut donc avoir chez certains patients les manifestations oculaires : à type de vision double, chute des paupières surtout en fin de journée ;
On peut aussi avoir les manifestations sur les membres : il s’agit d’une fatigue touchant surtout les cuisses et les bras, se traduisant par des chutes, des difficultés à monter les escaliers, à se relever d’une position accroupie, à se peigner les cheveux… bref à faire certains gestes de la vie quotidienne ;
Chez certains, on peut aussi avoir une diminution du volume de la voix après une longue conversation, des difficultés à avaler liées à une fatigue des muscles de la gorge, des difficultés à mâcher, une tête tombante. La liste des manifestations est loin d’être exhaustive.

Comment se fait le diagnostic de la maladie ?
Le diagnostic de la maladie est essentiellement clinique. C’est-à-dire sur la base de l’histoire que vous raconte le patient et des trouvailles lorsque l’on l’examine. On fera des examens plus approfondis notamment un électro-neuro-myogramme qui révélera une fatigue électrique des muscles après stimulation. Aussi recherche-t-on les autoanticorps spécifiques de la maladie (les défenses retournées contre l’organisme), tels que les anticorps anti-récepteurs de l’acétylcholine et d’autres. On fera aussi une imagerie du thorax à la recherche d’une augmentation de la taille du thymus (zone de maturation des cellules chargées de défendre l’organisme). Enfin on fera un test au traitement anticholinestérasique.

Le traitement, en quoi consiste-t-il ?
Parlant du traitement il s’agit chez tous les malades d’administrer d’une part des comprimés capables d’améliorer la transmission nerfs-muscles comme le Mestinon, Mytelase ; d’autre part de réduire cette réaction excessive du système de défense en donnant des immunomodulateurs ou des immunosuppresseurs. Pour des patients ayant des anomalies de taille du thymus on peut être appelé à les opérer.

À combien peut-on évaluer le coût du traitement ?
Le coût est difficile à évaluer dans sa totalité car, le type de traitement varie selon l’intensité des symptômes, la forme de la maladie et les maladies associées (telles que la dépression). Il faut savoir qu’une boîte de Mestinon coûte en moyenne 5500 Fcfa en officine et un malade peut être amené à en prendre trois sur un mois… sans compter le fait qu’on pourra lui ajouter un corticoïde qui coûte en moyenne 4500 Fcfa pour quelques semaines… sans parler de la chirurgie qui peut demander des centaines de milles etc. Ce qu’on peut retenir c’est que c’est une maladie dont l’impact économique est énorme mais malheureusement ne repose très souvent, dans notre contexte, que sur le malade.

Et la durée du traitement ?
Pour ce qui est de la durée du traitement, elle est variable. Une fois encore, y a des patients qui vont guérir spontanément après quelques années d’évolution, d’autres après la chirurgie du thymus et d’autres seront sous ce traitement à vie.

Quelle est l’ampleur de la maladie au Cameroun ?
La myasthénie dans le monde est classée comme rare avec une fréquence 7.7/ 100 000 habitants en 2017. Pour le cas du Cameroun, quelques cas ont déjà été publiés sur le sujet et actuellement une grande équipe de chercheurs-neurologues dont je fais partie mène des travaux sur le sujet. Pour l’instant, je n’en dirais pas plus, juste qu’on compte déjà plus de 30 patients vivants avec cette maladie chez nous, ce qui n’est pas du tout négligeable.

Comment prévenir la maladie ?
Vu le mécanisme de la maladie, on comprend que rien n’est à prévenir. Le conseil ici est de se faire consulter très rapidement dans un hôpital dès que l’on récent des symptômes, car le personnel de santé est mieux placé pour faire la part des choses afin d’éviter les errances diagnostiques ou les complications.

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